‹ Essais littéraires de Saint-JustChapitre 4 sur 232 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

MIRZA

Eh ! qui pourroit toucher cet inflexible cœur ! Dès sa tendre jeunesse, Idalcan contre un père Déploya, m'a-t-on dit, son fougueux caractère. C'est alors que des siens adoptant les avis, Le roi signa l'arrêt qui bannissoit son fils. Le rebelle, en fuyant des rives de Golconde, Dirigea vers Kolné sa course vagabonde ; Errant dans ce désert, et dévorant ses pleurs. Des plus sombres desseins il nourrit ses douleurs. Là, parmi les rochers, sous leur ombre, en silence. Dans son cœur ulcéré s'amassoit la vengeance. Ce furieux, brûlant d'accomplir ses projets, Chez un peuple sauvage exhale ses regrets. Rassemble des amis, en compose une armée. Et fond comme un torrent sur Golconde alarmée. Il triomphe j et bientôt son père et ses parens Sous l'effort de sou bras tombent tous expirans. D'une sœur au berceau, dans sa lâche furie, 11 ordonne à ses chefs de terminer la vie. Et jure, par l'affront qu'il souffrit à Kolné, De poui'suivre à jamais le sang dont il est né. La haine le conduit, et l'excite au carnage; Tout un peuple se voit victinu; de sa rage 5 TJn soupir échappé comme un crime est puni j

Phanor aimoit son père, et Phanor est banni.

Si j'en crois ce vieillard, soutien de mon enfance,

Ce temps suivit de près celui de ma naissance.

ZÉANGIR

Le ciel vous donna-t-il la vertu , la beauté

Pour gémir dans les fers d'un tyran détesté !

Ce n'est point que du roi l'invincible courage

Ne fasse pardonner à son orgueil sauvage.

Né violent, extrême, ardent à se venger.

Ses malheurs l'ont aigri , sans pouvoir le changer.

Mais toujours à la gloire il est resté fidèle 5

J'en acquiers même encore une preuve nouvelle.

Idalcan, las de voir que les dissensions,

Qui depuis si long-temps arment nos nations ,

N'avoient des deux partis qu'illustré la vaillance ,

Sans avoir pour aucun fait pencher la balance.

Cesse de prodiguer le sang de ses soldats,

Et consent que nous seuls terminions nos débats.

A nous sacrifier notre rang nous oblige ;

Les lieux, la politique, en un mot, tout exige

Que deux Etats voisins , trop long-temps ennemis ,

Rangés sous un seul maître, à son joug soient soumis.

Le vainqueur doit régner sur l'un et l'autre empire.

Puissé-je à nos projets voir mon père souscrire!

Sélim , pour l'en insti'uire , est député vers lui ,

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