ACTE I, SCÈNE III. i
A l'instant ce vieillard reçut dans mes adieux Le serment que je viens accomplir en ces lieux.
MIRZA
Ce mystère, Seigneur, mes peines, la tendresse
Qui m'attache à l'appui de ma foible jeunesse j
Tout me prescrit la loi d'abandonner ces murs.
Mais, pour fuir, où trouver des moyens qui soient sûrs?
Veillés le jour, gardés la nuit, par quels miracles
Parviendrons -nous, Seigneur, à lever tant d'obstacles?
OROSMIN.
Ils le sont tous. Madame : instruits de nies projets. Votre garde est gagnée, et mes amis sont prêts. Le signal, les détours qu'il faudra suivre, et l'heure Où je dois pénétrer jusqu'en votre demeure. Enfin, tout est prévu, tout cède à mes efforts.
MIRZA
Et quand espérez-vous, Seigneur, quitter ces bords?
OROSMIN.
Avant que le soleil, commençant sa carrière. N'ait demain sur ces lieux répandu la lumière.
MIRZA
Quoi ! cette nuit même?
OROSMIN.
Oui 5 vos sens sont interdits?
iG MIKZA.
MIRZA
Je conviens que la crainte a glacé mes esprits.
OROSMIN.
Vous devez d'Orosmin connoître la prudence.
MIRZA
D'Idalcan je connois aussi la surveillance.
OROSMIN.
Quand vous songez, Madame, à fuir de ce séjour, La peur vous trouLle moins peut-être que 1 amour.
MIRZA
Je suis loin de vouloir à l'ami que j estime
Dissimuler les feux d'un amour légitime j
Oui, j'aime Zéangir j depuis près de trois mois
Qu'il m'a fallu passer sous de pénibles lois,
Mes cliaînespesoient moins quand je songeois aux siennes j
Adoucir ses douleurs, c'étoit calmer les miennes.
OROSMIN.
Mirza, de cette ardeur le cliairne impérieux Doit vous porter surtout à fuir loin de ces lieux. Le temps peut chez Phanor payer votre constance. Mais pour vous, à Golconde, il n'est point d'espérance. Tout s'oppose à vos vœux : que dis-je? redoutez Qu'Idalcan ne vous force à des nœuds détestés ; Rien ne vous sauveroit du transport qui l'anime. Connoissez donc les lois de ce séjour du crime.