ACTE I, SCÈNE III
Malgré de vains refus , si d'un lien sacré
Vous recevez du roi le gage révéré ,
C'en est fait; à l'hymen vous êtes asservie,
Et suivez ses destins au-delà de sa vie.
A peine de ses jours le dernier a-t-il lui ,
Qu'en un bûcher, vivante on vous plonge avec lui.
Ah! Madame 5 fuyez loin d'un séjour barbare;
Rendez-vous à l'aspect du sort qu'on vous prépare ;
Eendez-vous à l'amour qui vous en presse cncor!
MIRZA
Je me rends seulement au désir de Plianor. Quel que soit le péril où la fuite m'entraîne, Pour revoir ce vieillard, je m'y résous sans peine.
OROSMIN.
Ah! de mon zèle enfin je recueille le fruit. Lorsque les feux du jour feront place à la nuit,
Mirza, tenez-vous prête, et m'attendez sans crainte
Cependant, Orosmin, bannissant toute feinte,
Ne vous cachera pas que ce hardi projet
Ne sauroit demeurer dans un trop grand secret ;
Zéangir , au départ d'une amante adorée ,
Dans les premiers transports de son âme égarée
Peut nous perdre tous deux ; faites donc le serment
De tenir nos desseins cachés à votre amant.
i8 MIRZA.
MIRZA
Quoi ! sans savoir mon sort !... chez un tyran sauvage !, Que pourroit-il penser?... J'en frémis!
OROSMIN.
Du rivage Quand nous aurons , Madame , abandonné les Lords , Un message aisément calmera ses transports , Et même, lui laissant une douce espérance, Vous pourrez de son cœur adoucir la souflErance. Et peut-être à la mort, quand j'expose mes jours —
MIRZA
Eh bien ! puisque Mirza doit vous céder toujours 5 Elle se rend, malgré le chagrin qui la presse.
OROSMIN.
Je puis donc espérer —
MIRZA
Comptez sur ma promesse.
OROSMIN.
Le fruit de cet effort ne sera point perdu. Mais des armes le bruit jusqu'ici répandu Nous annonce Idalcan , et fait assez connoître Que sans doute en ces lieux il va bientôt paroîti'e. Pour ôter tout soupçon, j'évite son regard. Et vole m'occuper de notre prompt départ.
(Il sort.)