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Les essais que je préseùte au public en ce moment ont été écrits en différents pays à diTerses époques, et imprimés de même séparément, l'un en Suède, un autre en Italie, le reste en France et en Angleterre. On ne les trouve que difficilement; soit que la première édition ait été épuisée ou qu'elle ne soit pas entrée dans la librairie. Quelques pièces aussi ont paru dans des journaux qui, comme l'on sait, passent avec le jour et n'ont point de lendemain: de sorte que ces écrits ballottés en l'air faute de lest, sans être des oracles, sont aussi dispersés que les feuilles de la Sibylle.
Je les ai réunis en un seul yolume, ayant en vue principalement de me rappeler au souvenir de quelques personnes qui m'ont autrefois témoigné une approbation bienveillante.
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Ces personnes sont aujourd'hui en très- petit nombre, puisque j'ai eu le malheur de survivre à presque tous mes amis. Je ne me flatte point d'acquérir beaucoup de nouveaux lecteurs: la jeune génération ne me connaît pas encore, et le public en général semble m'avoir oublié, du moins le public allemand; car je sais que dans plusieurs contrées européennes et même au-delà de l'Atlantique mon nom est encore vivant. 11 y aurait de l'ingratitude de ma part à ne le pas reconnaître.
Les premiers entre ces écrits (le plus ancien date de 35 ans) ont été composés pendant une vie de distractions sociales et de voyages, au milieu desquels mon intérêt fut absorbé par les événements décisifs du jour, de sorte que je n'avais ni la tranquillité d'esprit ni le loisir nécessaires pour entreprendre un ouvrage de longue haleine. Les suivants ne sont que des épisodes, des délassements que j'accordais de temps en temps à mes travaux de critique philologique relatifs à l'Inde. Je ne les donne que comme des essais: mais je puis assurer que ces résumés ont été précédés de sérieuses études. Si, malgré cela, ils ne répondent pas à l'attente, l'inconvénient sera moindre à raison de leur peu d'étendue. La variété des matières que j'ai traitées pourra peut-être suppléer à l'insuffisance de l'exécution. J'ai voulu épargner aux con-
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naisseurs qui seraient curieux de lire tel ou tel article, la peine de le chercher au loin, et aider les bibliographes à compléter leur catalogue. En aucun cas il n'y a grand mal à augmenter d'un modeste volume le nombre des livres existants qui se comptent aujourd'hui par millions. Les écrivains de métier qui font crier journellement leur marchandise dans la foire littéraire, deviennent importuns; mais en général, les livres de leur nature sont patients, et attendent eu silence qu'on les lise.
Il me sera permis de rappeler brièvement les circonstances qui ont occasionné ces écrits et le but immédiat que je me proposais en les rédigeant. Gela servira à placer les lecteurs dans le point de vue d'où je peux espérer d'ê^ tre jugé équitablement.
Sous^ le titre Du système continental^ j'ai fait une esquisse rapide des moyens par lesquels Bonaparte est parvenu à étendre sa domination éphémère sur la majeure partie de l'Europe.
La ruse et la perfidie, ses deux talents les plus éminents, l'avaient servi jusqu'alors à merveille. Au mois de septembre 1812 il semblait être monté au faite de toutes les grandeurs. Après les batailles de Smolensko et de Borodino il fit sans résistance son entrée à Moscou, objet de son ambition la plus audacieuse. Là,
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il a pu, sur la plate-forme tlii clocher de la cathédrale, conlempter le palais des Czars et les aiille coupoles dorées, argentées, bronzées de cette antique et superbe cité. 11 a pu, avec UD orgueil sans bornes, fouler aux pieds l'Europe, dans sa folle persuasion déjà subjugée k jamais; il a pu enlïn, en promenant ses regards sur les plaines qui s'étendent à perte de vue ver» tous les points de Thorizon, aspirer à l'Asie- Mais là aussi le terme fatal de ses succès était marqué d'avance. Là son front, rebelle à la justice, fut frappé d'un foudre céleste, déguisé en conllagralion de la capitale coaquise.
Après d'immenses détours, devenu» iadia>pensables pour atteindre te terme du voyage en ce moment de crise; après avoir échappé comme par miracle au péril imminent d'un naufrage dans le Golfe fiothnique: nous eûmes le bonheur (les personnes illustres dont la sûreté étaltmon premier soin, et moi, à leur suite) nous ei'unes le bonheur, dis-je, d'aborder vere la fin de septembre à Stockholm, et d'y respirer librement.
Le prince royal de Suède s'ouvrit d'abord à moi avec une entière conOance au sujet de ses vues politiques. Il avait devaucé de bien loin ropiniou du paye; son entrevue avec l'empereur Alexandre avait eu lieu plusieurs semai-
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ûes auparatanU La nation suédoise^ d'ailleurs •i éolairée, était mal instruite de l'état du qoih tinent , la yérité ne pouvant pas percer au dehors à cause du bloois rigoureux des côtes de la Baltique. Par suite de l'imprudeiltè lerée de boucliers de Gustaye IV la Suède avait essuyé des revers trè&-graves et perdu déiinitivemeot la Finlande. Une grande aversion contre toute opposition active aux projets de Napoléon était donc naturelle et jusqu'à un certain point excusable chez ceux qui n'étaient pas placés assez haut pour vohr juste. On avait cru Napoléon invincible jusqu'aux désastres de sa campagne en Russie ; et même après ce premii^r coup porté les appréhensions d'un retour de la fortune étaient telles que le seul libraire pourvu d'une imprimerie française^ ne voulut point accepter l'offre de mon manuscrit sans une déclaration formelle du gouvernement qu^îl eu approuvait l'impression. Sollicité par le Prince Royal, encouragé par les premiers ôih plomates et hommes d'état, j'entrepris de rectifier les notions erronées encore trop répandues en Suède, et j^y employai les derniers mois de l'année. Je veux bien l'avouer: je lus animé à ce tiavail par un motif plus individuel et plus pressant; c'était l'indignation excitée en moi par Tateervissement de l'Allemagne. J'avais séjourné pendant nombre d'années dans l'empire franr-