AVANT-PROPOS
çaîs et les pays qui en dépendaient. L'amitié^ qui seule m'y retenait^ m'avait imposé le devoir de la réserve la plus * circonspecte pour ne pas aggraver les ignobles persécutions de Napoléon^ auxquelles une femme illustre et magnanime était en butte, uniquement parce qu'au milieu de la seiTilité générale, elle n'avait pas voulu s'abaisser à l'adulation. Néanmoins je devins suspect au pouvoir. Au printemps de l'an 1811, ayant été dénoncé comme anti - français par le préfet de Genève, M. de Cappelle, qui, depuis, a figuré tristement dans le ministère Polignac, je fus chassé de France par un arrêté du ministre de la police Savary, au printemps de 1811. Je me retirai en Suisse qui, étant toute aux ordres de Bonaparte, ne pouvait m'offrir qu'un asyle précaire. Pendant l'année que je demeurais à Berne les bontés de l'ambassadeur d'Autriche pour moi, me rassuraient en m'ouvrant la perspective d'un autre refuge où j'étais sur de trouver un bon accueil.
Mon mémoire parut à Stockholm au commencement de février 1813, en français et dans une traduction suédoise. Il fut sans délai réimprimé à Londres et traduit en anglais; en Allemagne on fit plusieurs éditions de l'original et plusieurs nouvelles traductions. Ces feuilles volantes se répandirent rapidement à mesure que la retraite des troupes françaises
JtVÀNT^PROPOS. XI
aSraachissait quelques portions du territoire occupé.
Dans la réimpression actuelle je n'ai rien ajoMé, mais j'ai jugé à propos de retrancher le morceau relatif à la Stiède en particulier^ Les considérations qu'il contient n'étant que d'un intérêt local et temporaire. La Suède a pris le parti qui convenait le mieux à sa dignité aussi bien qu'aux maximes d'une saine politique ; elle en a retiré les avantages dui*ables que j'annonçai dès-lors.
Le reste n'est qu'un abrégé historique; ce sont des faits dont l'exactitude pourrait au besoin être prouvée par des actes officiels. Mon récit s'arrête au commencement de la guerre contre la Russie; j'en ai d'ailleurs exclu soigneusement les événements militaires. . Je n'ai point aspiré à l'éloquence. La campagne de l'an 1812 avait révélé au monde dans la nation russe? outre la bravoure renommée depuis longtemps^ d'autres nobles qualités trop ignorées jusqu'alors. Bonaparte y échoua malgré ses premiers succès par l'inflexible résistance morale qu'il rencontra. Mais il préparait une nouvelle lutte non moins terrible en Allemagne Avant l'ouverture de la campagne la glorieuse résurrection de la Prusse s'annonçait déjà sous d'heureux auspices: c'était la brillante aurore du plus beau jour. L'espérance revivait dans tous les