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LITTÉRAIRE ET BIBLIOGRAPHIQUE

Un siècle et au-delà s'est écoule depuis que la collection de contes orientaux célèbre sous le nom des Mille et une nuits a été introduite pour la première fois à la conuaissance du public européen par la traduction française de Galland. Ce livre eut d'abord une grande vogue, et le succès s'en est constamment maintenu, ou a été même en croissant jusqu'à nos jours. Une foule d'éditions se sont succédées ^ des traductions en plusieurs langues ont été faites^ des poètes distingués ont mis en vers quelques-uns de ces contes; d'autres ont été revêtus d'une forme dramatique. C'est surtout pour la scène mobile et brillante de l'opéra que les contes de fées semblaient être faits comme exprès : souvent il n'y avait autre chose à faire que de rendre visibles les merveilles rapportées , sans changer rien d'essentiel à la fiction. Enfin de nombreuses imitations plus ou

aiitrms; idiîguisées est'pnrowéjfl'asl^iéiBdaiito do ^êtât f^ifidoitàli â&ipiTlesrlittératiirè808i|tr^p^ J>. > L

Il est heureux qu« jGutllanaid/ ait bnâs ode^Jcôié «dansr* cette i entreprise l'«ruditidn - jqu'il '^isédait i^éeUemént. iS^ aTsiit^ joint à' sai tçadacttoinr^^ei dissertatidnfi et ^ des < ïdo tes ^ sariantes^ < s'il avait^ t comme ^es traduoteors orientiâistës' kffeclent / f«te le • fidre fort mial à propos, hérisse le texte^idjç tenttes {araè>es qui surchargent la mémoire et sourtetlt-oke- ^ent l-oreille: son ouvrage serait pëut*êi^e sieste enseveli dans la poussière des Mbliotbèqcies «sans ^'uti homme d*esprit se fût àvi$é d'en= décbuttîr ié mférite. Mais Galland avait- éto >en^gé danb son ^ travail par les • solHeitatf ons^ - d'une- dame : U B^eut d'autre pensée 'ïyue> de faille ' tm ^^li^^e- tamu^- :j»ttt< et populaire , et il y réussit oompl^t^ment ii ne s'attacha donc pas à traduire a^tec^ une* fidé^ lité scrupuleuse. A en juger sur on éohantilioti donné par M. Gaussin de Percevû • (ÉdiPiôH"de 1806. Tome VIII, Préfacé^: XXXVI) '^uî a ttlis une traduction littérale en regard dû cottméh'cement de celle de Galland , celtti-ci àurdit j^lùtôt paraphrasé que traduit. M. Caussiiï de'Perèëval remarque que la brièveté de l'original tôùrtië- quelquefois à la - sécheresse : fidèlement cons^i^^éè' -elle eût pu devenir obscure et énigitiatique.'- ©^un-tfoire côtéj Galland n'a pas eu» ratnbition d'y nàèttre du sien: il a senti que lès fletirs-'de la^rhétorîque ndsent plutôt à l'effet d'un récâ d'événfeinentsM^i plqtteniJ'laj curiosité et frappent' l'imagîndtio«,'qu'èfl- Ics ne le relèvent. Son stylée est' parfeJis na ^tt

RBCITECL iIXEf 0(SNTG8i <t9m£9tS.

êàScK^ et entr èmcÊlé,; Ae > tocnt^ures saranQjécis ;^ « mais

il est clai]?^'JijËu:i^'eftlOOB}antf >eti6ia'«tnpdkite(«^

nojlaiëse pas :d'ai^Gâ]5liûie'>certaiiiLe:'gnic6c/) -

jti.i) Grallaiid a, dejpltiS) a^ pidicieusenoient «(n

supprîiiisuQili <jiielque6 contes - licendeux. Les icon?-

tenrs; des: vanfeiens fabliaux»* Boeoàce» 'l'Arioste^ la

reine de Navarre et La Foxitaône avaient iait sous ce

rapport eu genre des contes et des nouvell'es une

réputation assez équivoque. L'attrait d'une narraùom

spirituelle, il est vrai^ l'emporte sfur toutes >1^

censures. Boccaoe a triomphé d'un décret du eoi^

cile; de. Trente ^personne ne veut de l'édUioniri^

formée^ et les ;censeurs •pourtant n'ont 6té «que lit

ipoitié du scandale: ils ont sauvé la ohastèt&des$oa^

pucins^ en laissant subsister ce qui blesse les mceura.

w . Uu narrateur y peintre satiiâque des mœuns'»

a besoin de formes hardies , dont l'emploi- mn

piiouve ' a^ien contre la moralité de son but> et ,iaM

poëte a le droit de limiter le cercle de ses^ lecteurfî.

Quoi qu'il en 'Soit^ Galland, par sa sage- cùreoti^

spectjlojQky a garanti aux Mille et une nuits le pr4«-

cieuiç avantage de. passer pour une lecture inno*

:cente que l'on peut accorder sans inconvénient/ a

des personnes de tous les âges et de l'un et

l'auti'e sexe. Il avait à cet égard une difficulté., à

surmonter dès le commencement Le premier

conte est un peu scabreux, mais puîsquHl sert

d'introduction et de cadre à tout le roste, U élajt

impossible de l'ometti'e. Le traducteur^ a ai >bie«i

su ménager < les.. termes, que la pruderie pïi^m^^^^t^

s'cua jçst pAS: .efTarouchée. •- -^ ■•h^> a -><: >-..<

AèWS WÇftf^^^flerJ)e^9t,,,quofq.^ç.GA]la^^'^ même edt une part considérable à la re^fî(^C(Q ^ <jç;i;l»épejrtoîr^^(, jpç. ne ;S9pgç^i.p^s, i^ proc^/er pjiiui^r^ ^opiapi^crîts; , ppm' Içs ^o;nâ^jUer.,^ . y:4irî^^^ jusqu'à ,quel point Us s'aoçpraai^nt , $011 dams l'en^eml^le soit dans le3 détails. Saiis s'in^ |9^mer) du nom de Fauteur ni. du siècle, o^-.ft ^^it^..vécu, pi de tout ce. qui , x^qoce^^ne .l'origine ^t rt^\s(pi|:e; du livre, Ton $e contema; de réimpj^ i)|eif.,la tr^d^ctiQn de Galland, eimôfue-aiççc assi^ ^^(Wgligenccf., . , . ,.,. . .^. .,î , ?:,;;. ,-, ,^.

Ir.iif. P.^P^i^ taç^^te .^ns, $culemiezit.;lçp.]y|LiUe et une X^}t^ çQXif'^M'Q^y($ des édilteux^ owi^yilîftesqui, se fQnt^.douné la peine de revoir l9.tmdi|u,:tipfx.. sur ),€f texte original. On a été chercher; des majg^^crits dans le levant^ et avec les m^tériauj^ qu'ils fournissent, on a complété le ti*avail de Galland* Qiyei^ses continuations tirées de cette source, ont é^é .données successivement par MJVL Caussin de Perce val, Jonathan Scott, Gauttier, de Hammer et les. éditeurs de Breslau, et Ton assure epfin le public, qu'il est nanti de la totalité de l'ouvrage. Nou$ verrons bientôt que ces suppléments». ; en rfçndant ce recueil plus volumineuK, n'en ont pas j^u même degré augmenté la valeur.

■,{j,^ Au milieu de ces soins philologiques deux /^i^pstJLQQs, dont la solution jetterait un grand jour puf riûstoii'c de la littératui'e arabey.,e^».pettt-4.tA'e

àe qhé^xiëi' amr^^'iiiiè^kvti^^ été

iéïà^i' les Mille' W*diie^riuîtô^l)DV^eHWJ^ét(?'^^^ jyà'séës? ^'ét quelle -^st^ là Vet^îAlèf^']{iàïHë à^Vtéi

Galland d'ëcoU'Vrit Teïlstencë'^-fléS^'Minè '4t une nuits Jiar un hksàrdV 'feï^WSnrë- jlâr tihe to prise. Il avait traduit les rày^ge^ dé Sihdt/àd le marin; sur le point de les publier, en îés dédiant à la Marquise' d'O, qui en àVait fbrtgbiltfé là lecture, il apj^rït que ces c6ntés étaîefet-'tîi*és d'an recueil' prodigieux de' contes setaWàbJèiiJ -ïl tâcha de se pWcure1^ ce rc/cueSr è^ <9yriè,^'et 'fe manuscrit qu'il obtint, contenait en effct^ iinlhjiaiw de ce qu'il cbéiT^hait. Mais Galkhd atait éié mal rnfoniié. Létf Voyages dé Sindbad le marin coh* stîtuent un livre à part et n'ont pu être ihsërësr dMs les Mille' et une nuits, que 'd'une inkiAèi^è ai*bîtrairé. Ils lie se trouvent point .dan^ le' ttàf* nûsscrit qui fut apporté à Galland, ' ni dans'' plu!sîeùrs autres. Cependant le traducteur né vorùlnl pafs avoir perdu son ti*avail, et il assigna une plàèè à cette histoire parmi le 'reste.

Il dit dans sa préface: »On ignore^ ïe nOih »de l'auteur d'un si grand ouvrage; mais vrais éiii-i> »blablëmêht il n'est pas tout d'une main; car cO'n{- »ment pourra -t- on croire qu'un seul hominé •àît »eu l'imagination assez fertile pour suflSre ^ à" tant »>de fictions ?« Il faut se ranger de ciét avis, lorsqu'il est question de l'inventeur, quoiqwé Pou puisse 'adtnettre comme très -possible' qtfiiii ' séid

518 DE l'origine des hindous.

hordes n'étaient point de race caucasienne; il faut chercher leur mère patrie à l'orient de la Bactriane dans la Tartarie chinoise. Ces inondations subites de la barbarie, ces conquêtes dévastatrices, n'ont presque jamais conduit à un établissement durable; elles doivent être soigneusement distinguées des migrations de peuples agricoles qni, les premiers 9 ont défriché le sol, et transformé souvent des déserts sauvages en un paradis terrestre. > V Jusqu'ici nous n'avons envisage les langues fçie*céttttrie im moyen de -5desrfner ^ éo!H*eiHiftiftliit l'arbre généalogique des nations, et de déterminer les degrés de parenté collatérale. Mais les conformités de ceâ xûêmes langaeis> ^escaminées en détail, pourraient bien conduire à découvrir les traditions, les idées, et les arts utiles, que les colons ont apportés de leur mère patrie comnuinQ dans leurs nouvelles habitations, et elles serviraient à répandre un nouveau joui* sur les commencements de la civilisation. '

>}ime iM»te qui s0.troiUTte>'âane >ui]ftdeJcdS voluttiesi^ ^lèyC' >tou$ les doutes à cet ^^^rd^ 6t iicmsi«fait? >?c<U!;ina£t]r^ avec certitude, ^ et l'âge du •maiiuMm,' Vet le temps où l'ouvrage a été composé. Parler »Ooatenu de cette note, on voit qu'elle a été écrite » du temps mâme de Tauteun «Or^ cette note- est »dat€e d^ l'an 055 de l'hégire^ dout le commen- »cement tombe au 10 février 1548 de l'ère vuï- »gaice$ d'où il suit que l'invention des Mille et Hune nuits ne remonte pas beaucoup au-delà d^ >^cette époque. Cette note se trouve dans le deï*^) »nier des trois volumes manuscrits des IVIille et une »nuits qui ont appartenu a M. Galland f. 20 i^er^o' »au bas>4e la page. Xi'écriture en est fine et »assez difficile à. déchiffrer. En voici le contenu': .^Ce charmaint livre a été lu par N., fils de »N« > .écrivain (Kateb) à Tripoli, qui fait des veetit »pour que l'auteur vive long-temps. Ce dix dit >>ino]S de r obi premier , Tan 955 de l'hégire.

»Une note à peu près pareille et de la même^ >»écciture,qui se trouve à la fin du volume pré- »cédent, est datée de l'an 973 de l'hégire, 15Ô5 »de l'ère vulgaire.cc

Voilà des conclusions un peu précipitée^. Nous reconnaissons dans la note marginale le piètre usage des Mabométans qui, lorsqu'ils nomment un auteur musulman, ajoutent à son nom quelque' bon souhait ou quelque prière en sa faveur ç » Allah veuille loi accorder sa miséricorde^ ,' Allah veuille améliovér sofn état etca II parait donb que. réciûyaîn ^anonyme de la %iote Supposait^ il^tt^

SQR LES -ininmcT<'a»E nuits

ment? Que savons nous ^ si .c^ ix était t>as u|i Ignorant qui, eu lisant un livire ecrû de fraîche d^te $ imaginait avoir ei^tre. les mains le,rnanusc;*it ^autographe, de Tauteur? s^'il x^'a pa^ confondu le ^jîifnîçr contînua^eur pu même le i,*ç5fof!i?a^teuv;..du ,8^1e.^*abe avec Tauteur primitif? .Nous,, verrons (antôt jusqu'à quel point le professeur orientaliste s'est ^laissé' induire en erreur, puisqu'il est constaté par des<« témoignages tout autrement authentiques qu'un ^«iffonnage^mai^inal, que les Mille et une nuits ont existé sir siècles avant l'époqùé qu'il assigne à leiir ori^ne.

M. Gaussin de Percevàl tache d'éfayer sa supijiosition par un autre argument tout aussi' lal[-

bic que le premier. Il remarque la ressemblance entre le conte d'introduction et celui de Joconde dans le Roland furieux: il eu conclut que 1 auteur des Mille et une nuits doit lavoir emprunte . ^ l'Arioste. Effectivement l'histoire de;?, d^n^- iV.è»'Çs Schah:&enan et Schahriar, ressemble. à celle de.Gioconde et du roi de Lombai*die^ mais le dénouement diffère totalement. Dans le inédit de l'Arioste les deuK amis se consolent de rinfid<elité'>âe leurs femmes en prenant leur revatidhe : 'éxéinpts de jalousie ils ne pensent, qu'à jouir, sans * pré t^èûdre k 'une possession exclusive; ces îibéï;tîris Sroiit à ïâ dn' trompés par une jeune vîUagéoJse qu'ils avaient crue la créature la plus simple' du monde.

RECUEIL DE CONTES tNDIËMS. 529

Dans le conte oriental au contraire une seule expérience, mais en effet une expérience merveilleuse et surnaturelle, suffit pour convaincre les deux princes qu'ils ont partagé seulement le sort commun des hommes: c'est de voir que la mattresse d'un génie formidable qui la tient enfermée au fond de la mer dans une caisse de verre, a malgré cela trouvé moyen de lui faire cent infidélités bien comptées. Ensuite la jalousie du Sultan Scliahriar devient plus ombrageuse ' et il prend une résolution cruelle, digne d'un despote d'Asie: résolution qui donne lieu au dévouement et à l'artifice de Scheherezade. Ainsi donc la ressemblance ne porte sur rien de ce qui sert d'encadrement aux Mille et une nuits. Mais la ressemblance, fut- elle plus parfaite, .autoriserait seulement à conclure que les deux narrateurs* ont puisé à une source commune.

L'Arioste, comme l'on sait, n'était pas scrupuleux à l'égard des emprunts. Il devait probablement ce conte satirique contre la vertu des femmes, ainsi que plusieurs épisodes dont il a entrelacé son admirable poème, à quelque an'cien conteur de fabliaux. D'ailleurs on a de la peine à se figurer un Arabe du seizième siècle lisant en Syrie un poëte italien dont la célébrité n'avait pas encore eu le temps de se propager au dehors: car la première édition complète du Roland furieux pa-^ rut en 1530. Irons-nous chercher parmi les Mahométans du levant des admirateurs d'Homère ou des disciples de Platon ? Les Arabes, il est vrai,

EmmU lut. et hist. 34

lorsqu'ils eurent fait des conquêtes brillantes et que la première fureur du fanatisme fut un peu évaporée, commencèrent à convoiter les productions littéraires d'autres nations plus policées qu'eux, en dépit du mépris barbare de leur prophète pour les arts et les sciences. Ils ont traduit à cette époque des livres du grec, de l'ancien persan et du sanscrit. Encore est-il probable qu'ils auront employé le secours d'interprètes pour exécuter ces mauvaises traductions. Cette curiosité , peu naturelle à des adhérents de l'Islamisme, n'a été que de courte durée: les Arabes, sous le joug des Turcs, sont retombés dans l'ignorance. S'il y en a de savants, ils le sont tout au plus dans la littérature d'autres nations mahométanes , des Persans et des Turcs.

Nous nous sommes arrêtés peut- être trop longtemps à réfuter l'opinion de M. Caussîn de Pcrceval , puisque depuis qu'il Ta publiée deux points ont été constatés de la manière la plus positive: 1^ que les Mille et une nuits sont bien plus anciennes ; 2°. que pour le fond et les paPr ties principales de l'ouvrage , elles ne sont pas d'origine arabe.

Feu M. Langlès, savant aussi distingué par la bienveillance avec laquelle il favorisait les recherches érudites d'autrui, que par l'étendue de ses connaissances bibliographiques et historiques sur l'Asie , a été le premier que nous sachions (dans son édition des voyages de Sind-bâd le marin, en français et en arabe,, publiée à Paris en

HECVEIL DE CONTES INDÎENS. 531

1814) à citer un passage remarquable de Maçoudi^ historien arabe ^ dont on loue Tes^actitude et la circonspection. Dans un livre , écrit en Tan 936 de Tère chrétienne, cet auteur dit selon la traduction de M. Langlès:

» Quant aux livres qu'on nous a apportés, »et qu'on nous a traduits du persan, de Tin- »dien , du grec , et à la manière dont ils ont »été composés^ nous avons déjà fait mention^ par » exemple, de Touvrage intitulé (en persan) Hèzâr ^^âfsaneh (les Mille contes), dont la paraphrase »arabe, faite d'après le texte persan, est intitulée ^^Alef^Wiirâfèt: or khirâfét est le synonyme du »mot persan âfsaneh , et l'on désigne communé- »ment ce livre sous le titre â!Alef téïlét (Mille »et une nuits). C'est l'histoire du roi, du vézyr »et de ses deux filles, dont l'une se nomme Chyr» >>zdd, et l'autre Djn^dzdd. Nous avons aussi wparlé du livre de Tseqyl et de Chymds , et des »anecdotes qu'il contient relativement au roi de »rinde et à son vézyr; enfin, du livre de Sind-bdd »et antres ouvrages du même genre.«

Mr. de Hammer cite le même passage de Maçoudi plus au long. Nous ne déciderons pas à qui des deux, de lui ou de M. Langlès, appartient le mérite de la découverte. La préface du célèbre orientaliste de Vienne a paru neuf ans plus tard que celle de M. Langlès , mais elle avait été écrite longtemps avant d'être imprimée.

Le témoignage de Maçoudi est fortifié par un autre du fameux poète persan Firdousi qui, dans

le prologue de son Scliah-nameh, nomme le poëte Rasti comme auteur du Hèsàr^Efsanèh, Rasti était son contemporain et vivait aussi à la cour de Mahmud le Ghaznevide. On a voulu y trouver une contradiction , et supposer une interpolation dans le texte de Maçoudi. Mais il n'y a pas lieu. Firdousi, écrivant au commencement du onzième siècle, a très-bien pu attribuer un ouvrage plus ancien à son contemporain Rasti^ parce que celuici l'avait versifié et ré vêtu d'une nouvelle forme. C'est ainsi que l'entend M. de Hammer.

Maçoudi dit dans un autre passage de son livre, cité par le même savant, que ses compatriotes ont commencé à traduire des livres étrangers sous le règne du Calife Mamoun (A. D. 833.) Il parle des Mille et une nuits comme d'un ouvrage déjà très - répandu. C'est donc de neuf cents à mille ans que date la première traduction arabe de ce livre.

Que les Arabes aient traduit à cette époque des livres grecs et persans, cela ne doit pas nous surprendre, puisque depuis longtemps ils avaient conquis la Perse entière et nombre de provinces de l'Empire byzantin. Mais ce qu'il y a de vraiment frappant c'est que Maçoudi, plus d'un demi siècle avant Mahmud le Ghaznevide, le premier conquérant mahométan qui ait eiivahi une partie de rinde, fasse mention de livres indiens traduits en arabe. Ce n'est pas tout que de connaître les témoignages historiques : il faut savoir en tirer parti. Les conséquences qui découlent tout na-

RECUEIL DE CONTES INDIElfS. 533

turellement de celui de Maçoudi, sont fort importantes pour éclaircir beaucoup d'autres sujets que celui que nous traitons actuellement. Nous invitons ceux qui^ sans aucune base raisonnable de leur scepticisme, par un singulier esprit de contradiction, prétendent assigner à toutes les productions littéraires de Tlnde une époque toute récente, d'y réfléchir un peu.

Maçoudi convient franchement que l'invention des Mille et une nuits et d'autres contes du même genre n'appartient pas aux Arabes. Mais en mettant plusieurs nations en concurrence, il nous laisse indécis sur leur véritable patrie. On ne reclamera guère pour les Grecs dans leur époque classique. Mais nous connaissons plusieurs livres de la littérature byzantine, qui contiennent des fictions semblables. Heureusement pour prévenir toute ambiguité les traducteurs grecs eux-mêmes les rapportent à une source orientale.

M. Langlès , dans sa préface aux Voyages de Sindbâd penche pour les Persans; MM. Gaultier et de Hammer se sont déclarés en faveur des Indiens. Mais ils ne donnent leur opinion que comme une conjecture probable. Nous espérons fournir les preuves les plus évidentes, que le fond des Mille et une nuits est d'invention indienne.

Toutes les éditions de ce livre portent jusqu'ici le titi'e de contes arabes^ tandis que, pour parler exactement, il fallait dire: Contes traduits de VA" rabe. Ensuite les éditeurs nous disent que cette lecture est fort instructive , puisqu'elle nous fait

connaître à fond les mœurs, les usages et le caractère des Arabes ; et que Ton y trouve amplement de quoi admirer le génie inventif de cette illustre nation.

La vérité est, que les Arabes dans aucun temps n'ont été doués du génie inventif: toute leur bistoire l'atteste, À commencer par Mahomet: y eut-il jamais faux prophète plus grand plagiaire? U empruntait ses prétendues révélations de partout, puisant alternativement dans la loi de Moïse, dans quelques traditions nationales, dans l'Evangile et les évangiles apocryphes; dans les rêves des Talmudistes, dans les opinions de certaines sectes chrétiennes, peut-être même dans les doctrines tle Zoroastre, et malgré son horreur pour le polythéisme, dans celles des Brahmanes. Mahomet interdit sévèrement à ses sectateurs l'usage du vin et des liqueurs fortes : c'était de toute antiquité un point de religion chez les Indiens, et chez les Indiens seuls. Les Houris de son Paradis sont copiées d'après les Apsarases , c'est-à-dire les danseuses célestes du séjour d'Indras. L'arbre Touba , célébré dans les traditions mahométanes comme l'un des principaux ornements du paradis, quoique dans le Koran il ne soit que légèrement indiqué, est évidemment le kalpa^vriksha^ l'arbre des souhaits de la mythologie indienne. U est maintenant reconnu que plusieurs découvertes scientifiques qu'on attribuait autrefois aux Arabes, par exemple le système décimal des chiffres, ne leur appartiennent pas. Ils ne possèdent aucun pocme épi-

que, composé à la gloire de leurs antiques héros, comme le Schah-nameli des Persans. On a cru jusqu'ici qu'ils avaient fait preuve d'une imagination féconde et de conceptions ingénieuses dans un genre plus frivole, celui des contes inventés à plaisir: mais là aussi nous allons démontrer qu'ils n'ont été que des traducteurs médiocres.

Si nos vues sont justes, l'éloge que les éditeurs des Mille et une nuits, MM. Jonathan Scott, Gauttier et de llammer font de cet ouvrage, en affirmant qu'il présente un tahleau vivant du caractère, de Tesprit et des usages de la nation arabe, doit être fortement modifié. L'on pourrait s'attendre plutôt à y ti*ouver une peinture des moeurs indiennes. Nous ne disconviendrons pas que les premiers traducteurs arabes de ces contes n'aient déployé une certaine habileté à les adapter au costume national. Leur zèle pour l'Islamisme les a engagés à effacer soigneusement tout ce qui portait une teinte païenne. Toutefois les idées et les institutions sociales découlant d'une religion toute opposée, étaient souvent si fortement empreintes dans le fond même de la fiction que, pour la conserver, il a fallu en venir à des accommodements. Il faudra donc user d'une grande circonspection pour ne pas puiser à cette source^ considérée comme historique, des notions erronées* En général, ou s'est ti*op habitué à prendre les nations orientales en masse. De là tant de jugements vagues et superficiels, portés sur le génie et le goût oriental, la poésie et la littérature

orientales. On a fait des parallèles entre les psaumes et les prophètes des Hébreux, et la poésie lyrique des Arabes. Un auteur anglais (Wood ou the original genius of Homer) s*est imaginé reconnaître dans les mœurs des Turcs qu'il avait vus dans l'Asie Mineure, celles des héros d'Homère. Beau compliment à faire aux anciens Grecs ! Même les nations de l'Asie antérieure, les Turcs, d'osigine tartare, les Arabes, les Persans, sont caractérisées par des traits bien distinctifs.

Allez au-delà de l'Indus, et vous trouverez un autre monde; au-delà du Gange, il en est de même. Qu'est-ce que les Persans, tels qu'ils étaient originairement, ont de commun avec les Arabes? les Indiens avec les Persans? les Chinois avec les Indiens?

Dans le fait, la ressemblance principale de tous ces peuples entre eux, c'est qu'ils ne sont pas des Européens. Nous conviendrons cependant qu'il y a des ressemblances particulières, occasionnées par le climat: mais celles-là ne concernent que le matériel de la vie.

Cette notice resta inachevée et par conséquent inédite. Mais mes Réflexions sur V étude des langues asiatiques (Bonn 1832) m'ayaiit ramené au même sujet, j'en ai dit quelques mots. »On m'opposera peut-être comme »un eiemple frappant du talent des Arabes poar les nfictions les Mille et une nuits. Mais j'ai soutenu et je usoutiens encore que la majeure partie de ces contes

ncliarmants, celle qui a fait la fortune du livre en Eu- »ropc, est d'inventien indienne. Jusqu'ici j'ai à peine »efflcuré les preuves qui se présentent en foule ; je me «propose de traiter ce sujet plus à fond. Les jour- Muaux nous ont appris que M. Silvestre de Sacy, dans «>un discours lu dernièrement à l'Institut^ a revendiqué nl'inventioH de ces contes pour les Arabes. L'autorité »de ce célèbre orientaliste est d'un grand poids; cette fois- »ci elle est en contradiction avec le témoignage formel »de Maçoudi. Je ne connais pas encore les arguments «de M. de Sacy : mais je doute qu'ils me fassent chan- »ger d'avis.v

Je me mis en devoir de présenter an savant académicien un livre dan^ lequel je l'avais contredit; en revanche, il eut la bonté de m*envoyer un exemplaire de son Mémoire, tiré h part avant la publication dans les volumes de rÂcadémie, ce qui donna lieu à ma réponse.

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