LA PALEUR DE TIBERE
Ils disaient : Qu'est-il donc arrivé ? — quel malheur! Nous avons vu pâlir le divin Empereur I
« Regarde à l'horizon , sur la mer azurée , » Comme un bouquet de fleurs la riante Caprée , «Avec ses myrtes verts, ses orangers en fleurs; >; Frère , n'entends-tu pas une vague harmonie , » Les sons enirecoupés des harpes d'Ionie » Que nous porte la brise aux suaves odeurs?
» C'est que ce soir, vois-tu , la fête sera belle !
» César veut (|ue ce soir le falerne ruisselle,
» Qu'on ne refuse rien aux nobles conviés î
» César a fait venir de folles courlisanci,
» Dos fonjines de Lesbos, de brunes Catalanes ,
» Pour vcrsor en chantant des parfums sin- leurs pieds.
ITAI.IA. 381
»Oii jf'dora par lioiuc iiii osclnvo aii\ iiKiiriios; .> Lo poisson csl nieillciir, nourri do chairs Imniaincs. » Viens, fn-'rc, on nous allcnd. f.osjardinssoni (rôs-hcaiix, «Kt, ponr illnminor les profondes allées » Dans leurs raille détours d'or et d'argent sablées , «Les corps d'infànies Juifs serviront de flambeaux !
.. Les dieux gardent Tibère et tous ceux de sa race !
» A son large banquet , frère , allons prendre place ;
» Tibère est l'empereur qu'il fallait aux Romains ;
» Tibère a triomphé des peuples de la Gaule ,
a Nous le mettrons parmi les dieux au Capitole
» Quand l'ampliore aux flancscreux tombera de ses mains. »
Et, comme ils se vautraient tous ainsi dans la fange , Il se fit dans la salle une rumeur étrange ; Tibère tressaillit , sentant un air glacé. Les cliants voluptueux sur les harpes cessèrent , Au front des conviés les roses s'eiïeuillèrent , iMais nul ne sut jamais ce qui s'était passé !
Ouatreou cinq moisplustard,danslesfaubourgsde Rome, On parlait vaguement du supplice d'un homme Que ceux de Galilée appelaient fils de Dieu ; Qui , tandis qu'il vivait , allant de ville en ville , Au peuple rassemblé prêchait son Evangile ; Qu'on avait fait mourir en croix sur un haut lien !
Us disaient : Qu'esl-il donc arrivé sur la terre ? Nous avons vu ce soir pâlir le dieu Tibère !
xaples.