A M. LOUIS BL
Vers un but inconnu nous marchons empressés , Où nous allons ainsi, mon Dieu! seul, tu le sais!
Ton œuvre , qu'à nos yeux voile encor le mystère , Parmi nous, chaque jour, s'accomjilit sur la terre ; Rien ne peut l'arrêter : les grands événements , Vésuves toujours pleins, aux cratères fumants, S'entr'ouvranlsous nos pieds , font courir par les villes Comme une lave en feu les discordes civiles. Dans la société tout a changé d'aspect ; Des choses qu'entourait autrefois le respect. Dont les plus forts n'osaient se railler (|u'à \oi\ basse. Pas une n'est debout, d'autres ont pris leur place. L'autel, mal élayé, chancelle; autour de lui , Les vieilles royautés dont il était l'appui, De leurs bases d'airain , par les peuples uiinées , Sous l'effort des leviers croulent déracinées! Comme un hommecn son champ abat leschènes morts, Le présent a détruit le passé sans remords.
434 ESSAIS LITTÉKAIRES.
Voyez ! loiit csl 5 bas : dans les châteaux sansmaîlrcs,
Dont on a reblanchi les gothiques fenêtres ,
Vendu les plombs au poids, et brisé les vitraux ,
L'implacable industrie ?llumc ses fourneaux.
L'industrie est le dieu que partout on encense,
Dieu terrible et jaloux de sa toute-puissance ,
Qui pour le dur travail prend l'enfant au berceau ,
Et sur son pâle front met un funeste sceau.
Nous souffrons, nous doutons ; l'ombre nous enveloppe;
Une fièvre de mort ronge la vieille Europe ,
Qui , le corps déjà froid , agonise en son lit.
Dites, vous dont le cœur d'un noble espoir s'emplit.
Quel vent mystérieux chassera la poussière,
Et quand donc, ô penseur, nous viendra la lumière?
Vers un but inconnu nous marchons empressés , Où nous allons ainsi , mon Dieu ! seul , tu le sais !
Juin 1344.
FIK.