‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 110 sur 252 · SCÈNE TROISIEME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIEME

Angleterre.

Le jeune prince détrôné, Malcolm, se rencontre avec Macduff. I^eur entretien était fourni en grande partie par les chroniques de la vieille Ecosse* J'en suis fâché pour la gloire de Shakspeare. Cet entretien est, ce me semble, une des situations les plus profondes (jui aient jamais été mises sur la scène. ,

Déjà plusieurs fois l'usurpateur a tendu des pièges à Malcolm pour l'attirer en son pouvoir. Forcé par les trahisons dont il est l'objet à une défiance continuelle , dernière science d'un grand cœur^ a dit Racine, le prince écossais se tient en garde contre le généreux Macduff, et ne se livre point aux ouvertures que lui fait le thane de Fife sur les moyens de remonter sur le trône de ses pères. Pour éprouver enfin s'il peut se reposer sans danger sur la foi et sur la vertu de Macduff , il imagine et tente l'épreuve suivante.

Il feint de n'oser aspirer au trône, parce qu'il se sent les vices qui peuvent rendre un roi funeste à

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ses sujets ^ il s'accuse lui-même d'une licence e&énée de mœurs , propre à Tentraîner aux mêmes désordres qui perdirent Tarquin et Appius. Macduff trouve cette crainte au-dessous des maux que l'usurpateur fait éprouver à l'Écqsse , et n'en presse pas moins Malcolm de disputer la couronne à Macbeth.

Malcolm confesse ensuite line avarice insatiable. Le thane de Fife voit dans les domaines royaux les moyens de la satisfaire, et excite encore le jeune prince à revendiquer par les armes Théritage de ses ancêtres , puisque , dit-il ,

(c (ly) Ces vices sont tolërables, quand ils sont balancés par des vertus.

MALCOLM

Mais je n'en ai point. Tout ce qui fait rornement des rois , justice , franchise , tempérance , fermeté , bonté , persévérance , clémence , modestie , piété , patience , courage , bravoure , n'a pour moi aucun attrait •, mais je réunis tous les vices, chacun en particulier repro-

(17) Ail thèse are portable ,

With oUier grâces weigh*d.

MA.LCOLM.

But I hâve none : the king-becoming grâces , As justice, verity> tempérance, stableness, Bounty, persévérance, mercy, lowliness.

Dévotion , patience , coiirage , fortitude , I hâve no relish of them ; but abound In the division of each several crime, Acting it many ways. Nay , had I power, I should Pour the sweet milk of concord into hell.

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doit 80U8 différentes formes. Oui , si f en avais le pcavoir, je ferais ëcooler dans Fenfer le doux lait delà concorde, je bouleverserais la paix universelle , et porterais le désordre dans tout ce qui est en harmonie sur la terre.

BCAGDUFF.

O Ecosse ! Ecosse !

MALCOLM

Si vous jugez qu'un pareil homme soit fait pour gouverner , parlez ; je suis tel que je vous Tai dit.

Fait pour gouverner ! Non , pas même pour vivre. O nation misérable ! sous le joug dW tyran usurpateur , armé d'un sceptre ensanglante , quand reverras-tu des

Uproar the universal peace, confound Ail imity on earth.

MACDUFF

O Scotland ! Scotland !

MALCOM

If such a one be fit to govem , speak :

I am as I hâve spoken.

MÀCDUFF.

Fit to govem î No , not to live. — O nation misérable, With an untitled tyrant bloody-sceptered, When shalt thou see thy wbolesome days again; Since tbat the truest issue of tby tbrone By bis own interdiction stands accurs'd , And does blasphème bis breed.

Fare thee well !

Thèse cvils, thou repeat'st upon thyself ,

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jours prospères, puisque le rejetou légitime de ton trône demeure réprouvé par son propre arrêt , et qu il blasphème contre sa race ?

Adieu : ces vices dont tu f accuses toi-même viennent de me bannir de TEcosse. — O mon cœur, ta dernière espérance s'évanouit ici.

MALCOLM

Macduff , ce noble transport , né de ta vertu , a eflfacé de mon ame tous les noirs soupçons , et ramené en moi la confiance dans ton honm 'xr et dans ta bonne foi. . . .

Dès ce moment , je m'abandonne à tes conseils*, je rétracte les calomnies que j'ai proférées contre moi, et j'abjure ici tous les reproches , toutes les imputations dont je me suis chargé , comme étrangers à mon caractère. .»

Cette scène , profonde de politique , de philosophie et de connaissance du cœur humain , exécutée avec

Hâve banish'd me from Scotland. — O, my breast, Thy hope ends hère.

MALCOLM

MacdufT, tliis noble passion, Ghild of integrity, hath from my soûl Wip'd the black scruples, reconcil'd my thought&

To thy good truth and honoiir

For even new I put myself to thy direction, and Unspcak mine own detraction .* hère abjure The taints and blâmes I laid upon myself.

For strangers to my nature.

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toute la vigueur d'un Sophocle, eût mérité d'être conçue par un Marc- Aurèle, si Marc-Aurèle n'eût pas laissé Tempire à son fils.

Le thane de Rosse vient interrompre rentrelien de Malcolm et de Macduff ; il apprend à ce dernier le massacre de sa femme et de ses enfants. Macduff reste dans un morne silence. Malcolm essaie de le consoler, et l'engage à verser des larmes*

MACDUFF

« (i8) Mes enfants aussi?

ROSSE

Femme , enfants , serviteurs , tout ce qu'ails ont pu trouver.

Mi.CDVFF.

(i8) My cfaildren too?

ROSSE

Wife, children, servants, ail That could be found.

MA.CDUFF.

And I mnst be from thence !

My wife kilPd too ?

ROSSE

I hâve saîd.

MALCOLM

Be comforted : Let*s make us med'cines of our great revenge, To cure this deadly grief.

MàCDUFF.

He bas no children !

SUR SHAKSPEAHE. l^']

MACDUFF

Et faut-il que je n'y sois pas ! Ma femme tuëe aussi ?

ROSSE

Je vous Tai dit.

MALCOLM

Prenez courage. Cherchons dans une grande vengeance un remède à cette mortelle douleur.

MACDUFF

Il n'a pas d'enfants ! »

Il est difficile que le sublime aille plus loin. Notre Corneille lui-même n*a, je crois, jamais rien fait de plus vrai, de plus simple, de plus pathétique.

Malcolm et Macduff parlent pour se mettre à la tête des forces que l'Angleterre leur fournit contre Macbeth.

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