‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 111 sur 252 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Ecosse. — Le château de Dunsinanc.

Pendant qu^ Macbeth n'avait encore que la pensée du crime , il hésitait j il reculait devant ses conséquences j il savait les apprécier. Au contraire, lady Macbeth ne voyait que le trône , et son imagination préoccupée ne s'arrêtait pas sur la manière de l'acquérir.

Depuis, ils ont changé de rôle. Macbeth s'est en«durci au crime par l'habitude de le commettre. Sa femme , au contraire, a faibli dans la route, quand elle

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a pu en contempler Thorrcur à loîsir , quand son attention, n'étant plus détournée par le désir et par Fespoir^ s'est reportée en arrière et s'est rendu compte des moyens.

Soit qu'une observation assidue ait instruit Shakspeare de ces grandes différences du cœur et des passions dans les deux sexes, soit qu'il ait été éclairé, presque à son insu , par ces inspirations du génie qui révèlent la nature mieux que n'eussent fait l'effort et le travail , on ne peut méconnaître , dans ce contraste admirable , une main qui sait peindre les êtres vivants , tels que Dieu les a créés.

La femme est tout imagination, tant qu'elle desire; tout ce qui la sépare de l'objet de son désir n'existe pas pour elle. Dès qu'elle ne désire plus , le regret , le remords, arrivent. L'homme , plus maître de lui-même, conserve Feiamen et le calcul dans la passion j mais, quand il a résolu d'agir, quand il possède, la jouissance a plus d'empire sur luij elle efface les autres impressions ; lui-même parvient à étouffer le cri de sa conscience ; et il a , pour ainsi dire , reçu le don de pouvoir être méchant à volonté.

Lady Macbeth n'a plus de repos dans le sommeiU Tout endormie , elle veille pour la soufirancc et le remords.

Une de ses femmes , qui la garde , a fait venir un médecin pour l'examiner dans cet état j lady Macbeth arrive, un flambeau à la main , les yeux ouverts, mais immobiles.

SUR SHAK8PEARE. l49

LE' MÉDEGIK.

« (19) Que fait^elle donc là? Voyez comme eDe se frotte les mains

LA DAME d'honneur.

C'est un geste qui lui est ordinaire : elle a toujours Pair de se laver les mains. Je Tai vue le faire, sans relâche y un quart d'heure entier.

LADY MACBETH

Il y a toujours une tache

Va-t'en , maudite tache , va- t'en , te dis-je. — Une , deux heures. — Allons -, il est temps de Texëcuter. — Il ne fait plus clair dans Tenfer. — Fi , monseigneur , fi ! Un soldat avoir peur ! Quel besoin avons-nous de nous inquiéter?Qui le saura j quand nous serons assez puissants pour que per-

DOCTOR

(19) What is it she does uow? Look, how she rubs her hands.

GBNTLBWOMAN.

It is an accustomed action with her to seem thus washing her hands,* I hâve known her continue in this a quarter of an hour.

LADY MACBBTH.

Yet here's a spot . . ^ .

Out, damned spot ! out, I say î — onej iwoj why, then *tis time to do't : — Hell is murky ! — Fie my lord, fie î a soldier, and afear*d? what need we fear who knows it, when none can call OUT power lo account ? — Yet vrho would hâve thought the old malt to hâve had so much blood in him ?

DOCTOR

Do y ou mark that ?

LADY MACBETH

The thane of Fifo had a wife; where is she now? —What,

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sonne n'ait de compte à nous demander ? — Maïs qai aurait cru que ce vieillard eut encore tant de sang dans le corps ?

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