‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 12 sur 252 · DE SHAKSPEARE. XV · texte numérisé non relu

DE SHAKSPEARE. XV

tune qui lai venait de son patrimoine, ou qu'il avait amassée par son travail -, Malone en évalue le revenu annuel à deux cents livres sterlings. Alors , il mena une vie de bon père de famille et de campagnard , cultivant son jardin, et y plantajat de ses mains un mûrier devenu célèbre (*). Il fréquentait les propriétaires des environs , et son humeur était toujours enjouée , si Ton en juge par une plaisanterie qu'ail improvisa , dit-on , sur un voisin. C'était un usurier qui lui demandait , en badinant , une épitàphe -, le poète répondit par ce distique r

Dix pour cent gît sous cette pierre ; Cent contre dix qu'il est damné.

Nous avons son testament , naïf et piquant témoignage de ses affections domestiques; il n'y fait qu^un seul legs à sa femme (**) *, encore n est-ce que dans un interligne-, et il ne lui lègue rien qu'un lit -, et ce lit n'est que le second après le meilleur. De ses deux filles , Suzanna et Judith , la seconde n'a quVne faible part dans l'héritage. L'^aînée est instituée légataire universelle. On concevra sans peine cette prédilection pour Suzanna, si, comme son épitàphe Tassure , elle fut douée* d'un esprit qui passait la portée de son sexe , et tenait de celui de Shakspeare *, mais il faut se défier des qualités d'épitaphes.

En iSgS, Shakspeare avait perdu son unique fila, Hamnet, frère jumeau de Judith. S'il fallait en croire une anecdote contestée, il aurait laissé un autre fils, qui s'est

(*) Yoir, au commencement du volume, l'explication de la gravure représentant la procession du Jubilé.

(^*) Elle lui survécut sept ans. Suzanna mourut en 1649 ' Judith en 1661.

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