‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 11 sur 252 · XIV VIE · texte numérisé non relu

XIV VIE

et cet avea signifie beaucoup dans la bouche d'un rival , qui ne pardonnait pas à Shakspeare de lui avoir le premier servi d'appui au thëâtre , et dont au moins la reconnaissance ne se manifesta guère que par une amitié mélëe de quelques nuages , et par une admiration avare et jalouse.

Ce maître en fait de sublime portait , dans les entretiens familiers, une élbcution abondante et vive, qui faisait, dit-on, le charme d'une réunion de beaux-esprits, appelée le club de la Syrène (*). C'est là que, dans maint combat d'esprit, il savait mettre en défaut la pesante artillerie d'érudition que traînait par-tout Ben-Johnson , en escarmouchant contre lui avec un feu roulant de bons mots et de saillies.

Quelques grands seigneurs accueillirent en lui Fauteur qui les amusait. Plusieurs de ses pièces furent représentées devant Elisabeth , et CttXe reine ,^ qu'il nous peint comme une belle vestale assise sur le trône d'Occident (**)^ ne repoussa pas ses éloges. Il paraît qu'elle daigna même une fois faire intimer des ordres à son génie (***). Jacques I lui donna la direction du théâtre de Black-Friars *, mais le poète avait vieilli , et il ne songeait plus qu'à se soustraire aux agitations d^une \^ie publique ^ comme il rappelait, et à passer le reste de ses jours dans le repos.

En effet, peu d'années avant' sa mort , Shakspeare se retba dans sa ville natale , ou il vécut avec la petite for-

(*) Il avait été fondé par cet aimable et aventureux Walter Raleigh 9 qui essaya de tous les genres de gloire , et dont la vie se présente comme un long roman, avec une fin tragique.

(**) A fair vestal throned by the West. Le songe d'une nuit d'été.

(***) Voir les Joyeuses Bourgeoises de Windsor,

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