‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 121 sur 252 · SCÈNE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE QUATRIÈME

Kent s'est déguisé pour se rapprocher de son maître , et il obtient du roi qu'il le prenne à son service.

Oswald manque de respect au roi , qui le frappe , et Kent ajoute à ce châtiment, en renversant par terre rinsolent , et en le chassant avec ignominie.

Après un long entretien entre Lear et son fou , qui lui reproche , avec mille bouffonneries 9 de s^étre mis à la discrétion de ses deux filles , Gonerille entre 9 et se plaint au roi de la conduite que tiennent son fou et ses chevaliers. Elle ose ajouter quelques reproches indirects contre la conduite même de son père , et finit par le prier impérieusement de laisser réduire de moitié le nombre de ses serviteurs.

Indigné de cette marque d'ingratitude , ce roi vio»lent, dont jamais jusqu'alors les volontés n'avaient éprouvé de résistance , s'emporte à une colère aveugle contre son insolente fille.

«(i) Entends-moi, 6 nature, entends-moi , divinité chérie , entends-moi ! Suspends tes desseins , si tu te proposais de rendre cette créature féconde ^ porte dans

( I ) Hear , nature , hear ;

Dear goddess , hear l suspend thy purpose , if Thou didst intetid to make this créature fruitful ! Into her womb convey sterility !

l6o ESSAIS LITTERAIRES

ses flancs la stérilité , dessèche en elle les organet de là reproduction , et que jamais son corps dëgënërë ne 4I10nore d'avoir mis au jour un nouveau-né *, ou , s'il faut qu'elle produise , fais naître d'elle un enfant de tristesse; qu'il vive pervers et dénaturé pour être le tourment de sa mère ; qu'il lui flétrisse le front de rides préoiatarées'i que les larmes qu'il lui fera répandre y creusent sur ses joues de profonds sillons -, que toutes les douleurs , que tous les bienfaits de sa mère soient tournés par lui en dé« rision et en mépris y afin qu'elle puisse sentir combien la dent du serpent est moins déchirante que la douleur d'avoir un enfant ingrat. — Allons y partons y partons. »

Le duc d'Albanie, qui ne partage point les torts de son épouse, qui les ignore même, demande au roi Lear ce qui a pu l'irriter à un tel point. Le roi répond :

« (2) Je te le dirai. — Mort et vie ! ( à Gonerille) Je rougis que tu puisses à ce point ébranler ma constance

Dry up in her the organs of increasc ; And from her derogate body never spring A babe to honour her. If she must teem , Create her child of spleen -, that it may live , And be a thwart disnatur d torment to her î Let it stamp wrinkles in her brow of youth ; With cadent tears fret channels in her cheeks ; Tum ail her mother s pains and benefits, To laughter and contemp; that she may feel How sharper than a serpent's tooth it is To hâve a thankless child! — Away , away.

(2) l'U tell tlxee. — Life and death î I am asham'd (to Goneril) That thou hast power to shake my manhood thus ;

SUR SHAKSPEARE. l6l

d^hoxDitie 9 et que tu sois digne encore de ces larmes brûlantes qui m^échappent malgré moi. — Tombent sur toi les tourbillons et les brouillards I Que les incurables blessures de la malédiction dVn père te pénètrent dans tous les sens ! Yieux d'un vieillard trop prompt à s'attepdrir , encore des larmes pour un pareil sujet ! Je vous arrache, et vous irez , avec les larmes que vous laissez échapper, amollir la dureté de la terre. — Ah ! les choses en sontelles à ce point ? — Eh bien , soit -, il me reste encore une fille qui,, f en suis sûr, est tendre et secoufable -, quand elle apprendra ce que tu m''as fait , elle déchirera de ses ongles ton visage de louve *, tu me verras reparaître sous cette forme dont tu crois que je me suis dépouillé p ur jamais -, tu le verras , je t'en réponds. »

Il part avec Kent et sa suite, pour se rendre chez Regane. Le duc d'Albanie cherche vainement à faire rougir son épouse de ses sentiments dénaturés. Gonerille envoie Oswald à sa sœur , avec une lettre

That thèse hot lears , which break froih me perforée,

Should make thee worlh tbem. — Blasts and fogs upoxi theeî

The imtented woundings of a father*s ourse

Pierce everyl^se aboutthee! — Old fond eyes,

Beweep this cause again. Fil pluck y ou oui,-

And cast y ou, with the waters that you lose,

To lemper clay , — Ha î is it corne lo this ?

Let it be so : — Yet hâve I left a daughter ,

Who, I am sure, is kind and comfortable ;

When she shall hear this of thee, with her nails

She'il flay thy wolfish visage. Thou shalt find ,

That l'Il résume the shape whtch thou dost think

I hâve cast oiT for ever -, thou shalt , \ warrant thee,

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