‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 136 sur 252 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

La tente du roi de France.

Constance vient d'apprendre l'accord des deux rois. Elle donne l'essor à sa douleur maternelle, et j pour couronner ses plaintes, se jette à terre , en voyant arriver les deux cours. Elle s'emporte en injures atroces , au milieu desquelles ressortent cà et là quelques traits de génie et de vrai pathétique, comme ce mouvement passionné :

« (4) Armez-vous , cieux , armez-vous contre ces rois parjures ! Une veuve vous crie : Cieux , tenez-moi lieu d'époux. M

Ses vœux ne tardent pas à être exaucés. Pan-

^4) Arm , arm , you heavcas , against ihese perjur*d kings ! A widow cries ; be husband to me , heavens !

dolphe, le légat du pape, arrive à point nommé pour désunir Philippe et Jean. Il reproche au dernier , de la part du saint*siége , quelques transgressions contre les privilèges de Téglise , il en demande réparation, et, sur le refus du roi , assez brutalement exprimé, l'excommunie , bénit d'avance quiconque pourra Tas** sassîner, et déclare à Philippe qu'il doit renoncer à l'alliance de cet archi-hérétique . Philippe s'excuse , en alléguant la foi récemment jurée. Le légat lève cette objection , en lui démontrant que , comme il n'est obligé à tenir son serment que par la religion, puisque cette religion , au nom de laquelle il a juré , réprouve celui qui a reçu son serment, il est

dégagé de sa parole, et libre de tout scrupule de cons. cience.

Cette argumentation du légat ne manque pas de vérité historique ; mais elle est sans effet à la scène , et le théitre n'est pas destiné à être exclusivement un cours d'histoire.

S'il en était ainsi, rien ne pourrait absoudre Shakspeare 3 car lorsque , malgré les instances de Blanche , qui défend la cause de son oncle , Philippe a rompu avec- Jean , et qu'on en appelle encore à la décision des armes , le poëte anglais , dans l'impudeur de sa vanité nationale , ose montrer Philippe- Auguste, et ces troupes françaises victorieuses à Bouvines , fuyant devant un Thersite couronné, devant ce même Jean qui , pendant que Philippe lui prenait ses villes françaises, s'endormait à Rouen dans une molle oisiveté, ^et disait, pour la couvrir d'une

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fanfaronnade plus honteuse encore que sa poltronnerie: «Laissez faire les Français; je reprendrai en un jour ce qu'ils mettent des années à conquérir. »

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