SCÈNE SECONDE
La bataille vient de se donner 3 et , comme il n'est pas rare , chacun des deux partis se proclame le vainqueur, et somme les habitants d'Angers d'ouvrir leurs portes» Mais, fidelles à leur système de neutralité jusqu'à ce que la victoire ait pris l'iniatiative d une décision , ils persistent à refuser l'entrée de la ville aux deux armées. Irrités de cette opiniâtreté presque ironique , les deux rois parlent de se réunir pour em-
(2) Bastards, and else.
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porter et châtier la ville , sauf à reprendre leurs démêlés ensnite.
Afin de détourner ce coup , un citoyen d'Angers propose , du haut de la muraille, le mariage de Louis et de Blanche j et , par ce moyen j la réconciliation des deux rois. Ils ouvrent l'oreille à cette proposition. Louis et Blanche deviennent subitement amoureux Tun de l'autre ; et , pour ne pas abandonner entièrement la cause du jeune prince Arthur , Philippe fait promettre à Jean de lui donner un apanage.
Témoin d'un raccommodement si brusque, Faulconbridge, qui en pénètre la cause sans peine, médite sur la puissance de l'intérêt , qui change en vices les vertus des hommes , et leur fait rompre les serments les plus sacrés Puis, se repliant sur lui-même,
« (3) Et moi ,
dit-il ,
(( pourquoi est-ce que j'invective ici contre Fintérét? 5eu-
(3) And wby rail I on this commodîty ?
But for because be hath not woo'd me yet :
Not tbat I bave tbe power to clutcb my band, Wben bis fair angels would salute my pabn :
But for my band, as unattempted y et, Like a poor beggar , railetb on tbe ricb.
Well , wbiles I am a beggar, I will rail.
And say , — tbere is no sin , but to be ricb ; And being ricb , my virtue tben sball be, To say, — tbere is no vice, but beggary :
Since kings break faitb upon commodity , Gain , be my lofd ! for I wiil worsbip tbee \
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lement parce qu^il ne m^a pas encore souri, non qu^il fût en mon pouvoir de fermer la main , si la belle monnaie ^Ml distribue venait caresser mes doigts. Mais jamais encore ma main n'a été prise à cette épreuve ; et» semblable à un pauvre mendiant , elle insulte au ricbe. Oui, tant que je ne serai qu^un mendiant , je m^emporterai en invectives , et je dirai ' qu^il n^y a pas de plus grand pëchë que d'être riche. Mais, si je deviens riche , je mettrai alors ma vertu à dire quUl n y a pas de plus grand vice que la pauvreté. Puisque les rois violent leurs serments au gré de leur intérêt , Profit, sois mon dieu , car c'est toi que je veux adorer. »