SCÈNE PREMIÈRE
Londres. — Ely-house. Appartemtnt de Gaùnt.
Gaunt attend le roi, pour l'exhorter aune conduite plus honorable. Son frère , le duc d'York , lui remontre Finutilité de ses conseils sur un esprit comme celui de Richard. La réponse de Gstunt est noble et poétiquement exprimée.
« (3) On dit pourtant que, comme une solennelle harmonie , la voix des mourants captive l'attention ; que, lorsque les paroles sont rares, elles ne sont guère jetëes en vain -, car ce n^est que la vérité qui s'exhale au milieu des souffrances , et celui qui ne parlera plus trouve des oreilles plus attentives que l'homme instruit aux discours agréables par la jeunesse et la santé. On remarque plus la fin d'un homme que la vie qui Fa précédée , de même que le coucher du soleil , la dernière phrase d'un air , la
(3) O, but they say, the tongues of dyîng men Enforce atte^Aîon, like deep harmony:
Where words are scarce, they are seldom spent in vain; For they breathe truth , that breathe their words in pain. * He that no more must say is listen d more
Than they whom youth and ease hâve taught to glose ; More are men s ends mark'd, than their lives before :
The setting sun, aùd music at the close > As the last taste of sweets , is sweetest last; Writ in remembrance , more than things long past : Though Richard my life's counsel would not hear , My death's sad taie may yet undeaf his ear.
SUR SHAI^SPEARE. 207
dernière saveur d'un mets agréable , sont les impressions dont la douceur se prolonge le plus , et qui se gravent dans la mémoire plus que les choses passées depuis longtemps. Quoique Richard ait refusé d'écouter les conseils que lui donna ma vie , mes tristes discours de mort peuvent encore vaincre la dureté de son oreille. »
Les espérances de Gaunt ne sont pas réalisées. Richard vient près de son lit de mort; et, loin d'être ému, ne lui répond que par des injures. Il est à regretter que l'accent prophétique , la vertueuse audace du mourant , soient défigurés par quelques traits de mauvais goût qui contredisent l'observation même que venait de faire Shakspeare.
Gaunt meurt j Richard saisit ses richesses, malgré les vives et éloquentes remontrances du duc dYork, qui oppose à cette conduite injuste de son neveu le souvenir de la générosité magnanime de son frère, le prince Noir, père de Richard. Il ne réussit pas plus que le duc de Lancastre à ramener à la raison le jeune roi , qui part pour l'Irlande , laissant au duc d*York le gouvernement de l'Angleterre.
Trois seigneurs anglais , Northumberlaud , Ross et Willoughby y indignés des exactions et des injustices de Richard, forment le projet de se ranger sous les étendards de Henri , qui n'attend , pour débarquer en Angleterre avec une armée , que Toccasion favorable de l'absence du roi.
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