‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 163 sur 252 · SCÈNE SIXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE SIXIÈME

Windsor. — Le château royal.

Northumberland et d'autres seigneurs, partisans de Henri , lui viennent annoncer tour à tour la mort des rebelles dont ils se sont emparés , et reçoivent des rémercîments pour leur service.

Après eux , parait Exton , apportant dans un cercueil le corps de Richard. Mais Henri ne Taccueille que par des marques d'horreur et de mépris, et va jusqu'à lui répondre, quand Exton objecte quil na agi que d'après ses paroles :

(( (il) Ceux qui ont besoin de poison, n^aîment pas pour cela le poison , et je ne t'aime pas non plus. Bien que je Taie souhaité mort , je hais son assassin , tout en aimant qu il soit assassiné. »

C'est s'expliquer ingénument. En général , les usurpateurs sont moins naïfs.

Cette pièce manque d'intérêt , parce qu'elle n'offire

(il) They love net poison, that do poison need, Nor do I thoe ; though I did wish him dead, I hâte the murderer, love him murdered.

aucun personnage auquel le spectateur puisse s'attacher j et qu'elle ne lui laisse que l'alternative de faire des vœux pour un hypocrite ou pour un fou.

Elle est tout entière en vers, et, en beaucoup d'endroits, rimée. Elle paraît avoir été représentée en iSgy.

Il existait une autre pièce, sur le même sujet avant celle de Shakspeare , et une anecdote , sans autr6 exemple peut-être, nous fournît la preuve de ce fait' i

En if oi , quelques partisans du comte d'Essex, la veille du jour op il tenta de faire soulever Londres contre la reine, voulurent faire jouer une tragédie dont le sujet était la déposition et le meurtre de Richard , et qui présentait apparemment des allusions favorables à la révolte du comte d'Essex. Les acteurs se refusèrent à donner une pièce qui n'attirait plus assez de monde pour couvrir leurs frais, parce qu'elle était enUèrement passée de mode. Afin de les dé terminer, un des conspirateurs leur promit quarante schellings en sus de la recette. Ce fait fut depuis rapporté à son procès , et servit à sa condamnation. Il est singulier de voir un homme monter à l'échafaud pour un spectacle demandé.

NOTES

(a) Cette reine n'est point un personnage historique ; Richard, veuf alors , était fiancé à une princesse fi'ançaise de dix ans.

(b) Il faut savoir gré à Shakspeare du courage avec lequel il Élisait entendre des vérités aussi hardies que celles qui ressortent des paroles du lâche Richard. Rappelons-nous avec quelle servilité lord Sackville s'était fait y dans sa tragédie de Gorhoduc , le prédicateur du pouvoir arbitraire. Singulier contraste ! l'homme d'état^ riche et puissant , n'est qu'un flatteur des trônes ; le pauvre comédien enseigne aux rois le néant de leur grandeur terrestre ! Et qu'on n'aille pas croire que cette audace de Shakspeare fût entièrement sans danger. Il y avait , en Angleterre f une chambre étoiUe, qui ne se piquait pas d'être indulgente, ni même d'entendre la raison ; nous savons trop que c'est^ en général , le moindre soin de toutes les censures , quelles qu'elles soient. Veut-on une preuve de la paternité des censeurs d'alors ? Deux ans après la représentation de la pièce que nous analysons , un certain Hay ward publia , sur le même sujet j un livre intitulé : Histoire de la première année de Henri ir* Cet ouvrage mit en émoi toute la cour, et fut durement censuré par la chambre étoilée , qui fit jeter l'auteur au fond d'une prison. Il parait même que , dans la pièce qui nous occupe, on fut obligé, durant tout le règne d'Elisabeth , de supprimer la scène de la déposition de Richard n ( la première du 4" acte ). Elle ne fut rétablie que sous Jacques i.

(c) L'opinion la plus probable, c'est que Henri iv fit moorir de fiiim son prédécesseur. Shakspeare , dans la manière dont il prépare sa mort) semble avoir été sur-tout inspiré par le meurtre de Thomas Becket, qui fut indiscrètement souhaité , et désavoué ensuite publiquemeot par Henri ii.

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