PREMIÈRE PARTIE
DU
ROI HENRI IV
(First part of king Henri iv.)
Cette pièce a encore moins d'action et d'intérêt que les précédentes. Ce n'est qu'un tableau liistorique^ dont les divers plans n'ont , pour ainsi dire ^ aucun rapport entr'eux. Point de personnage qui prédomine sur les autres, et puisse fixer sur lui l'attention des spectateurs. C'est l'anarchie de la scènCé
Ce qui la rend digne cependant d'un examen attentif, c'est qu'elle est divisée en partie tragique et en partie comique. Les deux genres y sont bien dis-" tincts. La partie tragique est froide, décousue, indécise; mais la partie comique , d'ailleurs absolument étrangère à Tombre d'action qui fait le sujet de la pièce , mérite quelquefois d'être placée à côté des meilleurs traits des Regnards et même des Molières. Il y règne une gaieté franche j on y trouve un caractère admirablement tracé , et justement célèbre en Angleterre ( le chevalier Jean Falstaff). Il est vrai que ces avantages sont trop souvent défigurés par un débordement de plaisanteries grossières et d'injures sales et ignobles. Mais ce défaut , qui serait capital chez nous , ne l'est pas , à beaucoup près , autant chez tous les peuples. Plaute abonde en scènes où les personnages épuisent l'un contre l'autre toutes les
formes de l'insulte. En général , sur les théâtres des nations où le peuple a une grande influence , les injures jouent un grand rôle, parce que les ioyures sont la manière de plaisanter du peuple, tandis que les gens d'un esprit cultivé badinent entr^eux , au contraire , par une exagération mutuelle de compliments et d'éloges. Dans les deux cas, le principe de la gaieté est le même ; c'est toujours l'hyperbole , sous des formes différentes.