‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 166 sur 252 · SCÈNE SECONDE · texte numérisé non relu

SCÈNE SECONDE

tin autre appartement du palais.

Le prince de Galles est associé à une bande de mauvais sujets, dans laquelle se distingue sir Jean FalslaflF, chevalier bouffon, vieilli dans tous les excès d'une vie crapuleuse, poltron, fanfaron, effronté, menteur, qui n'est cependant pas sans une sorte de bonhomie , parce qu'il ment plutôt encore par un besoin de nature, que dans lé désir et Tespoir d'être cru. Ce digne chevalier est doué, comme par addition h ces qualités morales , de Tavantage physique d'ub énorme ventre et d'un étôboiipoint démesuré , source intarissable de quolibets et de railleries. Il a toutefois des prétentions a une sorte d'élégaûce dans les manières, et ces prétentions sont d'autant plus comiques, qu elles contrastent perpétuellement avec ses actions et avec son langage.

C'est lui qui sert de butte à tous les traits moqueurs du prince. Mais , avec un calme imperturbable , il répond à un torrent d'injures par ces mots pleins de comj>onction :

« (i) Tu m'as fait bien du tort, Hal (a) ! Dieu te le pardonne ! Mais, avant de te connaître ^ Hal , je ne savais

i(i) ThoU hast donc much harm apon me, Hal, — GoH for- ' ipve tliee for it l Before I knew thee, Hal, I.knew nothing; and now ain I , if a man should spcak tnily, little hetber than oae of tbe

rien de rien , et à présent , s^il faut parler vrai , je ne Taux guère mieux que ce qu'il y a de pire. Il faut qpe je renonce à cette vie-là, et j'y renoncerai ; par le Seigneur, si je n y renonce pas , je veux être un misérable *, il n'y a pas , dans la chrétienté 9 un fils de roi pour qui je veuille me faire damner.

HENRI

Où irons-nous demain couper une bourse , Jack ?

FALSTAFF

Ou tu voudras , mon garçon; je suis de la partie : si je n'y vais pas , appelle-moi un misérable , et fais de moi ton jouet.

HENRI

Je vois que tu amendes bien ta vie. De la prière , i couper des bourses !

FALSTAFF

Que veux-tu , Hal? c^est ma vocation, Hal ^ et ce n'est pas un péché pour un homme que de suivre sa vocation. »

wicked. I must give over this life, and 1 will give it over; by the Lord, an I do not, 1 am a villaîn; 1*11 be damned for never a king's son in Ghristeadom.

PRIirCB HBNRT.

Where shall we take a pnrse to-morrow > Jack !

FALSTAFF

Where thon wilt, lad, Tll make one; an I do not, call me viUain and baffle me.

PRINCE HBNRT.

I see à good amendaient of life in thee; from praying, to purse-taking.

FALSTAFF

Why» Hal, 'tis my vocation, Hal; 'tis no sin for a manto labour iu bis vocation.

SUR SHARSPEAKE. 22g

11 ne tarde pas à la suivre en effet. Poins ^ un des Héros de la bande j vient mettre un vol sur le tapis pour le lendemain. Le prince refuse d'aller voler avec eux; mais Poins lui explicjue à part le projet d^une mystification (ju'il veut faire à Fabtaff et aux trois autres associés. Cest de les laisser voler l'argent aux voyageurs , puis de tomber sur eux sous un déguisement qui les déconcerte, et de leur prendre leur butin. Henri promet alors d'être de l'expédition.

Demeuré seul , il exprime son mépris pour ses compagnons de débauche , et le changement qu'il a dessein d'opérer dans sa conduite j dès qu'il sera roi.

Page 1