‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 171 sur 252 · SCÈNE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE QUATRIÈME

Eatscheap. — Une chambre dans la taverne de la Tète de.Gpch^n.

Henri et ^pins s'apoiisent aux dépens d'un garçonde la taverne, que Poins caché appelle, tandis que. Henri l'interroge, si bien que le pauyre garçon ne sait auquel entendre^ et ne peut achever une courte phrase commencée que par un brusque : Onj va.

Quand le garçon est sorti , le prince fait des réflexions, quij bien que composées de deux parties^ assez peu liées entr'elles, ne laissent pas d'être fort piquantes.

(c (4) Que ce drôle-là possède moins de mots qu'un perroquet, et qu'il soit cependant fils de femme ! toute sa science se borne àmonter et à descendre, et son éloquence à la somme totale d'un écot. Je ne suis pourtant pas encore du caractère de Percy , chaud éperon du nord (c) , lui qui vous tue quelques six ou sept douzaines d'Ecossais à

(4) That ever this fellow should hâve fewer words ihan a parrot , and y et ihe son of a v\roman î — His i^dustry is — up stairs« and down-stairs; his éloquence , the paicel pf a reckoning. I aoa not y et of Percy 's mînd, the Hotspur oi the north; he that kills me some six or seven dozen of Scots al a breakfast, washes his . hands, and says to his wife, — Fie upon this quiet life! I want work. — O my sweet Harry, says she, how many hast thpu killed to-day ? — Give my roan horse a drench , says he ; and answers, some fourteen, an hour after; a tiiifle, a Irifle.

un déjeuner, et dit sa femme : a Oh! que je hais cette vie oisive! J'ai besoin de m -occuper. — Oh! mon cher Henri , dit-elle , coml^ien en as-tu tues aujourd'hui ! ^ Donnez à boire à mon cheval rouan moucheté » , dit-il, et puis répond une heure après : a Environ quatorze , une bagatelle , une bagatelle. »

Enfin arrivent Falstaff et ses trois compagnons d'infortune. A leur entrée, commence la scène incomparablement la meilleure de la pièce , une des plus comiques qu'il y ait sur aucun théâtre.

FALSTAFV.

d (5) Malédiction sur tous les poltrons ! oui^ et vengeance aussi ! Oui , par ma foi , et amen ! Donne-moi un verre de vin d^Espagne 9 garçon. — Plutôt que de continuer cette vie-là ) je me mettrai à remmailler des bas, à les raccommoder et à les ressemeler aussi. Malédiction sur tous les poltrons ! — Donne-moi un verre de vin d^Espagne , drôle. N'y a-t-il plus de vertu sur terre ? . . . (Il boit ). . Il n'y a pas en Angleterre trois honnêtes gens , ayant échappé à la potence , et Tun des trois est gros , etse fait vieux.

FALSTAFF

(5) A plague of ail cowards, I say , and a vengeance loo î inarry, and amen î — give me a cup of sack , boy. — Ere I lead this lilc long, m sew netherstocks , and mend them, and foot them loo. A plague of ail cowardsî — Give me a cup of sack, rogue. — Is

there no virlue extant? (he drinks) There

live not three good men unhaiiged iu England ; and one of them is fat , and grows old

PRINCE nSNIlY.

How now , wool-sack ? what multcr you.^

SUR SHAK8PEARE. sSy

HENRI

Eh ! Sac à laine , que marmottez-vous là ?

FALSTAFF

Cela ! un fils de roi ! Si je ne te chassse pas hors de ton royaume avec une épëe de bois , et si je ne mène pas tous tes sujets devant toi comme un troupeau d^oies sauvages , je ne veux plus porter de barbe au menton. Vous , prince

de GIl es I n étes-vous pas un

poltron? Répondez-moi à cela, etPoins que voilà, aussi.

POINS

Morbleu ! la grosse panse , si vous m'appelez encore poltron, je te poignarde.

FALSTAFF

Moi , Rappeler poltron? Je te verrai damner plutôt que de t'appeler poltron. Mais je donnerais mille guinëes pour savoir courir aussi bien que toi. Vous avez les épaules assez droites ; aussi ne vous embarrassez-vous guère si

FALSTAFF

A king*s son ! If I do not beat thee out of thy kingdom with a dagger of lath, and drive ail thy suhjects afore thee like aflock of v^ild geese , VU never vrear hair on my face more. You prince

of Wales ! are you not a coward ? answer

me to that , and Poins there ?

FOINS

Zounds, ye fat paunch, an ye call me coward , l'U stab thee.

FALSTAFF

1 call thee coward ! 1*11 see thee danmed ère I call thee coward : but l would give a thousand pound , I could run as fast as thou canst You are straight enough in the shoulders, you care not

who sees your back give meacup ofsack: —

I am a rogue , if I drunk to-day.

a38 E8SÂ.IS LITTÉRAIRES

Ton VOUS voit le dos Un verre de vin

d'Espagne. Je veux êlre un coquin, si fai bu dW^ourd'hui.

Mîsërable , tes lèvres ne sont pas encore essuyées depuis q[ue tuas avalé le dernier verre*

FALSTAFF

C'est égal. Malédiction sur tous les poltrons ! Je ne dis que cela. (Il boit).

HENRI

De quoi s'agit-il donc ?

FALSTAFF

De quoi il s'agit ? Nous voilà quatre qui avons pris ce matin mille guinées.

PBINCfi HEIfRT.

O villain ! thj lips are sÏBàrce wiped since thoù drunk'st last.

FALSTA-FF.

AlFs one for that. Aplague of ail cowards, slill say I. (he drinks.)

PRINCE HfiNRT.

What*s ihe matter ?

FALSTAFF

Whafs the matter? there be four of us herc hâve ta'en a thousand poimd this moming.

PRiNCÈ HETmr.

Where is it, Jack? where is il?

FAtSTAFF.

Whère îs it? takèn from us ît is : a hundredupon poor four 01 lis.

PRINCE HENRY

What, a hundred , man ?

SUR SHAKSPEAHï:. ' ^5Ç)

HENRI

OÙ sont- elles , Jack ? où sont-elles?

FALSTAFF

Où elles sont ? Reprises sur nous. Voîlàce qu'elles «ont Il nous est tombe une centaine d'hommes sur le corps à nous quatre pauvres diables.

HfiNRI.

Comment , uike centaine , mon cher ?

FALSTAFF

Je veux être un coquin, si je n'ai pas ferraillé à bras raccourci , pendant deux heures d'horloge , contre une douzaine. Je n'en suis r|échappë que par miracle. J'ai reçu huit coups d'épée au travers dé mon pourpoint ) quatre

FÂ.LSTAFE.

I am a rogue, if I were not ai lialf-sword vith a dozen of them two bours together. I bave 'scap'd by miracle. I am eigbt times thnist tbrough thé doublet^ four, tbroUgb tbe bose; my buckler eut tbrough and tbrougb; my sword backed like a band-saw, ecce signum. I never dealt better since I was a man, ail would not do. A plague of ail cowards 1 — Let them speak :. if tbey speak more or less tban truth, tbey are villains, and tbe sons of darkness.

PRI«rCE «SffRT.

Speak, sirs; how was it ?

GADSHILL.

We four set upon some dozen, —

FALSTÂ.PF.

Sixteen , at least , my lord.

GiLDSHILL.

Andbouud them.

â4o ESSAIS LITTERAIRES

dans mes chausses -, mon bouclier est perce d'outre en outre f mon épëe hachée comme une scie : Ecce signum (d). Je ne me suis jamais mieux comporte , depuis (jne j'ai âge dliomme \ cela n^a servi de rien. Malédiction sur tons les poltrons! Demandez-leur plutôt. SHls vous disent plus ou moins que la Térité ^ ce sont des traîtres y des enfants de ténèbres.

HENRI

Parlez > messieurs. Comment cela s^est-il passé ?

GADSHILL.

Nous quatre j nous sommes tombés sur une douzaine environ.

FALSTAFF

Seize, au moins , milord.

gadshux.

Et nous les avons garrottés.

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