SCÈNE PREMIÈRE
Le palais du roi.
Le roi vient de recevoir, au milieu de la nuit, des messages alarmants qui Tinslruisent de la rébellion fomentée contre lui. Il mande ses confidents , Warwick et Surrey, et réfléchit, en les attendant, sur les troubles inséparables de la royauté. Ce morceau est justement célèbre parmi les chefs-d'œuvre de la poésie anglaise.
(( (i) Combien de milliers de mes sujets les plus pauvres dorment à Theure qu'il est ! — Sommeil , bienfaisant sommeil, doux réparateur de nos forces , comment t'ai-je fait fuir loin de moi , que tu ne veuilles plus appesantir mes paupières , et plonger dans Foubli mes sens assoupis? Pourquoi , sommeil , te plais-tu mieux dans la chaumière enfumée , étendu sur un lit dur et incommode , oii tu es
(i) How many thousand of my poorest subjects Are at this hour asleep L — Sleep , gentle sleep , NaluiVs soft nurse, how hâve I frighted thee, That thou no more wilt weigh my eyelids down , And steep my sensés in forgetftdness ?
Why ralher , sleep , liest tliou in smoky cribs , Upon uneasy pallels strelching thre ,
accompagne par le bourdonnement des insectes nocturnes , que dans les chambres parfumées des grands , sous un dais riche et brillant , où les sons d^une douce mélodie invitent au repos ? Dieu bizarre , pourquoi vastu partager le lit infect du misérable , et laisses-tu la couche d'un roi aussi privée de repos que le cadran d'une horloge , ou la cloche qui sonne l'alarme ? Quoi ! lu vas fermer les yeux du mousse sur la cime élevée et périlleuse du mât , et tu l'endors bercé par le roulis des flots que soulève la tempête *, tandis qu'il est assailli par les vents qui fondent sur les vagues désastreuses , hérissent leurs têtes énormes , et les suspendent dans le voisinage des nues avec un bruit assourdissant , capable de réveiller le®
And hush*d with buzzing night-flies to thy slumber;
Than in ihe perfum'd chambers of the great,
Under the canopies of costly slate.
And lull'd with sounds of sweetest melody ?
O thou dull God , w^hy liest thou with the vile ,
In loathsome beds j and leav'st the kingly couch ,
A watch-case , or a common *larum bell ?
Wik thou upon the high and giddy mast
Seal up the shipboy's eyes , and rock his brains
In cradle of the rude imperious surge ;
And in the Visitation of the winds ,
Who take the ruffian billows by the top ,
Curling their monstrous heads, and hanging them
With deafning clamours in the slippery clouds,
That , with the hurly , death itself awakes ?
Ganstthou, O partial sleep! give thy repose
To the wet sea-boy in an hour so rude;
And, in the calmest and môst stillest night,
With ail appliances and raeans to boot,
Deuy itto a king? Then, happy low, lie down !
Uueasy lies the head ihat wears a crown.
â66 ESSAIS LITTÉRAIRES
morts! O sommeil , quelle partialité à toi , de prodiguer, dans les heures de bouleversement , la douceur de ton repos au mousse trempe d^ondes écumantes; et , au sein de la nuit la plus calme et la plus trancpiille , appelé par tous les moyens et par toutes les séductions imaginables, de te refusera un roi! Reposez donc en paix, heureux misérables ! C'est au milieu des inquiétudes que repose la tête qui porte une couronne. »
Quand ses confidents sont arrivés , le roi reporte d'abord avec amertume ses regards sur le passé , alors quHl avait pour amis, pour soutiens, ceux qui .maintenant aspirent à le renverser.
<c (2) O ciel !
s'écrie-t-il ,
(( que ne peut-on lire dans le livre des destins ?
Le jeune homme le
plus heureux , à Faspect de la route qu'il lui faut suivre à travers la vie , des périls qu'il doit rencontrer , des traverses qui Tattendent , ne songerait plus qu'à fermer le livre , s'asseoir et mourir. »
Warwick calme un peu les inquiétudes du roi, en lui apprenant la mort de Glendower.
(2) O Heaven ! that one might read the book of fate t
The happiest youth , — viewing his progress through , Whal périls past, what crosses to ensue , -— Would shut the book, and sit him down and die.