SCÈNE CINQUIÈME
Une place y près de l'abbaye de Westminster.
Falstaff arrive avec ses protégés , et se poste sur le passage du roi , qui va revenir du couronnement. Il a emprunté mille livres sterlings à Shallow, sur l'hypothèque de son crédit futur. Il regrette de n'avoir pas eu le temps de faire faire des livrées neuves. Une réflexion le console :
fortune's steward. Get on thy boots; we'll ride ail night: —
corne Pistol, devise
sometbing, to do tbyself good. — Boot, boot, master Sballow;! know, the young king is sick for me.' Let us take any man's borses; tbe laws of Ëngiand are at my commandaient. Happy are they whicb bave been my friends; and woe to my lord chief justice î
« (7) Cette manière modeste de se présenter sied mieux encore. C'est une preuve de Timpatience que j'avais de le voir.
SHALLOW
Oui , c'en est une preuve.
Cela fait voir Tardeur de mon affection.
SHALLOW
Oui , sans doute.
FALSTAFF
Mon dévouement.
SHALLOW
Certainement , certainement *, vous avez raison.
faLstaff.
Cela a F air d'un homme qui a couru la poste jour et
(7) This poor show doth better : this dotb infer the zeal I had to see him.
SHALLOW
Itdpthso.
FALSTAFF
It shows my eal-nestness of affection.
SHALLOW
It doth so. '
FA.SLTAFF.
My dévotion.
SHALLOW
It doth , it doth, it doth.
As it were, to ride day and night; and not to deliberate, not lo remember» not to hâve patieik^e to shift m«.
nuit , et sans délibérer > sans songer à riea » sans se donner le temps de changer de chemise* »
Quand on apprend au chevalMr Tarrestation de sa maîtresse Dorothée, il répond, avec la noble confiance d'un Tancrède :
« (8) Je la délivrerai. »
Enfin le roi s'avance; FalstafFveut Faccosterde ^elques bons mots. Henri lui répond :
«(9) Je ne te connais pas J'ai rêvé long-temps
dun homme qui te ressemblait Mais je suis réveillé,
je méprise mon rêve. »
En même temps , il lui défend de s'approcher de sa personne plus près que de dix milles ; il lui assure néanmoins une subsistance raisonnable , et promet, s'il s'amende , de l'employer selon son mérite. Il continue sa marche.
FALSTAFF
(c (10) IMbitre Shallow» je vous dois mille livres sterlings.
(8) I will deliver her. i
(9) 1 know ihee not
I hâve long dream'd of such a kind of man ; But, being awake , I do despise my dream.
FALSTAFP.
(10) Master Shallow» I owe y ou a thousaud pound.
SUR SnAKSPEABE. 277
SHALLOW
Oui, vraiment, sîr Jean, que je vous prie de me rendre , pour que^ je pui^e les remporter avec moi. »
Falstaff veut faire bonne contenance ; selon lui , Henri a voulu prendre un masque devant le peuple. Mais, dit-il à Shallow ,
« (11) N'ayezpasdHnquiétude sur votre fortune. Je suis encore , tel que vous me voyez , Thomme qui vou fera gros seigneur.
SHALLOW
Je ne vois pas trop comment , à moins que vous ne me donniez votre pourpoint, et que vous ne me rembourriez de paille. Je vous en prie , mon cher sir Jean , sur les mille livres , rendez-m'en seulement cinq cents. »
Falstaflf n*a garde de déclarer sa banqueroute par cette restitution j il aime mieux tout devoir.
Cependant le grand-juge vient le prendre , et détruit toutes ses espérances , en le faisant conduire hors de la ville.
La pièce se termine par un prologue que débite un danseur , qui promet , si le public est indulgent.
SDALLOW.
Ay , marry , sir John ; which I heseech you to let me hâve home* wilh me. ^
(11) Fear not your advaucement : I will be the man yefl, thaï shall make you great.
SHALLOW
I cannot perceive how; unlessyou give me your doublet, and stxxt me out with straw. I beseech you, good sir John , let ipe hâve five hundred of my thousand.
JZyB ESSAIS LITTERAIRES SUR StÎAKSPfiABC. •
pour cette pièce , (jue l'auteur en donnera une suite^
dont Henri y sera le héros , et où Falstaflf ^ combattant
contre la France ,
« (12) mourra de gras fondu. »
Shakspeare n'a pas dégagé la parole du danseur. t)ans Henri v , on ne voit plus Falstaff , et il n'est plus question de lui que pour annoncer sa mort.
Ce rôle , pour lequel Tenthousiasme dés Anglais est porté si loin que le froid Johnson, lui- même, le nomme un personnage inimitable , et manque de termes pour exprimer son admiration ; ce rôle , le plus comique peut-être qu'ait imaginé Shakspeare, est emprunté à une tradition qui avait flétri des traits du ridicule un personnage nommé Oldcastle , mis à mort sous Henri v, comme partisan des opinions de Wiclef.
Il sem!^le qu'un martyre n'aurait jamais dii être un sujet de plaisanterie, pour quelque cause qu'il ait été soufiêrt. Mais on sait que, parmi les traits de férocité du fanatisme, la gaieté, la moquerie, ne sont pas les moins communs ili les moins hideux.
La reine Elisabeth ne permit pas que Shakspeare prostituât, sur le théâtre, à la risée publique , une victime de la cause de la réforme. Shakspeare donna le nom de Falstaff à son personnage , auquel il n'en conserva pas moins son caractère de convention, dont il a su tirer un parti si prodigieux.
La seconde partie du roi Henri iv fut représentée en 1698. «
(12) Shall die of a svreal*