PREMIÈRE PARTIE
DU
ROI HENRI VI
(First part op king Henry vi.)
Jusqu'à l'admirable pièce de Richard m, nous ne verrons plus que bien rarement briller quelques lueurs de génie.
Plusieurs des commentateurs de Shakspeare apportent des raisons puissantes pour prouver que les trois parties de Henri vi ne sont point de ce grand poëte. Il paraît qu'il s'est borné à les retoucher, et à y faire quelques additions, afin de comp/léter le cours d histoire qu'il commence au petit-fils d'Edouard m et qu'il suit sans interruption jusqu'au père de sa souveraine.
En effet , dans les trois parties de Henri vi, on ne trouve que rarement Tempreinte et des beautés et des défauts de Shakspeare. Si l'on y cherche en vain des idées neuves, philosophiques, sublimes, on n'y est guère choqué par cette recherche prétentieuse du faux bel-esprit qui défigure souvent les plus belles pièces de notre auteur. Le dialogue est presque toujours d'une simplicité.traînante et fastidieuse , bien diflKrente de celle qui peint au naturel les mœurs et les caractères.
Il serait trop difficile pour nous, trop peu utile pour nos lecteurs , de suivre le mode d'analyse que nous avons adopté pour les pièces qui sont incontes-
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tablement de Shakspeare. Au lieu donc de retracer la division des scènes , nous nous bornerons à effleurer rapidement la marche de Faction y en prenant soin toutefois de citer tout ce q[tii nous âeinblera de
nature à intéresser des lecteurs français.
Le premier acte s'ouvre par la pompe funèbre de Henri v. Au milieu de la cérémonie , on vient annoncer que Paris et Rouen se sont rendus à Charles vu et que Talbot est prisonnier. Le Duc de Bedford se prépare à passer en France , pour y aller soutenir le parti de son neveu Henri vi. Nous nous transportons devant Orléans. Là , nous voyons le roi de Fraace accueillir , éprouver, mettre à la tête de ses armées la vierge de Vaucouleurs , qui est représentée comoae une sorcière eflSrontée et fanfaronne.
A la fin de cet acte , elle est entrée dans Orléans.
Le second est employé à faire briller la gloire militaire de Talbot j entr'autres exploits , il se rend chez une comtesse d'Auvergne , qui lui a donné un rendez-vous , dans l'intention de le faire prisonnier. Mais il a prévu sa perfidie. 11 fait entendre un coup de sifflet; aussitôt, fanfares et tambours , charges d'artillerie, château emporté, châtelaine confondue, vainqueur généreux, qui se contente cj'un repas pour les frais de la guerre.
Le reste du second acte nous montre l'origine de la Rose blanche et de la Rose rouge, et sert à établir le droit au Irônc de Richard Plantagenei , duc d'York, et père de ce prince ^ui régna depuis sous le nom d'Edouard iv.
Le commencement du troisième acte est consacre à peindre les divisions intestines de la cour de Londres , et les querelles qui s'élèvent entre l'éveque de Winchester, et Humphrey,duc de Glocester, oncle du roi, et protecteur du royaume. Nous repassons ensuite en France , pour y être ballottés par le flux et le reflux des batailles. Le duc de Bedford meurt. Le duc de Bourgogne est détaché des Anglais par les discours de Jeanne , scène si éloquente et si passionnée dans la Jeanne d'Arc de* Schiller , et d'une faiblesse excessive dans la pièce anglaise , où l'auteur n'avait garde d'intéresser en faveur de Théroïne de la France.
Au quatrième acte, Henri vi est venu se faire couronner à Paris La division du duc d'York et de Sommerset éclate avec force. Elle est cause que, chargés l'un et l'autre d'une partie du gouvernement des a£faires en France, ils laissent Talbot sans secours , dans une circonstance périlleuse. Le brave chevalier se voit , auprès de Bordeaux , dénué de ressources , environnéde toutes parts, près de périr avec son lils, qui ne fait que d'arriVer près de lui. Il le presse de s'enfuir 5 le jeune homme refuse- Cette scène est belle , quelquefois sublime. On peut, on doit la croire de Shakspeare.
TALBOT
« (i) O jeune Jean Talbot ! je t'ai mandé pour te servir de maître dans l'art de la guerre , afin que le nom
(l) A. 4- S. 5. TALBOT.
O young John Talbol ! I did scnd for ihce ,
de Talbot pût revivre en toi , quand rdpuiseinent de Tige et la faiblesse de mes membres impuissants retiendraient sur une chaise ton père immobile. Mais , ô fatale étoile, destin envieux ! Tu es venu aujourd'hui pour une fête de mort, pour un terrible et inévitable péril. Cher enfant ! remonte donc sur le plus léger de tes chevaui , et je t'enseignerai le moyen d'échapper p^r une fuite précipitée. Allons , ne diffère plus , et pars.
JEAN TALBOT
Talbot n'est-il pas mon nom ? Ne suis-je pas votre fils ? Et je fuirais ! Ah ! si vous aimez ma mère , ne déshonorez pas son honorable renommée ^ en faisant de moi un bâtard et un infâme. L'univers dira : Il n^est point le fils de Talbot , celui qui a fui lâchement , quand le noble Talbot est resté.
TALBOT
Fuis , pour venger ma mort, si je suis tué.
To tutor thee in stratagems of war;
That Talbot's name migbt be in thee rcviv'd ,
When sapless âge, and weak unable limbs ,
Sbould bring thy fatber to bis drooping cbaîr.
But f — o malignant and ill-boding stars î —
Now tbou art corne unto a feast of dealb ,
A terrible and unavoided danger :
ïherefore, dearboy, mount on my swiftest horse ;
And ril direct tbee bow tbou sbalt escape
By sudden fligbt : come, dally not, be gone.
JOHN
Is my name Talbot ? and am I your son ?
And sball I fly ? o, if y ou love my motber , Dishonour not her bonourable name.
SUR SHÂKSPEARE. 3g5
JEAN TALBOT
Qui fuit ainsi y ne reviendra jamais au combat.
TALBOT
Si nous restons tous deux , nous sommes tous deux sûrs de mourir.
JEAN TALBOT
Eh bien ! Laissez-moi rester •, et vous , mon père , sauvez-vous. Votre mort est une perte immense , et vous devez vous conserver. Mon mérite est inconniv* En me perdant , on ignore ce qu on perd. Les Français tireront peu de gloire de ma mort. Us seraient fiers de la vôtre. Avec vous s'évanouissent toutes nos espérances. La fuite ne peut ternir la gloire que vous avez acquise *, elle me déshonorerait , moi , qui ne me suis encore signale par
To make a bastard , and a slave of me :
The world will say, — He is not ïalbot*s blood ,
That bascly fled , whcn noble Talbot stood
TALBOT
Fly , lo revenge my death, if I be slain.
JOHN
He , that Aies so , will ne*er returu again.
TALBOT
If we both stay , we both are sure to die.
JOHN
Then let me stay : and, father , do y ou fly : Your loss is great , so y our regard should be ; My worth unknown , no los6 is known in me.
Upon my death the French can llttle boast; In y ours they will, in y ou ail hopes are lost. Flight cannot stain the honour y ou hafve won ;
aacun exploit. Tout le monde fera serment que , si vous avez fui > c'était pour vaincre un jour. Mais moi , si je recule, on dira que c'était par peur. Il nY^^ura plus à compter que je tienne ferme sur le champ de bataille^ lorsque, à la première heure , je fléchis et me sauve. Ici , à vos gênons , je demande la mort plutôt qu'une vie cons^vée par l'infamie.
TALBOT
Quoi ! toutes les espérances de ta mère descendront dans le même tombeau ?
JEAN TALBOT
Oui , plutôt c[ue de dé^onorer le sein de ma mère.
TALBOT
Au nom de ma bénédiction , je t'ordonne de partir.
JEAN TALBOT
Pour combattre l'ennemi , non pour le fuir.
But mine it will > that no exploit hâve done : You fled for vantage every one will swear ; But , if 1 bow , they'll say — it was for Cear. There is no bope that ever I will stay , If, the firstbour, I sbrink, and run away.
Hère , on my knee , I beg mortaUty , Ratber tban life preserv*d witb infamy.
TALBOT
Sball ail thy molher's bopes lie in one tomb ?
JOHN
Ay , ratber tlian l'U sbame my mother s womb.
TALBOT
Upou my blessing I command tbee go.
JOHN
To figbt I will, but notto fly the foe.
SUR SHAKétÎPEAliE. ^97
TALBOr.
Tu peux sauTer en toi une partie de ton père.
JEAN TALBOT
Je ne sauverais de mon père rien qui ne fût déshonore en moi.
TALBOT
Tu n'as pas encore eu de gloire : tu ne peux la perdre.
JEAN TALBOT
Oui ! et votre glorieux nom, irai -je le flétrir , en fuyant ?
TALBOT
L'ordre de ton père f absoudra du reproche.
JEAN TALBOT
Pourrez-vous rendre témoignage pour moi , quand vous aurez péri ? Si la mort est inévitable , fuyons ensemble.
TALBOT
Part of thy father may be sav'd in thee.
JOHIV.
No part of him , but vrill be shame in me.
TA.LBOT.
Thou never hadst renown , nor canst not lose it.
JOHN
Yes, your renovmed name : shall flight shuse it ?