‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 210 sur 252 · TA.I<BOT · texte numérisé non relu

TA.I<BOT

Thy father s charge shall dear thee from that stain,

JOHN

You cannot witness for me, being slain.

If death be so apparent , then both fly.

2^ ESTAIS LITTÉRAIRES

TALBOT

Que je laisse mes compagoons d'armes combatfxe et mourir ! Jamais pareille honte n'a souillé ma vieillesse.

JEAN TALBOT

Et ma jeunesse en serait souillée ; Il n'est pas plus possible de séparer votre fils^ de vous , que vous ne pouvez vous séparer de vous-même. Restez, fiiyez /faites ceqae vous voudrez , je le ferai aussi *, si mon père meurt , je ne veux plus vivre.

TALBOt.

Je prends donc ici congé de toi , mon noble fils ; ta es né pour voir ta vie s'éteindre avant la fin de ce jour. Allons vivre et mourir Pun à côté de l'autre -, et <jue nos deux âmes inséparables s'envolent ensemble de la France dans le ciel ! »

Il faut remarquer dans cette scène un genre de

TALBOT

And leave my followers liere , to fight and die ? My âge was never tainted with such shame.

JOHN

And shall my youth be guilty of such blâme ?

No more can I be severd frôm your side, Than can yourself y ourself in twain divide ; Stay, go, do what you will, the like do I; For live 1 will not, if my father die.

TALBOT

ïheu hère I lake my leave of thee , fair son , Bom to éclipse thy life this afternoon. Gome, side by side together live and die; And soûl with soûl fropai France to heaven fly.

sua SHAKSPEAinB. 999

dialogue assez rare dans Shakspeare. Ce sont ces. reparties brusques , pressées , se heurtant l'une contre ' Taulre , dont Corneille a fait un si fréquent et si heureux emploi.

On combat dans la mêlée , où le jeune Talbot a déployé la plus brillante valeur j son père lui sauve la vie, en Farra chant aux coups de'Dunois. Cette scène n*est pas aussi parfaite , à beaucoup près , que l'autre. On y trouve des défauts révoltants; néanmoins elle renferme des passages dignes de ce qu'on a déjà vu ; par exemple , quand Talbot s'écrie , après avoir loué la valeur de son fils :

(2) Dis-moi» unique souci de ton père*, n'es- tu pas fatigue, Jean? Comment te trouves-tu? Mon enfant, veux-tu maintenant quitter ce champ de bataille, et te sauver , maintenant que te voilà dignement reçu chevalier? Fuis, pour venger ma mort, quand je ne serai plus. Le secours d un homme est peu de chose pour moi. Oh ! c}est trop de folie , crois-moi, que de hasarder tous deux notre existence sur une seule et chétive barque.

Speak, tby fathers care; Art not thou weary , John ? How dost thou fare ? Wilt thou yet leave the battle , boy , and fly , Now ibou art seal'd the son of chivaky?

Fly, to revenge my dealh, when I am dead; The help of one stands me in little stead.

O , tbo much folly is it , wjell I wot , To hasard ail our lives in one small boat.

If I to-day die not with Frenchmen's rage , < J

To morrow I shall die yrith mickle âge :

Moi , si j e ne meurs pas aujourd'hui sous les coups des Françaû, je mourrai demain de mon grand âge. Ils ne gagnent rien par ma mort *, et , en restant ici , je n^abrège ma yie que d^un jour. Mais en toi mourront ta mère et le nom de notre famille , et ma vengeance , et ta jeunesse , et la gloire de FAngleterre. Voilà , si tu restes , tout ce que nous hasardons 9 qt bien plus encore. Voilà, si tu veux fuir , tout ce (jui sera sauvé.

JCAN TALBOT.

L^ëpée d^Orlëans (a) ne laa, fait aucun mal . Mais vos paroles font saigner mon coeur. Oh ! Quel avantage , au prix d'un tel opprobre , que de traîner une vie misérable , et de sacrifier une éclatante renommée ! Avant que le jeune Talbot fuie loin de son vieux père , que le lâche coursier qui me porte tombe et meure , et me

By me they nothing gain, an if I stay ,

*Tis but the short'ning of my life one day :

In thee thy molher dies, our housebold*s name ,

My death*s revenge, thy youth, and Eng]and*s famé :

Ail thèse , and more , we hasard by thy stay ;

AU thèse are sav*d , if thou wilt fly away.

JOHN

The sword of Orléans hath not made me smart , Thèse words of yours draw life-blood from my hcart On that advantage , bought with such a shame , ( To save a paltry life, and slay bright famé) , Before young Talbot from old Talbot fly , The coward horse , that bears me , fall and die : And like me to the peasant boys of France ; To be shame's scorn , and subject of mischance î Surcly by ail the glory y ou bave won ,

SUR SHAKSrEARE. 3oi

aîsse à pied , comme les vils paysans de France , en mtte aux mdpris , en proie à tous les malheurs ! Oui , >ar toute la gloire que vous avez acquise, si je fuis y je le suis pas le fils de Talbot. Ne me parlez donc plus le fuir ; c'est en vain : si je suis le fils de Talbot , je lois mourir aux pieds de Talbot.

TALBOT

Eh bien ! Suis donc un père au désespoir

Ta vie m'est bien chère -, si tu veux

combattre , combats à côte de ton père , et , après que tu te seras illustré , mourons tous deux fièrement. »

La fin de l'acte nous montre Talbot mourant sur le corps inanimé de son fils. Maïs les regrets du père ne répondent pas à l'énergie de ce que nous venons de citer ; et il n*exprime sa douleur que par des subtilités froides et puériles.

A u milieu des événements qui s*entassent dans le cinquième acte , les trois principaux sont la prise et la condamnation de Jeanne d'Arc ; la paix accordée par les Anglais à Charles vu, qui fait à leur roi hommage de sa courpnne ; enfi.n , la rencontre de

An if I fly , I am not Talbot's son :

Then talk no more of flight, it is no boot ;

If son to TaUM>t, die at Talbot's foot.

TA.LBOT.

Then follow thou tby desperatc sire

Thy life lo me is sweet :

if ihou will figlil, Tighl by ihy father's side,- And , commendable prov d, lel's die in pride.

50â ESSAIS LITTÉRAIRES

Marguerite d'Anjou (b) el de Sufiblk, qui conçoit et exécute le projet de la mettre sur le trône d'Angleterre.

Tout ce qui concerne Tinfortunée JeanOè d'Arc est traité avec une partialité aveugle, qui va jusqu àla niaiserie. 11 faut plaindre l'état moral d'un peuple à qui deux siècles ne suiBsent pas pour ouvrir les yeux sur des crimes commis en son nom.

L'auteur nous montre Jeanne invoquant les démons, reniant son pèrej il la déshonore à plaisir par toutes les turpitudes de la lâcheté.

Ce qui se rattache au mariage de Marguerite d'Anjou n'est guère présenté avec plus d'art et de vraisemblance. Suffolk fait Marguerite prisonnière: il devient amoureux d'elle , à la première vue 5 mais il la destine à être Tépouse du roi , sans doute pour la parer à ses propres yeux de deux charmes de plus, la royauté et l'adultère.

La pièce finit par la proposition que Suffolk fait de ce mariage au faible et crédule Henri vi, qui, sur le récit de Suffolk , se prend d'une belle passion pour Marguerite , et envoie Tofiicieux agent la demander au vieux roi de Naples.

Suffolk , qui a déjà fait ses conventions avec sa protégée , s'applaudit de son succès, et termine ainsi la tragédie :

SUR SHAKSPEARE. 5o5

« (3) Marguerite sera reine , et gouvernera le roi -, et moi , je gouvernerai la reine j le roi et le royaume. »

On n'a que des données incertaines sur l'époque de la représentation de cette partie de Henri vi , et des deux suivantes.

Margaret shall now be queen , and rule the king ; But I will rule both her , the king , and realm.

NOTES

(▲) Dunois , rUlustre bâtard du duc d'Orléans.

(b) Marguerite , jouant un grand rôle dans les trois pièces suivantes , comme épouse ^ et comme veuve de Henri vi j nous allons^ en quel» ques mots 9 conduire son histoire jusqu'au moment où la prend le drame que nous analysons..

Née en i/^iS , fille de René d'Anjou , roi titulaire de Sicile y nièce de l'épouse de Charles vu 9 elle avait vu l'offi-e de sa main promenée de cour en cour y et par-tout refusée à cause de la pauvreté de son père. Cette fatale raison 9 sans dot, fut pourtant ce qui la fit choisir pour un hymen plus brillant que tous ceux auxquels elle aurait pu prétendre 9 si René eût possédé , en effet j la puissance dont il n'avait que^ le vain titre. Suffolk , à la tète d'un parti formé en Angleterre contre le duc de Glocester 9 jeta les yeux sur elle 9 comme sur un instrument qu'il trouverait docile à ses projets 9 s'il la tirait de l'indigence , pour la &ire asseoir sur un des premiers trônes de l'Europe. On persuada sans peine le faible Henri , et le mariage fut célébré en i443* La nouyeUe reine 9 jeune 9 belle 9 et douée 9 dit un biographe , de cet esprit vif et hardi , qui la fit compter par la suite au rang des plus grands hommes de ce siècle 9 ne tarda pas à exercer une influence absolue sur le Claude de l'Angleterre.

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