‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 211 sur 252 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

BU

ROI HENRI VI

( Second part of king Henry vi. )

Cette pièce offre, à peu près , les mêmes défauts que la précédente. C'est un encombrement de matériaux histori(jues , sans (jue jamais la main du poëte y mette rien dans un ordre favorable aux effets de la scène.

Au milieu de cette masse informe d'événements qui embrassent l'espace de dix années ^ ce serait un effort pénible j et sans avantage 9 que de vouloir conserver même la division des actes. Il nous suffira de jeter un coup d'œil sur Tensemble»

La pièce commence par la célébration du mariage de Henri vi avec Marguerite d'Anjou.

Toute la cour est en fermentation. Différents partis, celui deGlocesler, celui du cardinal de Winchester, celui- dTTork , soutenu par Warwick , se montrent dans leur germe.

Un apprenti accuse son maître d'avoir dit que la couronne appartenait légitimement au duc d'York. Son maître nie le fait dont il est accusé. Le combat entr*eux est ordonné ; l'apprenti reste vainqueur (a).

Suffolk, qui gouverne sous le nom du roi , trame la perte du duc de Glocester. Pour arriver jusqu'à lui,

SUR SHAKSPËARE. OOD

il commence par le frapper dans son épouse. On la surprend consultant les devins pour savoir si son mari sera roi. On la condamne à une pénitence publique et au bannissement*

La lâche prudence avec laquelle Glocester souffre patiemment le châtiment infligé à sa femme ne désarme point son superbe ennemi ^ qui le fait dépouiller du protectorat, l'accuse ensuite de haute trahison , et le fait arrêter, malgré l'attendrissement du roi, qui ne cède qu'à l'influence de Marguerite.

Suffolk fait assassiner Glocester. Le roi dément un instant sa docilité j encouragé par le peuple , qui demande à grands cris la tête du coupable , Henri vi ose bannir l'assassin de son oncle, malgré les prières et le désespoir de Marguerite d'Anjou, dont Fauteur semble avoir dessiné le portrait sur celui de Messaline, de même que Henri vi ne rappelle que trop bien Timbécille empereur , esclave de ses affranchis.

Au travers des dissentions et des crimes dont j'abrège le récit hideux et monotone^ le duc d*York marche toujours à Taccomplissement de ses desseins sur la couronne. Pour sonder les dispositions du peuple à la révolte , il a suscité un homme obscur , nommé Cade, qui, à Taide d'une ressemblance frappante avec un prince mort , dont les droits au trône étaient les mêmes que ceux d'York , réclame le titre de roi d'Angleterre , et fait soulever le comté de Kent.

Ces scènes paraissent être , au moins en partie , de Shakspeare. On y reconnaît ce coup d'œil d'HÎgle, cette

5o6 ESSAIS LITTÉRAIRES

observation profonde, qui ont fait de lui un si grand peintre de la nature humaine. 11 est difficile deiprimer avec plus d'énergie ce que produit une révolution entre les mains d'une populace ignorante, lorsque les esclaves de la veille se font les tyrans du jour, et que la lie d'une nation en devient Fécume.

Je citerai quelques traits caractéristiques. On j remarquera une étonnante conformité avec les affreux tableaux que nous présente notre histoire, en 1793»

On amène un clerc en présence de Cade.

SMITH

(1) Voici le clerc deChatam. Il sait écrire et lire, et dresser un compte.

GADE

Quelle horreur !

SBHTH.

Nous Tavons pris, faisant des exemples pour les enfants.

CADE

Cest un scélérat.

SMITH

The clerk of Chatham : he can writ and read, and cast accompt.

O inonstrous î

SMITH

We look him seUing of boys* copies.

sun sHÂic5i»EAa£p 3o7

Il % <daii3 3a poche un livre écnt en leitres rouges.

GADE

Oh ! alors , c'est un sorcier.

DtCK.

n sait encore faire des contrats > et écrire par abré-^ viation.

ÇADE.

J'en suis fâché pour lui. C'est un homme qui a bpnne façon , sur mon honneur -, et , si >e ne le trouve pas coupable , il ne mourra pas. — iVpproche ici , coquin , il faut

que je t'examine. Gomment te nommes-tu?

Page 1