LA VIE ET LA MORT
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. ROI RICHARD m
f (Life ano death of kxng Rxgbard m. )
Parmi les ouvrages de Shakspeare, il y en a peu dont le succès ait été plus général et plus constant au théâtre. Johnson se révolte contre ce succès 3 il croit qu'il est arrivé pour cette pièce ce qui s*est vu en mainte autre occasion ; que , là où il y avait le moins à louer , on a loué avec le plus d'enthousiasme. Cette opinion ne parait pas fondée j le critique peut, dans un examen froid , être choqué de beaucoup de défauts qui disparaissent à la scène devant des beautés fortes, des conceptions dramatiques 3 et il semble qu'en fait de succès de théâtre il n'y ait point d'usurpation de deux siècles.
Ce n'est pas qu on ne puisse reconnaître dans Richard m de nombreuses défectuosités de plan et d'exécution 3 mais elles sont couvertes par la grandeur du sujet , par l'intérêt , la force , la vérité de quelques scènes, et sur-tout par le dessin admirable des deux figures principales, celle de Richard et celle de Marguerite d'Anjou.
Richard est le Tartufe de l'ambition ; avec cette nuance , qu'outre les avantages qu'il espère de ses for* faits il aime encore la perversité pour elle-même. T. I. ai
JI S y complaît d'aulant plus qu'elle lui fournit Toccasion de tromper, d'avilir, de mépriser ceux quil emploie à frapper ses victimes. Disgracié de la nature, il regarde comme un dédommagement sa supériorité dans l'art de faire le mal. Néanmoins , par un raffine- ' ment de corruption , il parvient à ne pas même être i dupe de cette gloire du crime , et il se rit lui-même de la facilité que rencontrent ses stratagèmes et ses perfidies.
Ce caractère est moins conforme à nos habitudes théâtrales qu'un tyran tout d'une pièce j guindé sur des sentences ; qu'un ambitieux qui , dans le crime j ne verrait que sa passion satisfaite , sans subtiliser sur les moyens et sur les agents dont il se sert. Mais le Richard de Shakspeare nous parait au fond plus naturel et même plus véritablement tragique.
Marguerite d'Anjou forme avec lui un imposant contraste. Survivant à toute sa famille , à toute sa fortune, elle ne paraît au milieu de ses ennemis que pour maudire, que pour prophétiser des malheurs ^ et pour sourire chaque fois que s'accomplissent ses prophéties, toujours réalisées par la trahison et par la cruauté de Richard.
On pourrait demander comment elle se trouve si libre, comment on lui permet de parler avec tant d*audace ; les souverains détrônés ne sont pas d'ordinaire laissés ainsi à eux-mêmes. Mais , si cette situation est un peu invraisemblable , elle est de TeiBèt le plus théâtral.
Ce qui manque dans cette pièce, comme dans les
autres pièces historiques de Shakspeare, c'est un personnage qu'on puisse aimer , plaindre , admirer , pour le succès duquel on fasse des vœux : il ne suffit pas , dans une tragédie , de frapper l'esprit par un dessin fortement tracé ; il faut encore intéresser le cœur. Laisser le cœur oisif, c'est s'exposer à voir l'esprit bientôt las d'une attention que rien ne vient reposer et distraire,