TROISIÈME PARTIE
DU
ROI HENRI VI
(Third part of king Henry vi. )
Pour faire une tragédie bien sanglante sur les guerres de la Rose blanche et de la Rose rouge , l'histoire fournissait beaucoup à un chroniqueur dramatique. Mais Fauteur de cette pièce semble avoir pris plaisir à enchérir sur les horreurs qu'il y rencontrait à chaque pas , et à enrichir son sujet d'atrocités nouvelles.
La troisième partie de Henri vi est plus monstrueuse que les deux autres par la multiplicité d'événements qui s'y entassent dans un cercle de quatorze années. Cependant , malgré quatre batailles , et un nombre considérable d'assassinats qui rapprovisionnent de tragique , elle offre moins d'incohérence ^ dans ses divers incidents, que la première et la seconde partie. L'unité d'action s'y trouve jusqu'à un certain point. Tous les événements tendent au même but, à décider à laquelle des deux branches , celle de Lancastre ou celle d'York, doit demeurer la royauté.
Du reste, l'intérêt dramatique est nul. Tous les personnages sont présentés sous un aspect plus ou moins défavorable - mais aucun n'est digne de fixer sur lui les vœux du spectateur : car la vertu mona-
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cale du faible et crédule Henri vi est loin d'avoir Féclat nécessaire au théâtre. .^
Il suit de là (jue les épouvantables atrocités qttl^ s'accumnlent presque dans ditque êcèfoe in^iieot plus de dégoût que de terreur; on ne sait sur qnifaiie reposer la pitié; et^ sans la pitié, la terreur d^It jamais qu*imparfaite.
Cette dernière portion de la trilogie est rimmé^Uate continuation de la précédente , et prend les événements où la seconde partie les a laissés.
Au commencement du premier acte , le duc d'Yod est arrivé au parlement , et y dispute la couronne ï Henri vi, qui finit par proposer une transaction; c'est qu'on lui laisse l'usufruit de la royauté^ dont, après sa mort, il consent que l'héritage passe au duc d'York ^ à sa famille. York souscrit à cet accommodement.
A peine est-il conclu , que Marguerite vient accabler Henri de reproches , et , sans vouloir écouter sa justification , le quitte et emmène son fils Edouard j pour lui chercher des défenseurs.
Son entreprise réussit. Elle triomphe du parti d*York, et fait le duc lui-même prisonnier. Un des généraux de la reine , Clifford , qui a massacré un des fils du dqc, le jeune Rutland, présente au père enchaîné un mouchoir trempé dans le sang de son fils , et le perce ensuite de son épée.
Le second acte ne renferme de grand événement que la bataille de Towton , gagnée , grâce au courage de Warwick , par Edouard d*York , qui a succédé aux prétentions du duc d'York son père.
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Les seules idées dramatiques que nous ayous aperçues dans cet acte, sont un monologue où, pendant les horreurs de la bataille , Henri regrette de n'être pas ' vu obscur berger, et le désespoir qu'il fait éclater , en ■(voyant la douleur d'un fils qui vient de tuer son père , et celle d'un père qui vient de tuer son fils. Ce rapprochement peindrait avec force les maux des ^î guerres civiles , sans le défaut de vérité qui se fait =^' sentir dans les détails.
Henri est fait prisonnier , et enfermé dans la Tour ^ de Londres. On voit commencer l'amour d'Edouard iv ^ pour la fameuse veuve de lord Grey , Elisabeth •^ Woodville. Mais l'auteur n a pas même indiqué l'om- ^ bre d'une rivalité d'amour entre Edouard et Warwick, ^' quoiqu'il eût pu tirer d'un tel incident des effets plus ^ naturels et plus intéressants que ceux auxquels il ^, s'est borné.
^ Le comte, au moment où Edouard devient amou- * reux de la belle veuve , est en ambassade auprès de Louis XI , et sollicite pour son roi la main de la princesse Bonne , la belle-sœur de Louis.
De son côté , Marguerite s'est rendue à la cour du monarque français , pour réclamer son appui. En sa qualité d'infortunée , elle va être éconduite , et Louis a déjà promis la princesse Bonne à l'ambassadeur d'Edouard, lorsque arrivent d'Angleterre les lettres qiki annoncent le mariage d'Edouard avec Elisabeth. Louis, piqué d'avoir été le jouet d'Edouard^ accorde des secours k Marguerite; et Warwick, indigné contre son maître , qui l'a engagé dans une fausse dé-
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marche , se joint au parti de Lancastre^ et promet de k faire triompher. Ce faiseur de rois (a) , pour cimente son alliance avec la Rose rouge , donne sa fille eo mariage au jeune prince , fils de Marguerite et de Henri vi.
Si le mariage d'Edouard soulève en France tant d'animosité contre lui , il ne produit pas dans sa cour un eftet moins défavorable à ses intérêts ; plusieurs de ses partisans , et même un de ses frères j le duc de Clarence, le quittent, et vont grossir les troupes de Warwick , qui , après avoir vaincu le roi qu'il avait fait lui-même , le détrône et l'envoie prisonnier dans un château du comté d'York.
Le plus fidelle des partisans d'Edouard rv^ c'est son frère le duc de Glocester , depuis Richard m. Cette fidélité n'est , il est vrai , qu'hypocrisie et ambition. Richard aspire pour lui-même à la couronne. Mais il ne peut y parvenir qu'après avoir commencé par détruire les ennemis de sa branche , pour détruire ensuite sa branche elle-même.
Shakspeare est reconnaissable à quelques traits de ce rôle, que je dois citer ici , ne fût-ce que comme une préparation à la lecture de Richard m.
Écoutons l'ambitieux lui-même nous révéler ses projets, et tracer son portrait fidelle.
Après avoir fait des vœux pour la mort de ses frères et de leurs enfants , de Henri vi et de sa race , dont les droits au trône le séparent dç Vépoque d'or ou il aspire , Richard s'écrie :
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« (i) Je ne fais que rêver la royauté. Gomme un lioinme qui , placé sur le sommet d'un promontoire , porte sa vue sur le rivage éloigne qu'il voudrait fouler sous ses pas *, regrettant que son pied ne puisse suivre ses yeux , il maudit la mer qui le sépare du terme où il aspire : ainsi je désire la couronne, dont je suis si éloigné. ' «••..••• ••.•••.•......••.•..•
S'il est une fois dit qu'il n'y ait point
de royaume à espérer pour Richard , alors quelle autre jouissance le monde peut-il m'oflTrir ? Irais-je chercher le bonheur céleste dans les bras d'une femme , orner mon corps d'une parure élégante , et enchanter par mes paroles et par mes regards le cœur de jeunes beautés ? O pensée cruelle ! Ressource plus impossible pour moi , que de m'emparer de vingt couronnes brillantes. L'amour ne ufi'a-t-il pas renié dans le sein même de ma mère *, et 9 pour m'exclure à jamais de son doux empire , n'a-t-il pas suborné contre moi la fragile nature ? Ne Ta-t-il pas engagée à rétrécir mon bras , flétri comme un arbrisseau
I do but dream of sovereignty;
Like one that stands upon a promontory.
And spies a far-off shore where he would tread ,
Wishing his foot were equal with bis eye ;
And chides the sea that stdiders him from thence ,
Sp do I wish the crown , being so far off. . . .
Say there is no kingdom then for Richard;
What other pleasure can the world afford ?
ni make my heaven m a lady's lap , And deck my body in gay omaments.
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desséché *, à placer sur mon dos une odieuse montagne, où siège la difformité pour rendre mon corps ridicde} k former mes jambes d^une inégale longueur ^ faisant de moi une masse sans proportion, une espèce de chaos senh UaUe au petit que Tours n'a pas encore léché, et qoi n'^apporte » en naissant , aucun trait de sa mère ? Suis-je donc un homme fait pour être aimé ? Ne serait-ce pas une erreur absurde que de nourrir une telle pensée? £h bien ! Puisque ce monde ne m^offre aucun plaisir qiu celui de commander , de gouverner , de plier à mes yolontés ceux pour qui la nature a été plus fayorable qae pour moi » mon bonheur céleste sera de rêver au diadème y et de regarder, tant que je vivrai, ce monde comme un enfer , jusqu'à ce que la tête <jue porte ce tronc contrefait , soit ceinte d*une glorieuse coui'onne.... Et cependant» cette couronne y je ne sais comment Pat-
And wilch sweet ladies witk my words and looks ?
O misérable thoughl ! and more unlikely ,
TKan to accomplish twenty golden crowns î
Why , love forswore me in my mother s womb :
And , for I shoud no deal in her soft laws,
She did comipt frail natwe widi a bribe
To shrink mine arm up Uke a wither*d shrub ;
To makfi an envions mountain on my badiL ,
Where sits deformity to mock my body ;
To shape my legs of an uaaqual sise ;
To disproportion me in every part»
Like to a chaos or an unlickVi bear«wh<elp ,
That carrios no impression like the dam.
And am I then a man Xp be belov*d?
O monstrous Êiull , to barbow sucb a thought !
Then> since this eartb afibrds np joy 4P me ,
But to commaud » to check, to o*erbe«r such
As are of better pei^on tban myself ,
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indre. Je Yois tant de vies entr elle et moi !.... £t mal- "é ces obstacles , comme ua voyageur perdu dans un 3is dpineux , brisant les ronces , déchirdpar elles , cher** lant un chemin , et s^^cartantdu chemin véritable , sans voir comment parvenir k un lîeu découvert , qu il s'efrce de trouver au prix d'une fatigue désespérée , je me urmente sans relâche pour saisir la couronne d"* Anglerre. Je m'affranchirai de ce tourment*, je me fraierai I cbemin avec une hache sanglante. £k quoi ! ne aaispas sourire , «t forger en souriant , me récrier de ie sur ce qui m'afflige au fond de Tam^ , mouiller mes Lies de larmes artificieuses, et accommoder mon inisage à utes les circonstances ?.... Quoi! je sais tout cela , et je i saurais pas gagner une couronne ! »
1*11 make my heaven — ^to dream upon the crown ; And , whiles I llve , lo account diis world but hell , t^lâ mf misskap^d'ti'uzâ&^liittbears ibis head, Be round impaled with t giofious cromi.
And yet I know not how to get the crown»
For many lives stand between me and home :
And I , — like one lost in a thomy wood , That rents the thorns , and is rend with the thoms ; Seeking a way , and straynig iram the way; Not knowing how to find the open air.
But toiling desperately 40 find it out* — Tonnent myself to catch the English crown* And from that torment I wiU free myself^ Or hew my way out with a bloody axe.
Why, I can smile, and murder while I smile; And, cry , content, to that which grieves my heart; And wet my cheeks with artiûcial tears ; And frame my face to ail occasions.
Gan I do this, and cannot get a crown?
Tel est Richard ; tels sont les motifs qui l'engagent à remettre son frère sur le trônç. 11 le délivre et le ramène vainqueur à Londres , où Henri vi , à peine sorli de la Tour pour reprendre sa couronne , tomk dans les mains de son rival , et est encore jeté au fond de sa prison. Cette double révolution occupe tout le quatrième acte.
Au cinquième acte, Warwick , qui avait renouvelé la guerre contre Edouard iv , est vaincu et tué à Ba^ net 9 par la trahison de Clarence j qui l'abandoiuM pour retourner sous les drapeaux de son frère.
Après cette défaite j Marguerite livre encore une bataille à Tevrksbury j et la perd. Son fils est égor^ gé sur la scène , et devant elle , par Edouard et ses deux frères. Après ce meurtre, Richard court à la Tour de Londres , poignarde Henri vi , et c'est en l'arrosant de sang , qu'il fait triompher la Rose blanche sur la Rose rouge.