SCÈNE TROISIÈME
Tyrrel raconte , dans un monologue , la mort des deux jeunes fils d'Edouard.
«(i5) L'acte sanglant ettyrannîque est consommé , le plus grand forfait , le plus déplorable meurtre dont Cette terre se soit jamais rendue coupable. Dîghton et Forrest , que j'ai gagnés pour exécuter cette impitoyable scène de boucherie , des scélérats endurcis , des dosfues
(i4) Thou troublest me; I am not in the vein.
(i 5) The tyrannous and bloody act is donc ; The most arch deed of piteous massacre , That ever yel tftiis land was guilty of.
SUR SHÂKSPEARE. 34 1
sanguinaires , tout pénétres d'attendrissement et d'une
douce pitié , ont pleuré comme deux enfants , en me fai-
^ sant le triste récit de leur mort. « C'est ainsi , me disait
f Dighton , qu'étaient couchés ces aimables enfants. -— Ils
5i se tenaient ainsi , disait Forrest , s'entourant l'un l'autre
9 de leurs bras innocents et blancs comme l'albâtre *, leurs * lèvres semblaient quatre roses vermeilleç sur une seule tige , qui , dans tout l'éclat de leur beauté , se caressaient l'une l'auti'e. Un livre de prières était posé sur leur chevet. Cette vue , disait Forrest , a , pendant un moment, presque changé mon ame. Mais oh! le démon!»
Lie scélérat s'est arrêté à ce mot , et Dighton a continué : « Nous avons étouffé le plus parfait , le plus charmant ouvrage que la nature ait jamais formé depuis la créa-
Dighton and Forrest , whom I did suborn
To do this pièce of ruthJess butchery,
Albeit they were flesh'd yillains, bloody dogs,
Melting with tenderness and mild compassion ,
Wept like two chiJdren, in their death*s sad story.
O thus , quoth Dighton , lay the gentle babes , —
Thus, thus, quoth Forrest, girdling one another
Within their alabester innocent arms :
Their lips were four red roses on a stalk,
Which, in their summer beauty, kiss'd each other.
A book of prayers on their pillow lay ;
Which once, quoth Forrest, almost chang*d my mind;
But, o, the devil — there the viliain stopp'd;
When Dighton thus told on, — we smothered
The most replenished sweet work of nature «
That, from the prime création, e*er she fram*d —
Hence both are gone; with conscience andreraorse,
They could not speak; and so I left them both,
Tq bear this tidings to the bloody king.
34^ ES5A.IS LITT'éaAIRES
tion )> ! Ils m'ont c[iiitt($ tous deux , si pénétrés de douleur et de remords qu'ils ne pouvaient parler ; et je les ai laissés aller , pour apporter cette nouvelle à notre roi sanguinaire. y>
Il faut remarquer , dans cett;e jiarration si pathétique , Tatroce impartialité avec laquelle Tyrrel juge le crime qu'il vient de faire commettre , comme une action à laquelle il serait étranger.
Le roi a enfin exécuté tous les crimes dont il a cm avoir besoin. 11 a fait périr son épouse 3 et il s'apprête à demander la main de la jeune Elisabeth j la fille de son frère j lorsqu'il apprend la révolte de Buckingbain. Il se prépare à marcher contre lui.