‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 234 sur 252 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

Tyrrel raconte , dans un monologue , la mort des deux jeunes fils d'Edouard.

«(i5) L'acte sanglant ettyrannîque est consommé , le plus grand forfait , le plus déplorable meurtre dont Cette terre se soit jamais rendue coupable. Dîghton et Forrest , que j'ai gagnés pour exécuter cette impitoyable scène de boucherie , des scélérats endurcis , des dosfues

(i4) Thou troublest me; I am not in the vein.

(i 5) The tyrannous and bloody act is donc ; The most arch deed of piteous massacre , That ever yel tftiis land was guilty of.

SUR SHÂKSPEARE. 34 1

sanguinaires , tout pénétres d'attendrissement et d'une

douce pitié , ont pleuré comme deux enfants , en me fai-

^ sant le triste récit de leur mort. « C'est ainsi , me disait

f Dighton , qu'étaient couchés ces aimables enfants. -— Ils

5i se tenaient ainsi , disait Forrest , s'entourant l'un l'autre

9 de leurs bras innocents et blancs comme l'albâtre *, leurs * lèvres semblaient quatre roses vermeilleç sur une seule tige , qui , dans tout l'éclat de leur beauté , se caressaient l'une l'auti'e. Un livre de prières était posé sur leur chevet. Cette vue , disait Forrest , a , pendant un moment, presque changé mon ame. Mais oh! le démon!»

Lie scélérat s'est arrêté à ce mot , et Dighton a continué : « Nous avons étouffé le plus parfait , le plus charmant ouvrage que la nature ait jamais formé depuis la créa-

Dighton and Forrest , whom I did suborn

To do this pièce of ruthJess butchery,

Albeit they were flesh'd yillains, bloody dogs,

Melting with tenderness and mild compassion ,

Wept like two chiJdren, in their death*s sad story.

O thus , quoth Dighton , lay the gentle babes , —

Thus, thus, quoth Forrest, girdling one another

Within their alabester innocent arms :

Their lips were four red roses on a stalk,

Which, in their summer beauty, kiss'd each other.

A book of prayers on their pillow lay ;

Which once, quoth Forrest, almost chang*d my mind;

But, o, the devil — there the viliain stopp'd;

When Dighton thus told on, — we smothered

The most replenished sweet work of nature «

That, from the prime création, e*er she fram*d —

Hence both are gone; with conscience andreraorse,

They could not speak; and so I left them both,

Tq bear this tidings to the bloody king.

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tion )> ! Ils m'ont c[iiitt($ tous deux , si pénétrés de douleur et de remords qu'ils ne pouvaient parler ; et je les ai laissés aller , pour apporter cette nouvelle à notre roi sanguinaire. y>

Il faut remarquer , dans cett;e jiarration si pathétique , Tatroce impartialité avec laquelle Tyrrel juge le crime qu'il vient de faire commettre , comme une action à laquelle il serait étranger.

Le roi a enfin exécuté tous les crimes dont il a cm avoir besoin. 11 a fait périr son épouse 3 et il s'apprête à demander la main de la jeune Elisabeth j la fille de son frère j lorsqu'il apprend la révolte de Buckingbain. Il se prépare à marcher contre lui.

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