‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 39 sur 252 · SCÈNE SECONDE · texte numérisé non relu

SCÈNE SECONDE

Hamlet fait la leçon aux comédiens j les conseils qull leur adresse , quoique assez bizarrement intro-

3UR SHAK8PEARE. 25

doits au milieu d'intérêts si graves , méritent peutêtre de trouver place ici , à cause de leur parfaite justesse , et de leur forme ingénieuse et piquante.

« (12) Dites, je vous prie, ce discours^ comme je Tai. prononcé devant vous, d^un ton naturel; mais, si vous le déclamez à pleine bouche , j'aimerais autant que mes vers fussent dits parle crîeur de la ville. N^allez pas fendre l'air avec vos gestes •, mais que vos mouvements soient agréables *, car , même dans le torrent , dans la tempête , et, si je puis parler ainsi, dans le tourbillon de la passion, vous devez observer et garder une mesure qui en adoucisse Feffet. Oh! rien ne me choque plus que d^entendre un robuste gaillard , en grande perruque , mettre en lambeaux une passion ,

(la) Speak the speech, I pray y ou, as I pronounced it to y ou, trippingly on the tongue : but if you mouth it, as many of our players do , I had as lief the town-crier spoke my lines. Nor do not saw the air too much with your hand, thus; but use ail geutly; for in the very torrent, tempest, and (asl may say) whirlwind of your passion , you must acquire and heget a tamperance , that may give it smoothness. O , it ofiends me to the soûl , to hear a robustious periwig-pated fellow tear a passion to tatters, to very rags, to split the ears of the groundlings; who, for the most part, are capable of nothing hut inexplicable dumb shows, and noise

Be not too tame neither , but let your own discrétion be your tutor : suit the action to the word, the word to the action ; with tliis spécial observance , that you o'erstep not the modesty of nature : for any thing so overdone is from the purpose of playing > whose end, both at the first, and now, was, and is, to hold> as 'twere , the mirror up to nature ; to show virtue her own feature , scorn her own image , and the very âge and body of the

comme s'il dëchiroit du vieux linge , et ëcorcher le* orepilled à tout un parterre ébahi , qui , le iplus souvent, ne sait tien aimer que le bruit ou une absurde pantomime muette

Ne soyez pas non plus trop doucereux. Que votre discernement vous serve de guidé. Réglez Faction sur les paroles , et les paroles sur l'action , avec l'attention particulière de ne jamais sortir de la décence naturelle j car tout ce qui est au-delà s'écarte du vrai caractère de la représentation théâtrale , dont le but a été d'abord, est encore à présent , de tenir le miroir à la^nature , de montrer à la vertu ses véritables traits , à Tinfamie sa propre image , et à chaque âge , à chaque époque de l'histoire , sa figure et son empreinte. Si cette peinture est outrée ou bien affaiblie , elle pourra exciter le sourire de Vignorant *, mais elle choquera toujours

time , his form and pressure. Now this, overdone , or corne tardy off» though it make the unskillful laugb, cannot but make the judicious grieve; the censure of wich one, must, in your allô- •wance, o'erweigh a whole théâtre of others. O, there be players» that I bave seen play, — and beard others praise, and tbat bigbly , — not to speak it profanely , tbat , neither having ibe accent of Gbristians» nor the gait of Christian , Pagan» uor man, bave so strutted , and bellowed, tbat I bave thought some of natuile's joumeymen bad made men , and not made tbem vrell , tbey imitated bumanity so abominably

And let tbose tbat play your clowns , spcak no more than is set

down for tbem : for there be of tbem , tbat will tbemselves laugb,

to set on some quantity of barren spectators to laugb too ; thougb»

in the mean time , some necessary question of the play be then

to be considered : tbat's villainous; and shows a most pitiful

ambition in tbc fool tbat uses it.

SUR SnARSPEAHE. 27

rhomme judicieux, dont la critique doit, dans votre opinion , avoir plus de poids (cjue le suffrage dWe salle pleine de spectateurs vulgaires. Oh ! il y a des comëdiens que j'ai vus jouer , que j'ai entendu vanter avec excès , 'pour ne pas dire plus , et qui n'avaient ni la voix ni la démarche d'un chrétien , d'un païen , d'un homme. Ils beuglaient et se démenaient de telle sorte , qu'il me semblait que la nature eût employé quelque grossier manœuvre à fabriquer des hommes , sans qu'il y pût réussir , tant ces gens-là imitaient abominablement la nature humaine. . • • ^

Et que tous ceux qui jouent les niais n'en disent pas plus qu'on n'en a écrit dans leur rôle ', car il y en a qui se prennent à rire eux-mêmes , pour mettre en train de rire quelques jmbécilles spectateurs. Cependant , à ce moment-là même , il y a peut-être quelque situation essentielle de la pièce qui exige l'attention *, cela est détestable , et montre la plus pitoyable prétention de la part du sot qui use de ce moyeu. »

Les comédiens se retirent pour tout disposer, en attendant l'arrivée du roi et de la reine- Hamlet avertit Horatio de Fépreuvécju'il va tenter, et lui recommande d'avoir Toeil sur le roi j il lui exprime en même temps son amitié d'une manière simple et touchatite.

HAMLET

(( (i3) Horatio f tu es précisément l'homme dont la société m'a le plus convenu.

(i3) Horatio , thou art e*en as just a man As e*er my coiiversation cop*d withal.

a8 ESSAIS LITTERAIRES

Page 1