‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 53 sur 252 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Un cimetière.

Deux fossoyeurs sont occupés à creuser la tombe d'Ophéha. Ils égaient leur travail par quantité de bouffonneries , parmi lesquelles il y en a d'assez plaisantes, • • .comme la réflexion que fait un paysan sur les funérailles d'Ophélia , à qui on accorde la sépulture parce qu'elle est de la cour , quoique la loi refuse cet honneur aux suicides :

(ao) That we would do ,

We should dô when we would; for this would changes.

ESSAIS LITTEHAIHFS

([ (ïi) C'est une vraie pitié q^ue les grands aient dans ' cemondc lafaveurdese uojcr et de sependre, plus qae les chri^tJenS leurs égau5. »

' Hamlet survient avec Horatio j et , voyant les deux fossoyeurs remuer tant de crânes , il s'amuse à imaginer à guel maître chacun d'eux appartenait. Parmi ces portraits bizarres, ou peut remarquer celui du courtisan , qui savait dire :

«(22) Bon jour, moii gracieux seigneur, comment TOUS portez-vous , mou prince ; »

et celui

K de monseigneur un tel , qui faisait l'dloge du chevsd de monseigneurunte! , quandll avait euvïe de Icdemander.u

Hamlet s'entretient ensuite avec un des fossoyeurs, qui fait pleuvoir uu déluge de quolibets, et finit par présenter au prince le crâne d'Yorick , le boulfoa du roi (k). '

nAMLET.

K (33) Hëlas ! pauvre Yorick. ! Je l'ai connu, Horatio :

c'était un garçou d'une gaieté infinie , d'une imaginatioii

(ai) . , . The morepily; that great foiks shall liave couoleuance in ihts vvorld to dronn or hang themselves, more ihm Iheir eveo Chrisûan.

(aa) Of a courller; wbich would say, good morrovo, imfett lord .' how dast thon, good lord? lliis miglil be my lord siIcli-4onc, iliat prlsed my lord such-a-onc's liorse, whcu hc lueant \o beg il.

H*MLET.

(a3) Alus' poor Yorick [ — I kuew bim , Huratio; a fellovr oT iilCimlC jcst , of mast excellent faucy : lie balL borne lue oa \ài

SUR SnAKSPEARE. 4?*

. Il m'a port»; sur sus (Spaules plus do n ,fois. Maintenant , mon imagÎDation en est repoussiie il me fait soulever le cœur. — Là étaient ses lèvres qiie jai baisées je ne sais combien de fois. Où sont maintenant vos railleries , vos facéties , voscliansoDs, vos éclairs de gaieU! , qui faisaient éclater de rîre tous les convives î Ne vous reste-t-il plus une seule plaisanterie pour vous ,. moquer de la laide grimace que vous faites î Quoi ! bouche close fout-à-fait ! Allez-vous-en maintenant dans la [ chambre d'une belle dame , et dites-lui que , quand elle ' mettrait un pied de rouge, il faudra bien qu'elle en ' vienne à avoir cette figure ; faites-la rire à ce propos-là. » I A ces tableaux , tour à tour grotesques et sinis-

I très fr), succède la cérémonie des obsèques d'Opbélia. Laertes se jette dans la fosse où vient d'être déposé le corps de sa sœur. Hamlet s'y jette aussi. Laertes le prend à la gorge. On les sépare. C'est le beau idéal de l'extravagance.

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