‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 54 sur 252 · SCÈNE SECONDE · texte numérisé non relu

SCÈNE SECONDE

Une salle, d^m le chltcau.

Hamlet raconte à Horatio comment il a lu secrètement les dépêches que le roi de Danemarck adressait

back a ihouSiinJ times; and now, how abhorred in my ima-

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► gambols? your songs? jour flashes of merriment, tlint were

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au roi d'Angleterre , pour le prier de faire mourir le prince qu'il lui envoyait. Après cette lecture , Ehmlet a trouvé moyen d'écrire d'autres lettres, et de faire retomber le péril sur les deux seigneurs chargés de le conduire.

Il songe à hâter enfin sa vengeance; Cependant Je projet de son oncle s'exécute. Un seigneur vient le trouver de la part du roi , pour lui faire une proposition. Ce seigneur , nommé Osrick, est une espèce de niais que le prince s'amuse à bafouer. Il trace son portrait en deux mots, mais caractéristiques:

(( (^4) Il possède beaucoup de terres , et très fertiles. 11 suffit qu'une bête possède d'autres bêtes , pour aller s'asseoir au râtelier de la table du roi. C'est un vrai perroquet. Mais , comme je le disais , il a beaucoup d'arpents de boue. »

A travers un déluge de facéties, Osrick expose l'objet de sa mission. Le roi envoie proposer à Hamlet d'essayer sa force au fleuret avec Laertes ; il suppose un pari, pour motiver cette invitation singulière. Handet accepte.

Toute la cour arrive ; et , au moment où Laertes se prépare , de concert avec le roi , à assassiner Hamlet, le roi ne manque pas de les réconcilier publiquement. Us s'embrassent et se mettent en garde. Le

(24) He hatli mucb land , and fertile : let a beast be lord ot bcasts, and bis crib sball stand al ibe king's mess. 'Tis a chougb; but, as I say, spacious in tbe possession of dirt.

SUR 8HAKSPEARE. 49

fleuret de Laertes est empoisonné , et ble$se Hamlet. Dans une seconde passe ils changent de fleuret, sans *' qu'on sache pourquoi 3 et Hamlet blesse Laertes.

Cependant , la reine , qui s*est échauffée 'à voir le combat , demande à boire ; on lui apporte du vin préparé pour son fils, et que, par surcroît de précaution, le roi avait fait empoisonner aussi. Elle boit et meurt , pendant que les deux assaillants conmencent à éprouver les effets du poison. Hamlet, voyant qu'il n'a plus rien à ménager , va droit au roi et le tue. Laertes expire , et le ^prince ne tarde pas à le suivre •

Après cette effroyable boucherie , où ITiorreur n'est tempérée que par cette invraisemblance qui accompagne l'absurdité, Fortinbras vient à passer par là, en revenant de Pologne, à la tête de toute son armée. Il est désigné pour monter au trône de Dancmarck , et ordonne qu'on célèbre avec magnificence les funérailles d'Hamlet, dont on emporte le corps inanimé.

La pièce se termine par une décharge d'artillerie commandée par Fortinbras.

Quel est le caractère d'Hamlet? Est-ce folie réelle, folie simulée , mélange de toutes deux ? Ou plutôt Shakspeare n'a-t-il pas eu en vue ces esprits du nord , si actifs par la pensée, si lents dans l'action, rêvant tout , n'osant rien ? Le lecteur peut maintenant prononcer.

5o ESSAIS LITTERAIRES

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NOTES

(a) Les personnes qui ont vu jouer à Kemble le rôle d'Hamlet n'auront sans doute pas oublié l'expression dramatique qu'il prêtait à cette invocation j et comme sa voix s'attendrissait sur-tout en prononçant ce mot Falher,

(b) On raconte une anecdote contemporaine de Shakspeare y et d'où l'on conjecture qu'il a tiré l'idée de l'épreuve faite par Hamlet.

Les comédiens du comté de Sussex représentaient à Lynn une pièce où l'on voyait une femme qui , pour s'unir à son amant , avait assassiné son mari. L'ombre vengeresse du défunt , ne renonçant pas à ses anciennes habitudes , venait encore tourmenter la pauvre femme , et se présentait par-tout devant ses regards.

A une représentation de cette pièce ^ une femme , qui jusque-là avait joui d'une excellente réputation , fut saisie tout à coup d'un trouble dont elle ne put se rendre maîtresse , et laissa échapper ce cri soudain : c Mon mari ! mon mari » ! Elle attira sur elle , comme on le peut bien penser , les regards de tout un public , et de tous côtés on lai demanda la cause de l'état où elle se trouvait. Elle avoua alors un crime semblable à celui qui faisait le sujet, de la pièce ^ et cet aveu servit à sa condamnation.

(c) Peut-être sera-t-on bien aise de trouver ici les imitations que Voltaire et Ducis ont faites de ce morceau.

Demeure ; il faut choisir , et passer à l'instant

De la vie à la mort, et de l'être au néant.

Dieux justes ! s'il en est j éclairez mon courage ;

Faut-il vieillir , courbé sous la main qui m'outrage j

Supporter ou finir mon malheur et mon sort ?

Qui suis-je? Qui m'arrête ? Et qu'est-ce que la mort ?

C'est la fin de nos maux ; c'est mon unique asile ;

Après de longs transports ^ c'est un sommeil tranquille.

On s'endort et tout meurt.... Mais un affreux réveil

Doit succéder peut-être aux douceurs du sommeil !

On nous menace j on dit que cette courte vie

De tourments éternels est aussitôt suivie.

O mort ! moment fatal ! affreuse éternité !

Mon cœur 9 à ton nom seul , se glace épouvanté.

£h ! qui pourrait , sans toi j supporter cette vie ^

SUR SHARSPEARE» 6l

De nos fourbes puissants bénir l'hypocrisie , D'une indigne maîtresse encenser les erreurs , Ramper sous un ministre , adorer ses hauteurs , Et montrer les langueurs de son ame abattue A des amis ingrats qui détournent la vue ?

Voltaire.

Je ne sais que résoudre.... Immobile et troublé... C'est rester trop long-temps par mon doute accablé , C'est trop souffrir la vie et le poids qui me tue. Eh ! qu'offre donc la mort à mon ame abattue ? Un asile assuré , le plus doux des chemins, Qui conduit au repos les malheureux humains.

Mourons.... Que craindre encor , quand on a cessé d'être? La mort.... c'est le sommeil.... C'est un réveil peut-être ! Peut-être.... Ah! c'est ce mot qui glace épouvanté L'homme au bord du cercueil', par le doute arrêté ; Devant ce vaste abyme il se jette en arrière , Ressaisit l'existence , et s'attache à la terre. Dans nos troubles pressants , qui peut nous avertir Des secrets de ce monde où tout va s'engloutir ? Sans l'efiroi qu'il inspire et la terreur sacrée Qui défend son passage et siège à son entrée , Combien de malheureux iraient dans le tombeau De leurs longues douleurs déposer le fardeau ! Ah ! que ce port souvent est vu d'un œil d'envie Par le faible agité sur le& flots de la vie ! Mais il craint dans ses maux , au-delà du trépas , Des maux plus grands encor , et qu'il ne connaît pas. Redoutable avenir , tu glaces mon courage !

Ducis.

Dans les poésies fugitives de Schiller , on trouve une pièce charmante 9 qui semble due à l'inspiration du monologue d'Hamlet , quoiqu'elle soit empreinte d'un caractère tout différent. Conmie elle est très courte , je hasarderai de la traduire ici.

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