‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 56 sur 252 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Venise. — Une rue. "n^-^'

Othello j guerrier more y qui a rendu les plus * ,;,. . grands services à la république de Venise , a enlevé, ' \ . dans la nuit où commence l'action, Desdemonà, la fille du puissant sénateur Brabantio.

Un gentilhomme vénitien , Roderigo , qui est amourewî^ de Desdemona , et qui Pavait auparavant demandée en vain à son père, reproche à son ami lago, enseigne du More, d'avoir été complice d'un enlèvement qui détruit toutes ses espérances.

lago s'excuse, en protestant qu'il est en secret l'ennemi de son général, qui lui a préféré un jeune élégant nommé Cassio , pour en faire son lieutenant , tandis que lui-même avait bien mérité ce grade. Aussi ne serl-il le More que dans l'intention de lui nuire autant qu'il le pourra , sans se nuire à luimême, j^

« (i) Vous trouverez , dit-il à Roderigo , beaucoup de semteurs soumis , rampants , qui , passionnes pour leur propre servitude , consument leur vie comme Tâne de leur maître, sans autre profit que la nourriture de Ja journée. Quand ils sont vieux , on les casse aux gages. Châtiez-moi ces honnêtes esclaves. 11 en est d^ autres qui , enveloppés dans les formes et sous les apparences du dévouement , tiennent au fond leur cœur attentif à ce qui les intéresse eux-mêmes. Ils ne donnent à leur seigneur que des démonstrations de zèle , et prospèrent à leurs dépens -, et , dès qu'ils ont doré les franges de leurs vêtements ,ce n'est plus qu'à eux-mêmes qu'ils rendent hommage. Ceux-là ont un peu d'ame , et voilà comme je me pique d'être ».

Pour confirmer ses discours par des actions, lago se met , avec Roderigo , en devoir d'éveiller par ses cris le père de Desdemona, et de lui apprendre l'enlèvement de sa fille et le nom du ravisseur. Brabanûoy qui reconnaît Roderigo, croit d'abord que c'est

(i) You shall mark

Many a duteous and knee-crooking knave , That, dotiug on his own obsequîous bondage, Wears out his time, much like his masler's ass. For nought but provender ; and, when he's old, cashierdj Whip me such honest knaves : olherslhere are, Who , ttimm'd in forms and visages of duty , Keep yel their hearts aUending on ihemselves ; And, throwing but shows of service on their lords. Do well thrive by them, and, when they bave lin'd their coats. Do themselves bornage : thèse fellows bave some seul; ^ And such a one do I profess mys^elf.

une malicieuse vengeance qu'il tire des refus qu'il a essuyés ; mais , sur les instances de Roderigo , il se décide à demander de la lumière, et à visiter l'appartement de sa fille.

lago se retire , ne voulant pas paraître comme témoin contre le More ; mais il donne , en partant, à Roderigo toutes les instructions nécessaires pour faire connaître Fasile de Desdemona.

Brabantio sort de sa tbaison , tout troublé. Il

s'écrie :

« (a) Mon malheur n'est que trop vrai l elle est partie -, et ce qui me reste à passer d'une vieillesse déshonorée ne sera plus qu'amertume. Eh bien ! Roderigo , où l'as-tu vue ! — O malheureuse fille ! — Avec le More , dis-tu ? — Qui voudra être père ? — Comment as-tu su que ce fût elle ? — Oh ! tu m'as trompé au-delà de toute idée. — Et que vous a-t-elle dit ? — Allumez plus de

(a) It is too true an evil : gone she is ;

And wbat*s to corne of my despised time , Is nought but bittemess — Now, Roderigo, Wbere didst thou see ber ? — O , unbappy girl î — With tte Moor, say'st tbou ? — Wbo would be a fatber ? — How didst tbou know'tWas sbe ? 0,.tbou decciv*st me Past tbougbt! — Wbat said sbe to y ou ? — Get more tapers ^ Raise ail my kindred. — Are tbey mijpried tbink you ?

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