‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 55 sur 252 · LE DESIR · texte numérisé non relu

LE DESIR

Hélas ! du fond de cette plaine couverte d'un froid brouillard > si je pouvais trouver une issue , ah ! comme je me sentirais heureux ! Là-bas j'aperçois une belle coUjne , éternellement parée d'une jeune verdure : si je pouvais prendre l'essor , èî j'avais des ailes , je m'envolerais vers la

colline.

Là , i'entends des accords mélodieux ; là , règne une douce sérénité; les volages zéphyrs apportent jusqu'à moi les vapeurs balsamicjaes.qoi s'y répandent. Je vois des fruits dorés, qui, au travers des berceaux épais, semblent inviter la main à les cueillir , et les fleurs qui décorent ce séjour ne sont la proie d'aucun hiver.

Ah ! quelle riante peinture doit frapper les yeux à la clarté d'un soleil éternel ! Ah ! combien , sur ces hauteurs célestes , l'air doit être rafraîchissant ! Mais la furie du torrent me ferme le passage ; il nous sépare avec un mugissement terrible , et ses vagues s'élèvent si violemment que tout mon cœur en frémit.

Je vois se balancer une nacelle ; mais , hélas , il manque un nocher ! Les voiles sont enflées par le vent , quoique sans agitation. Mortel , il faut que tu aies la foi , que tu hasardes ; car les dieux n'accordent aucun gage. Il n'y a qu'un miracle qui puisse te transporter dans le beau pays des miracles.

i^ '■' (p) L^ lecture de ces chants de folie serait fastidieuse dans une

traduction ; mais la voix et la pantomime expressive de miss Smithson ont , chez nous , produit dans cette scène , un enthousiasme qui allait jusqu'au fanatisme.

(e) Sterne a , dans son Voyage sentimental , emprunté le nom d'Yorick, qu'il a rendu presque proverbial en Angleterre.

(f) Dans l'admirable essai sur Shakspeare , dont nous avons déjà parlé , M. Villemain a peint , avec toute l'originalité de son

' talent , l'effet que produit cette scène sur le public élégant de Londres : c Ne retranchez pas , dit-il, de la tragédie d'Hamlet, le travail et les plaisanteries des fossoyeurs, comme l'avait essayé Garrick; assistez à cette terrible bouffonnerie , vous y verrez la terreur et la gaieté passer rapidement sur un immense auditoire. A la lueur éblouissante , mais un peu sinistre , des gaz qui éclairent la salle , au milieu de ce luxe de parure qui brille au premier balcon , vous verrez les tètes les plus élégantes se pencher avidement vers ces débris funèbres étalés sur la scène ; la jeunesse et la beauté contemplant avec une insatiable curiosité ces images de destruction et ces détails minutieux de la mort. Mais les plaisanteries bizarres qui se mêlent au jeu des per* sonnages, semblent, de moment en moment , soulager les spectateurs du . poids qui les oppresse. De longs rires éclatent dans tous les rangs : attentives à ce spectacle , les physionomies les plus froides tour à tour s'attristent ou s'égaient 5 et l'on voit l'homme d'état sourire aux sarcasmes des fossoyeurs , qui cherchent à distinguer le crâne d'un courtisan et celui d'un bouffon ».

OTHEXIiO,

OU

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