‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 66 sur 252 · LA.GO · texte numérisé non relu

LA.GO

Je vous supplie.... d*autant plus que peut-être je suis injuste dans mes conjectures *, et c'est , je Tavoue ,

OTHELLO

Thou dost conspire against thy friend , lago ,

If thou hut thinkst him wrong'd , and mak*st his ear

A stranger to thy thoughts.

lAGO.

I do beseech you, —

Though I , perchance, am vicîous in my guess.

As, I confcss, it is my naturels plaguc

To spy into abuses; and, oft, my jealousy

Shapes fauhs that are uot; — I intreat you then,

Froni one that so impcrfectly conjects^

le vice de mon caractère de soupçonner toujours le mal; souvent ma défiance crée des fautes qui n'existent pas. Je TOUS supplie donc de ne pas prendre garde à un homme qui conjecture ainsi de travers , de ne pas voas forger mille sujets d'alarmes sur ses observations vagues et peu sûres. Il n'est pas bon , ni pour votre repos ni pour votre bien , il ne Test pas pour mon honneur, pour mon état) pour ma prudence , que je vous laisse connaître mes pensées.

OTHELLO

Que veux-tu dire ?

lAGO.

Cher et noble seigneur , pour les femmes , dfe même

You*d take no notice; uor build yourself a trouble Out of his scaUering and unsure observance : — It were not for your quiet, nor your good, Nor for my manhood, honesty, or wisdom, To let y ou know my thoughts.

OTBBLLO.

What dost thou mean ?

IKGO.

Goodname, in inan, and woman, doar my lord,

Is ihe immédiate jewel of tbeir soûls :

Wbo steals my purse, steals trasb; 'tis something, nothing;

'Tvvas mine, His his, and has been slave to tbousaads ;

But he , tbat filcbes form me my good name ,

Robs me of tbat, wbicb not enricbes him ,

And makes me poor indeed.

OTHELLO

By beaven , l'il know tby tbougbt.

You cannot, if my heart were in your band;

que pour les hommes , le premier trésor de Tame , c'est une bonne renommée. Qui dérobe ma bourse , ne me ravît qu'une vile matière •, c'est quelque chose , ce n'est rien; elle fut à moi, elle est à lui*, et elle a eu mille autres maîtres. Mais celui qui me vole ma bonne renommée , me vole un bien dont la perte m'appauvrit réellement sans Tenrichir lui-même.

OTHELLO

Par le ciel ! je veux connaître tes pensées.

lAGO.

Vous ne les pourriez connaître quand mon cœur serait

Nor shall not, whiist 'tis in my cuslody.

OTfTELLO.

Ha!

lAGO.

O , beware , my lord , of jealousy ;

It is the green-ey*d monster , whicb doth mock

The méat it feeds on : That cuckold lives in bliss ,

Who, certain of his fate, loves not bis wronger;

But , O , what damned minutes tells he o'er,

Who dotes y yet doubts ; suspects, y et strongly loves î

OTHELLO

Think'st thou , Td make a life of jealousy ?

No, lago;

1*11 see, before I doubt; when I doubt, prove; And, on ihe proof, ihere is no more but ibis, - Away at once with love , or jealousy.

dans votre main , vous ne les saurez donc pas tandis qu'il est sous ma garde.

OTHELLO

Ah!

lAGO.

Oh ! gardez-YOus , seigneur , de la jalousie. G^est un monstre au regard de basilic , qui souille raliment dont il se nourrit. Ce mari trompé vit heureux , cjuî , certûn de son sort , cesse d^aimer celle qui l'a outragé : mais , oh ! quelles heures d'enfer compte celui qui idolâtre et qui doute , qui soupçonne , mais aime avec passion.

OTHELLO

Penses-tu que je voulusse traîner Texis-

tence d'un jaloux?

Non , lago : avant de douter , je

veux voir; après le doute , je veux la preuve \ et après la preuve il ne reste plus qu'un parti : loin de moi à jamais l'amour ou la jalousie ! »

Après avoir, par ce début artificieux, disposé Tesprit d'Othello à recevoir ses insinuations , lago 1œ donne à entendre que Desdemona le trompe peut-être^

« (1 a) Elle a trompé son père en vous épousant ; et, quand elle semblait repousser ou craindre vos regards ^ c'étajit alors qu elle les aimait le plus. »

(12) She did deccivc her father, marrying you;

And, wheu she seem*d to shake, and fear your looks , She lov'd them most.

Il finit par engager Othello à prolonger cjuelque temps la punition de Cassio.

<c (i3) Remarquez si Desdemona presse son rétablis-* sèment avec beaucoup d'importunité , d'instances ^ on verra par là bien des choses. y>

Il se relire , et Othello réfléchit sur les soupçons qui viennent de lui être suggérés.

« (t4) Cela est possible , car je suis noir , et n''aî point le doux parler que possèdent ces élégants citadins. D'ailleurs, je commence à pencher vers le déclin des ans. — Cependant , pas tout-à-fait encore. — Oui , elle est perdue -, je suis trompé , et ma seule ressource est de la haïr. O malédiction du mariage , que nous puissions nous dire maîtres de ces faibles créatures y et jamais de leurs

(i3) Note, if your lady straîn hîs entertainment With any strong or véhément opportunity ; Much will he seen in that.

(i4) . Haply, for I am hlack; Ând haye not those soft parts of conversation That chamberers hâve : — Or , for I am declin*d Into the vale of years; — yet that's not much; — She's gone; I am abus'd; and my relief Must be — to loathe her. O curse of marriage , That we can call thèse délicate créatures ours , And not their appetites !

*Tis the plague of grcat ones; . '-.Vy-

Prerogativ d are they less than the base ; 'Tis destiny unshunnable, like death.

désirs !..

. Telle est la fatalitë qiii s^at tache aux

grandes âmes -, elles sont moins bien traitées que les êtres vulgaires. C'est une nécessite inévitable comme la mort. »

Desdemona vient presser son mari de paraître au festin où il a invité les habitants les plus considérables de nie. En la voyant entrer , il s'écrie :

« (i5). Si elle est perfide , ah ! le ciel se trahit luimême. Je ne veux pas le croire. »

Partagé entre la défiance et l'amour , il ne fait à Desdemona qu'une réponse vague et glacée : elle s'en étonne; il prétexte une douleur à la tête : elle veut lui serrer le front avec son mouchoir , qui est trop court et tombe à terre } il sort avec elle.

Emîlia ramasse ce mouchoir , que son mari l'a déjà pressée de lui procurer. C'est le premier gage d'amour que Desdemona ait reçu d'Othello, auquel elle a promis de ne s'en jamais séparer.

lago revient et s'epipare du mouchoir , sans dire à sa femme l'usage qu'il doit en faire. Elle sort , non sans regretter le chagrin que causera cette perte à sa maîtresse.

lago se propose de laisser tomber le mouchoir chez Cassio, afin que le More puisse le voir entre les mains de celui qu'il soupçonne déjà.

Othello rentre en rêvant :

(iT)) H she 1)0 lalso, O , llieu hcavcii mocks itsclfî — ril not bclicve il. ^

« (16) Hélas! héîas! perfide envers moi! envers moi!

lAGO.

Quoi ! encore , général ! ne pensez plus à cela.

OTHELLO

Va-t'en -, fuis •, tu m'as attaché sur la roue ! Oui , je le proteste , il Vaut mieux être trompé tout-à-fait , que d'en avoir le moindre soupçon.

lAÛO.

Comment , seigneur ?

OTHELLO

Quel sentiment avais-je des heures de plaisir qu'elle m'a dérobées? Aucun. Je ne le voyais point', je n'y

(16) Ha ! ha ! false to me ,

To me ?

lAGO.

Why how now, gênerai ? No more of that.

OTHEtLO.

Avaunt î begone 1 thou hast set me on ihe rack : — I swear, *tis betler lo be mucb abus'd , Than but to know't a Ilttle.

lAGO.

^ How now , my lord ?

• OTHELLO

What sensé had 1 of her slolen hours of hisl ? I saw it not, thought it not , it harm'd not me : I slept the next nîght well, was free and merry ,• I found not Cassions kisses on her lips :

He that is robhd , not wanting what is stolen , l^et him not know it, and he*s not robb'd at ail.

O now, for ever.

songeais point ; je n'en souiFrais point J'ai reposé en paix la nuit dernière-, j'avais l'esprit libre et satisfait; je n^ai point trouve les baisers de Gassio sur ses lèvres. Quand celui qu'on a vole ne s'aperçoit point de ce qui loi manque , c'est comme s'il n'avait rien perdu ....

Oh!

maintenant , adieu pour jamais le repos de mon ame ^ adieu joie et bonheur ! adieu bataillons aux panaches flottants ! adieu guerres superbes , qui faites de l'ambition une vertu -, oh ! adieu pour toujours ! adieu le coursier hennissant , et la trompette éclatante , et le

Farewell ihe tranquil inind î farewell content î Farewel the plumed troop, and the big wars, That make ambition virtue î o , farewell î Farewell the neigbing steed, and the shrill trump, The spirit-slirring dnim, the ear-piercing fife, The royal banner; and ail qiiality, Pride , pomp and circumstance of glorious war ! And O you mortal cngines , wbose rude throats The immortal Jove's dread clamours counterfeit, Farewell ! Othello's occupation's gone !

lAGO.

Is it possible ? — my lord ,

OTHELLO

Villain , bc sure thou prove my love a whore ; Be sure of it; give me the ocular prooi; \

If thou dost slander her, and torture me,

Ncver pray more : abandon ail remorse;

On horror's head horrors accumulate ;

Do deeds to makc heaven weep , ail carth amaz*d ,

For nothing canst thou to damnation add,

Greatcr than that.

SUR SHAKSP£A.R£r 8l

^ fifre qui frappe Toreilley et le tambour qui anime le courage , et la royale bauuiëré *, et tout ce qui fait l'appareil, la pompe, Téclat de la guerre et de la gloire ! et vous, instruments de, mort , dont les bouches terribles tonnent comme la formidable voix. dé Jupiter, adieu! adieu! la tâche d'Othello est finie.

lAGO.

Est-il possible....? Seigneur...

OTHELLO

Misérable!. compte quil faut que tu me prouves que ma bîen-aimëe est une femme sans honneur : comptes-y

bien -, donne-m'en la preuve oculaire

,. Si tu la calomnies , si

tu me mets à la torture, renonce à prier le ciel , étouffe tout remords , entasse horreur sur horreur, fais des actions qui épouvantent la terre et désolent le ciel -, tu ne peux rien ajouter à ce que tuas déjà fait*, tu ne peux rien faire qui rende plus certaine ta dan^ation. »

lago , sans se déconcerter , raconte à Othello que, reposant la nuit dernière auprès de Cassio, il Ta entendu prondncer, dans son sommeil, des paroles qui révélaient une intelligence coupable avec Desdemonaj et, pour confirmer ce faux rapport, il demande au More s'il n'a pas donné un mouchoir brodé à sa femme , et lui apprend que ce mouchoir est entre les mains de Gassio.

OTHELLO

a (i 7) Oh ! Que le misérable n'a-t-il mille vies à perdre f

OTHELLO

(17) O that ihe slave had forty thousand livesi

Sa ESSAIS LITTÉRAIRES

Une seule, une seule est trop faible , trop chétîve pour ma vengeance ! Je vois maintenant que c^est vrai. — Regarde-moi, lago-, j'exhale ainsi tout mon fol amour*, il est parti. •«- Lève-toi, noire vengeance ! sors de ton antre obscur ! Fuis , amour -, cède à la tyrannique haine ta couronne et le trône de mon cœur. Soulève-toi , ô mon sein ! car tu es gonfle du poison des vipères.

lAGO.

Je vous en prie , contenez- vous.

One is too poor , too weak for my reTcnge !

Now do I see His Irue. — Look hère » lago ;

AU iny fond love ihiis I do blow to heaven ;

'Tis gone. —

Arise ,^black vengeance , from ihy hollow cell !

Yield up, o love, ihy crown, and hearted throne,

To tyrannous haie î swell, bosom, with ihy fraught.

For His of aspic's tongues !

•IKGO.

Pray, be content.

OTHELLO

o, blood, lago, blood.

lAGO.

Patience , I say ; your mind , perhaps , may change.

OTHELLO

Ncver, lago. Like to the Pontic sea ,

Whose icy current and compulsive course

Ne'er feek reliring ebb, but keeps due on

To the propontic, and the Hellcspont;

Even so my bloody thoughls, wiih violent pace,

Sliall nc*er look back , ne'er ebb to humble love ,

Till that a capable and wide revenge

SwaUow them up. —

SUR SHAK6PEARE. 85

OTHELLO

Oh! du sang! lago! du sang!

lAGO.

Patience , vous dis- je -, votre ame pourra changer , peut-être.

OTHELLO

Jamais , lago ! Gonune le Pont-Euxin , dont les courants glacés ne subissent jamais l'action du reflux , et se précipitent sans relâche vers la Propontide et l'Hellespont ', ainsi mes sanglantes pensées , dans la violence de leur cours ; ne reviendront jamais en arrière \ jamais elles ne rebrousseront chemin vers un lâche amour ^ il faut qu'elles aillent s'abymer dans une vaste et profonde vengeance. »

En même temps y il se précipite à genous , et jure de se venger. lago s'agenouille à côté <le lui, ef. fait serment d'exécuter tout ce qu'Othello lui commandera. Othello le charge d'immoler Cassio.

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