‹ Essais littérairesChapitre 20 sur 23 · I.ORD BVItON · texte numérisé non relu

I.ORD BVItON

comme la nuit, uniquement par plaisir. » Le fuit est que le pouvoir leur manque autant que le vouloir. Nous connaissons bien peu de personnes mêlées à la vie active, qui fussent capable^ de jouir infiniment de ce qu’on a appelé a l'extase de la douleur, » à supposer même qu’elles pussent se procurer des tabourets sur lesquels elles eussent le loisir de se livrer à la mélancolie avec toute la préméditation de maître Stephen.

La popularité de lord Byron fut sans bornes parmi la masse des jeunes gens qui ne lisent à peu près que des ouvrages d'imagination. Ils achetaient son portrait, ils faisaient collection de ses moindres reliques; ils apprenaient par cœur ses poèmes, ils faisaient les plus grands efforts pour écrire comme lui et pour se donner les mêmes airs que lui. Beaucoup d’entre eux étudièrent devant leur glace dans l’espoir d’atlraper le pli de la lèvre supérieure et les sourcils froncés qu’on remarque dans quelques-uns de ses portraits. Quelques fanatiques allèrent même jusqu’à bannir leurs cravates, à l’imitation de leur grand modèle. Pendant quelques années, la presse de la Minerve ne lit pas paraître un seul roman sans un noble personnage, mystérieux et infortuné comme Lara. On ne saurait se faire une idée de la quantité d’étudiants pleins d’espérance et d’élèves en médecine qui devinrent de sombres infortunés, pour lesquels la fraîcheur de l'àme ne retombait plus en rosée, dont les passions étaient réduites en cendre, et qui ne pouvaient même plus se soulager par des larmes. Ce ne fut pas le plus grand mal. Il s’établit bientôt dans le cœur d’un grand nombre de ces enthousiastes une association pernicieuse et absurde entre la vigueur intellectuelle et la dépravation morale. Ils finrent par extraire de la poésie de lord Byron, un

système de morale, composé à la fois de misanthropie et de gofil pour la volupté, système dont les deux grands commandements étaient : « Haïssez votre prochain, et aimez la femme de votre prochain. «

Ce genre d’affectation a disparu ; encore quelques années, et il ne restera plus rien de la puissance magique qui a jadis appartenu au nom de Byron. Pour nous, il est encore un homme, jeune, noble et malheureux. Pour nos enfants, il ne sera plus qu’un écrivain ; et leur jugement impartial lui fera une place parmi les écrivains, sans égard pour son rang ou pour l’histoire de sa vie. Nous sommes convaincu qu’on passera ses vers au crible, et qu’on rejettera comme sans valeur beaucoup de ce qu’ont admiré ses contemporains. Mais nous sommes également convaincu, qu’après la plus sévère épuration, il restera des poésies de lord Byron bien des choses qui ne pourront périr que le jour où la langue anglaise elleméme périra.

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