‹ Essais littérairesChapitre 19 sur 23 · I.01ID B Y HO N · texte numérisé non relu

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adieux à sa femme el les bénédictions qu’il adressait à son enfant. Dans le second chant de Childc Harold, il nous .dit qu’il est insensible à la renommée el au blâme : a Une telle lutte ne saurait troubler le cœur qui ne se soucie ni d’un reproche amer, ni d’une louange partiale. » Cependant, nous savons h n'en pas douter, qu’un ou deux jours avant la publication de ces vers, lord Byron avait ressenti une joie un peu puérile, en recevant les félicitations de ses amis à l’occasion de son premier discours dans la chambre des lords.

Je suis pourtant bien loin de croire que sa tristesse fût entièrement feinte. Byron était par nature d'une grande sensibilité; il avait été mal élevé; ses sentiments avaient clé de bonne heure soumis à de dures épreuves; il avait été malheureux dans son premier amour; il avait eu la mortification de voir échouer ses premiers efTorts littéraires; sa situation pécuniaire avait été souvent difficile; le bonheur domestique lui était inconnu; le public le traitait avec une cruelle injustice; il souffrait physiquement et moralement des habitudes dissipées qu’il avait contractées ; dans l’ensemble il était malheureux. Il découvrit bientôt qu’en faisant parade de son malheur devant le public, il produisait une immense sensation. Le monde ne se fit pas faute de l’encourager h parler de ses souffrances morales. L’intérét qu’excitèrent ses premières confessions le conduisit à affecter une tristesse fort exagérée, et l’affectation réagit probablement sur ses sentiments. Il aurait vraisemblablement été fort embarrassé lui-méme, s’il avait été forcé de faire la part de la vérité el celle de la mise en scène dans le caractère qu’il se plaisait à s’attribuer.

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il est incontestable que cet homme remarquable dut au moins autant à son égoïsme morose qu’à la puissance véritable de sa poésie la grande influence qu’il exerça sur ses contemporains. Nous n’avons jamais bien compris comment il se fait que cet égoïsme, si impopulaire dans la conversation, soit si populaire dans les livres; ou comment il se peut que des hommes qui alTecteul dans leurs ouvrages des qualités et des sentiments qu’ils n’ont pas, en imposent tellement plus à leurs contemporains qu’à la postérité. Tout la monde sait l’intérét qu’excita jadis la passion de Pétrarque, et la tendresse compatissante avec laquelle la moitié de l’Europe a contemplé les infortunes de Rousseau. Aujourd’hui, la passion de Pétrarque nous fait l’efTet de n’avoir pas été de celles qui brisent les creurs , et nous sommes plus disposés à rire îles souffrances de Rousseau qu’à les déplorer, car ses malheurs nous semblent avoir été en partie contrefaits, et en partie causés par sa vanité et sa perversité naturelles.

Nous n’avons pas la prétention de deviner ce que nos petits-enfants pourront penser du caractère de lord Byron, tel qu’il se montre dans ses vers. Il est certain que l’intérét qu’il excita pendant sa vie est sans exemple dans l’histoire littéraire. Le sentiment qu’éprouvaient à son égard les jeunes amateurs de poésie ne peut être compris que'par ceux qui l’ont éprouvé. Pour des gens qui ne connaissent pas les calamités véritables, « il n’y a rien d’aussi parfaitement doux que l’aimable mélancolie. » Celle image affaiblie du chagrin a toujours paruaux jeunes gens une agréable émotion. Les vieillards et les hommes déjà parvenus à l’âge mûr ont tant de causes réelles de tristesse qu’ils sont rarement disposés à « être tristes

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