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OBSERVATION IV

Recueilliedansle service de M. le Professeur Villemin. -

Au moment où M. le professeur Villemin prend le service de la salle 14, il yj trouve le nommé Gahuzac, qui était entré à l’hôpital avec le diagnostic Bronchite chronique:

Une pleurésie se déclare bientôt à gauche; un épanchement considérable se' forme, refoule le poumon gauche et fait dévier le cœur. L'épanchement tournetrès-vite à la purulence. On pratique l’opération de rempyème, qui donne issue à 4 litres de liquide franchement purulent. Le malade est soulagé après l’opération p cependant le liquide est bientôt renouvelé. Une seconde opération est pratiquée, devant nous; nouvelle issue de pus, moins abondant que la première fois. Fièvre surtout le soir, amaigrissement considérable, douleurs dans le ventre qui est ballonné et qui fait entendre à l’oreille, pendant les mouvements respiratoires, uii peu au-dessous des fausses côtes, un bruit râpeux, queM. le professeur Villemin rattache au frottement des surfaces péritonéales, rendues inégales par des amas dé granulations. Pas de symptômes nerveux, de troubles visuels. Puis, le malade dépérit rapidement; sa respiration devient de plus en plus difficile et il meurt. * L'autopsie montra la plèvre viscérale gauche considérablement épaissie, tapissée, de fausses membranes ; le poumon gauche ralatiné et bridé dans les gouttières vertébrales par de solides adhérences. Son intérieur renfermait une innombrable 1871. —Delorme. ®

quantité de tubercules miliaires d’un blanc jaunâtre. La rate, qui présentait dans son épaisseur outre de petites masses tuberculeuses, un immense foyer de ramollissement, une véritable caverne, taisait voir, à sa surface, ainsi que le fit remarquer M. le professeur Villemin, de petites injections circonscrites, première manifestation anatomique du tubercule. Les reins, le foie, le péritoine, la piemère, sur les circonvolutions dorsales et aussi à la base du cerveau, en contenaient «n grand nombre. Nous avons scié en long les deux fémurs, les tibias, péronés, humérus, radius, cubitus, les gros os du pied, des côtes; tous ces os en ont naontrô. Nous n’en avons pas rencontré dans les séreuses articulaires, ni dans les parois veineuses, ni dans les parois artérielles.

Ayant pratiqué l’aulopsie des yeux en présence de MM. les professeurs YiHemin et Servier, nous avons trouvé dans les deux hémisphères postérieurs, sur la choroïde, trois ou quatre gros tubercules, de 1 millimètre à 1 millimètre et demi de diamètre, et une dizaine de petits, visibles à peine à l’œil nu. Leur couleur était d’un jaune rougeâtre ou d’un jaune blanchâtre; leur forme ronde ; on ne remarquait pas d’injection apparente à leur pourtour. La rétine et la sclérotique se détachaient facilement et paraissaient saines à leur niveau. L’épaisseur des grosses masses était telle, que plusieurs d’entre elles dépassaient les surfaces internes et externes de la choroïde.

M. le professeur YiHemin a eu encore, cette fois, la bienveillance de préparer plusieurs pièces de cette choroïde altérée, et de les examiner au microscope. Voici, en résumé, ce qu’il a observé.

L’examen a porté d’abord sur une portion de la choroïde qui correspondait à une des plus grosses masses tuberculeuses, et qui fut étalée à plat sur le champ du microscope; mais l’épaisseur de la pièce au niveau du tubercule n’a permis de distinguer que les parties qui en environnaient les limites. Celles-ci se montrèrent remplies de noyaux. Une mince lame détachée de la face supérieure de la masse, fit voir plus nettement une très-grande quantité de ces noyaux, réfractant fortement la lumière et plus faciles à étudier sur

les bords de la préparation ; le centre en contenant encore une par trop grande épaisseur. Ces noyaux étaient noyés dans une masse de fines grariulalions graisseuses, accumulées surtout au centre.

On a ensuite étalé et maintenu tendue avec des épingles, sur une plaque de liège, une autre portion de la choroïde correspondant â un autre tubercule. Quand cette membrane fut sèche, elle fui coupée au rasoir par fines tranches entre deux lamelles dé liège; et ces tranches, coupes de champ de la granulation, acidulées par de Tacide acétique faible, lurent successivement examinées. La .choroMe représentait sur cette coupe une sorte de ruban, renflé au niveau de la granulation. Au centre delà masse tuberculeuse, plus de cellules pigmentaires, ce que nous avions déjà noté, mais des noyaux en trèsgrande quantité et des granulations graisseuses. Ce n’est que sur ses bords qu’on rencontrait encore quelques cellules pigmentaires, mais plus pâles. En dehors des limites de la masse, on retrouvait les nombreuses cellules pigmentaires de la choroïde saine, coupées dans le sens de leur épaisseur.

Une partie de la choroïde de l’autre œil, partie qui coiTespondàit à des masses plus petites, a été encore examinée. Elles ont présenté toutes, au microscope, une coloration jaunâtre due peut-être aù liquide de Muller, dans lequel la pièce avait séjourné, et qui les faisait nettement reconnaître du reste de la choroïde.

Mêmes éléments que dans les préparations précédentes, cellules pigmentaires plus rares à leur surface, et disparues entièrement au centre du tubercule.

Nous résumons en peu de mots les caractères ophthalmoscopiques et microscopiques du tubercule de la choroïde.

Aspect ophthalmoscopique. régulièrement rondes, va¬

riables en étendue depuis une moitié de papille jusqu’à un point. Elles siègent dans l’hémisphère postérieur de l’œil, et sont parfois masquées par des vaisseaux rétiniens. Leurs bords sont nets, ou

bien se continuent insensiblement avec la choroïde saine. Pas de macération pigmentaire à leur pourtour. Pas de pigment à leur niveau, ni dans leur épaisseur. Leur couleur est d’un jaune blanchâtre éclatant, ou d’un jaune rougeâtre, si la masse tuberculeuse ne s’est pas encore développée suffisamment pour envahir toute l’épaisseur de la choroïde.

Cette membrane en dehors de ces plaques nest pas altérée, La rétine une seule fois nous a présenté une exsudation.

Aspect microscopique. — Au microscope, le tubercule apparaît comme une masse presque ronde, composée de noyaux réfractant fortement la lumière, et plus visibles quand on les examine un peu au-delà de ses limites, où ils sont moins abondants. Les cellules de la lamina fusca sont altérées ou détruites à son niveau. Celles qui se rapprochent de ses bords offrent les caractères de la prohfération; mais ne sont pas en nombre plus considérable que dans les parties saines de la choroïde. Enfin,^ dans toute tépaisseur du tubercule, on ne rencontre aucune cellule pigmentaire. Le tubercule se développe dans l’épaisseur même de la choroïde, et c’est de là qu’il envahit ses deux faces.

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