‹ Essais orientauxChapitre 101 sur 109 · Voir le Manuel de Schttrer · texte numérisé non relu

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cryphique, journellement enrichie de nouvelles découvertes, et dont le caractère est si flottant que souvent Ton se demande si Ton a affaire à Tœuvre d'un juif ou d'un chrétien '.

Dans la troisième période, celle de la dispersion, la recherche se subdivise à Tinfini avec la destinée du peuple juif. Dans chaque branche de cette histoire, le même fait se représente de l'agrandissement de la recherche par la rencontre inattendue de deux mondes. Ici tout était à créer. D'une part, il fallait retrouver et étudier toutes les œuvres si diverses écloses sur tous les points de l'horizon juif durant tout le moyen âge ^. D'autre part , il fallait que l'étude particulière des divers peuples musulmans ou chrétiens, chez qui le hasard avait jeté les Juifs, fût faite ou commencée : d'un côté et de l'autre, l'œuvre commence à peine. Or, ici encore, les deux mondes se rejoignent de jour en jour, et à mesure que l'on en pénètre l'histoire intime , on reconnaît de plus en plus l'impossibilité de les séparer et de les comprendre l'un sans l'autre : ici encore, l'historien du peuple juif est forcé de se faire l'historien des Arabes ou de l'Europe , et l'historien des Arabes ou de l'Europe rencontre à presque tous les grands changements de la pensée une action juive, soit éclatante et visible, soit sourde et latente.

Ainsi l'histoire juive longe l'histoire universelle sur toute son étendue, et la pénètre par mille trames. Elle ouvre par là à la recherche un champ d'une variété infinie et d'une unité parfaite, et elle offre à la psychologie histo-

1 . Oracles Sibyllins, le 4« livre d'Esdras , Assomption de Moïse , Psautier de Salomon , livre d'Enoch , etc.

2. Zunz , Neubauer, Steinschneider, Institut de France (Histoire des Rabbins français, dans VHisloire Utléraire, par M. Ernest Renan).

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rique un intérêt que nulle autre histoire n'offre au même degré : car elle présente la série la plus longue d'expériences qui ait encore été enregistrée , exercées dans les milieux les plus différents , sur une seule et même force humaine , connue et constante. Disons rapidement quelques-uns des problèmes les plus importants que cette histoire soulève.

A l'origine , une tribu nomade , de race sémitique ; — après de longues migrations à travers les plaines de la Mésopotamie , de la Syrie et de l'Egypte, cette tribu établit sa demeure au milieu des peuples de Canaan, dans le voisinage des Phéniciens. L'histoire matérielle des Hébreux durant cette période est obscure ; leur histoire religieuse plus encore ; car le mouvement de leurs migrations peut se suivre dans les légendes qu'ils en ont gardées, tandis qu'il n'est point resté de trace distincte de l'itinéraire de leur pensée. La seule chose certaine et reconnue, c'est qu'ils sont primitivement idolâtres et polythéistes ; ils le sont comme tous les peuples de la race dont ils sortent , sans qu'il soit possible cependant de déterminer les traits propres de leur mythologie, et en quoi elle se rapproche et diffère, aux diverses époques de cette première période , de la mythologie de leurs frères sémites. Quels étaient leurs croyances et leur culte avant de passer en Egypte? Qu'en ont-ils laissé en Egypte et qu'y ont-ils pris ? Qu'ont-ils enfin emprunté en Canaan aux dieux des peuples voisins avec lesquels ils se sont trouvés en rapports d'amitié ou de haine ? Toutes questions auxquelles la Bible ne répondra clairement , si jamais , que quand l'Egypte aura dit son dernier mot, quand l'histoire comparée des religions sémitiques sera définitivement constituée sur des données chro-

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nologiques , et que des générations d'épigraphistes auront fait parler tout ce peuple de témoins enfouis encore à l'heure présente à Carthage , à Ninive , à Hamath , à Saba , et sur toute retendue de la vieille terre sémitique.

Une fois établis en Palestine et constitués en nation, une révolution se fait lentement à l'intérieur de l'idolâtrie primitive , transformation religieuse parallèle à la transformation politique. Les Hébreux, à mesure qu'ils s'organisent en nation , s'assurent un dieu national , font contrat avec lui, l'opposent aux dieux nationaux des peuples voisins. Ce dieu national , cet Élohim , ne diffère pas encore essentiellement de ses voisins , ni par les attributs qu'on lui prête, ni par le culte qu'on lui rend : il n'est pas encore là négation des autres dieux, ce n'est pas encore le dieu du monde , c'est le dieu d'Israël. Quand a commencé cette révolution ? Est-ce dès l'instant où Israël a pris conscience de son existence personnelle, c'est-à-dire dès la sortie d'Egypte , ou bien quand il a constitué son existence nationale , c'est-à-dire avec la royauté ? Et le nom de Moïse , que les souvenirs historiques d'Israël attachent à la sortie d'Egypte et à la première organisation de la nation , doit-il se lier aussi au premier mouvement de la transformation religieuse , ou si ce n'est que plus tard que l'instinct profond de la légende , l'évolution religieuse une fois achevée , l'a rattaché en arrière à la première heure de cette évolution politique, qui avait donné le premier branle à la pensée d'Israël ? Quoi qu'il en soit , cette évolution religieuse fut lente et dura des siècles : toute l'histoire de la royauté n'est qu'une lutte continue , souvent sanglante, entre le dieu national et les dieux étrangers, qui ne sont longtemps * que les prête- noms du parti national et du

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