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le secret du livre , il peut juger la foi de ses juges , et parfois , à un sourire , à un mot qui lui échappe , on voit qu'il la condamne et se fait fort , au fond de lui-même , d*en manifester les déceptions et l'erreur : c'est le démon qui a la clef du sanctuaire.
De là le grand rêve du prêtre : non de brûler le Juif, mais de le convertir ; on ne le brûle , sauf accident , qu'en désespoir de cause. Convertir des milliers de Sarrasins ou d'idolâtres n'est rien , ne prouve rien : mais convertir un Juif, faire reconnaître la légitimité de la foi nouvelle par rhéritier de la foi préparatoire , voilà le vrai triomphe , la vraie preuve , le témoignage suprême et irrécusable : tant qu'il reste un membre de l'ancienne Église qui nie, l'Église nouvelle se sent mal à l'aise et troublée dans sa quiétude d'héritière. De là toutes ces controverses solennelles provoquées par l'Église , toujours terminées en apparence par sa victoire, — abjuration, expulsion ou bûcher, — mais dont elle sort ébranlée sans le savoir, car la réponse , humble et accablante des accusés , trouve çà et là, parfois dans l'enceinte d'un couvent, une oreille qui la recueille , une âme inquiète où elle descend et travaille.
C'est pis encore avec des laïques : saint Louis , effrayé , veut que le laïque ne discute avec le Juif qu'à coups d'épée *. Mais plus d'un , entré dans quelque maison sordide du Ghetto , où il va porter son gage ou chercher son horoscope.
4. u (Grande folie avait-il fait) d'assembler telle desputoison ; car avant que la desputoison fust menée à fin, avoit-il céans grant foison de bons crestiens, qui s'en fussent parti tuit mescreant, parce que il n'eussent mie bien entendu les Juis. Aussi vous di-je, fist li roys, que nulz , se il n'est très bon clers, ne doit desputer à aus ; mais H hom lays, quant il ot mesdire de la loy crestienne , ne doit pas défendre la loy crestienne , ne mais de l'espée, de quoy il doit donner parmi le ventre dedens, tant comme elle y peut entrer » (Joinville, 53).
COUP d'oeil sur l'histoire du peuple juif. 271
s' attardant sur le soir à causer des choses de mystère, sort de là troublé et bon pour le bûcher. Le Juif s'entend à dévoiler les points vulnérables de l'Église, et il a à son service, pour les découvrir, outre l'intelligence des livres saints, la sagacité redoutable de l'opprimé. Il est le docteur de l'incrédule ; tous les révoltés de l'esprit viennent à lui , dans l'ombre ou à ciel ouvert. Il est à l'œuvre dans l'immense atelier de blasphème du grand empereur Frédéric et des princes de Souabe ou d'Aragon : c'est lui qui forge tout cet arsenal meurtrier de raisonnement et d'ironie qu'il léguera aux sceptiques de la Renaissance , aux libertins du grand siècle, et tel sarcasme de Voltaire n'est que le dernier et retentissant écho d'un mot murmuré, six siècles auparavant, dans l'ombre du Ghetto , et plus tôt encore, au temps de Celse et d'Origène , au berceau même de la religion du Christ 1.
Par deux fois , l'Église effrayée s'aperçoit du péril , et , pour couper court, ne voit qu'un moyen, brûler les livres juifs : une première fois , sous saint Louis , elle réussit et du même coup étouffe les écoles juives de France et arrête l'éclosion de l'exégèse biblique qui venait d'y naître , cinq siècles avant Richard Simon ; la seconde fois , c'est au seuil du seizième siècle : mais Reuchlin se lève , et l'Europe derrière lui ; le grand souffle de la Renaissance étouffe la torche Dominicaine et la Réforme éclate. L'Espagne seule a échappé au péril , par la proscription en masse , et elle entre superbement dans son agonie.
La Réforme a pour les Juifs deux conséquences. D'une part, sans être émancipés , ils retrouvent une paix dont ils étaient déshabitués depuis des siècles : la furie d'extermination se tourne sur d'autres victimes , le fleuve de sang