‹ Essais orientauxChapitre 23 sur 109 · RV., H, 27, 40; Atharva V · texte numérisé non relu

RV., H, 27, 40; Atharva V

LE DIEU SUPRÂME DBS ARYENS. 111

viçva-vedds. C'est le sage à la sagesse suprême en qui toutes les sciences ont leur centre : quand le poète veut exalter la science d'un dieu, il la compare à celle de Varuna *, « Il sait la place des oiseaux qui volent dans l'atmosphère, il sait les vaisseaux sur l'Océan. Il sait les douze mois et ce qu'ils font naître, il sait toute créature qui naît. Il sait la voie du vent sublime dans les hauteurs, il sait qui s'assied au sacrifice. Le dieu aux lois stables , Varuna, a pris place dans son palais pour être roi universel, dieu à la belle intelligence. De là, suivant de la pensée toutes ces merveilles , il regarde à l'entour ce qui s'est fait et ce qui se fera 2. »

Témoin univw'sel , il est le juge universel , juge infaillible , à qui rien n'échappe : point ne le trompe qui veut le tromper. Il voit d'en haut le mal qui se commet ici-bas et le frappe : il a des liens septuples dont il enlace par trois fois celui qui ment , par le haut , par le milieu , par le bas du corps. L'homme tombé sous l'étreinte du malheur implore sa pitié , se devine criminel, et sent dans cette main qui frappe une main qui châtie :

(( Je t'interroge , ô Varuna, désirant connaître ma faute : je viens à toi , t'interroger, toi qui connais.

« Tous d'accord les sages m'ont dit : C'est Varuna qui contre toi est irrité.

« Quel si grand crime ai-je commis , ô Varuna , que tu veux tuer ton ami, ton chantre? Dis-le moi, ô Seigneur, ô infaillible, pour qu'aussitôt je porte à tes pieds mon hommage.

V Dégage-moi du lien de mon crime ; ne tranche pas le

1. Agoi avec son regard connaft toutes choses comme Varuna, RV. «. RV.,I,25, 7.

fil de la prière que je tresse. Ne nous livre pas aux morts qui , à ton impulsion , ô Asura , frappent qui commet le crime : oh ! ne nous envoie pas dans les régions qui sont au loin de la lumière.

« Fais-moi payer la dette de mes fautes : mais que je ne souffre pas , ô roi , pour le crime d'autrui ; il y a tant d'aurores qui n'ont pas encore brillé ! Fais-nous les vivre, ô Varuna ! * »

Tel est le dieu suprême de la religion védique, dieu organisateur, tout puissant, omniscient, moral. Voici un hymne védique qui résume avec ime force singulière les attributs essentiels du dieu :

(c Celui qui dans les hauteurs gouverne le monde voit toutes choses comme si elles étaient sous sa main...; ce que deux hommes, assis l'un près de l'autre , complotent , le roi Varuna, l'entend, lui troisième.

« Cette terre ici-bas est du roi Varuna, et ce ciel là-bas, ces deux mondes sublimes, aux bornes lointaines ; les deux mers - sont le ventre de Varuna , et jusque dans cette petite mare d'eau il repose.

« Qui sauterait par dessus le ciel et au delà , il n'échapperait pas au roi Varuna : il a ses espions , les espions du ciel qui parcourent le monde, il a ses mille yeux qui regardent la terre.

« Il voit tout , le roi Varuna , tout ce qui est entre les deux mondes et au delà ; il compte les clignements d'œil de toutes les créatures ; le monde est dans ses mains comme le dé aux mains du joueur.

« Tes liens septuples, ô Varuna, tes liens de colère qui par trois fois s'enchaînent, qu'ils enchaînent Thonime aux

h. RV., Vil, 86, 3; 11,28, o.

t. La mer terrestre et celle des nuées.

paroles du mensonge ! Qu'ils laissent libre Thomme aux paroles de vérité * !

AHURA MAZDA 2.

La Perse ancienne , à Zeus . à Jupiter, à Varuna, oppose son Ormazd ou Ahura Mazda 3. « C'est par moi , dit-il à son prophète Zoroastre, que subsiste, sans colonnes où reposer, le firmament aux limites lointaines, taillé dans le rubis étincelant; par moi la terre..., par moi le soleil, la lune , les étoiles se promènent dans l'atmosphère avec leurs corps rayonnants : c'est moi qui ai organisé les grains de telle sorte que semés en terre ils poussent et se multiplient; c'est moi qui ai créé toutes espèces de plantes ; qui dans ces plantes et dans tous les autres êtres ai mis un feu de vie qui ne les consume pas ; c'est moi qui dans le sein maternel produis le nouveau-né, qui membre à membre forme la peau , les ongles , le sang, les pieds, les oreilles ; c'est moi qui ai donné à l'eau des pieds pour courir, moi qui ai fait les nuages quiportent les eaux du monde, etc...^ » Ce développement , tiré d'un livre récent des Guèbres , le Bundehesh , tient tout entier dans les premiers mots de leur livre le plus ancien, l'Avesta : « Je proclame et j'adore le créateur Ahura Mazda. » Aussi loin que peut le suivre l'histoire, Ahura est déjà tout ce qu'il est aujourd'hui: près des ruines de l'antique Ecbatane, le voyageur peut

^. Alharva Veda , IV, 46.

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