‹ Essais orientauxChapitre 34 sur 109 · Publié dans la Revue de Philosophie^ mai · texte numérisé non relu

Publié dans la Revue de Philosophie^ mai

Aussi Tintelligence historique de la philosophie est-elle impossible sans la connaissance des systèmes non-philosophiqfues dont elle sort mécaniquement : autrement, l'on s'expose à prendre pour des créations indépendantes de la réflexion ce qui n'est que la transformation dernière de formules antérieures qui sont allées revêtant un sens nouveau. Un temps vient où la philosophie retrouve après coup dans le mythe les abstractions qu'elle en a tirées , une sagesse qui parle par symboles * ; c'est l'inverse qui est le vrai : la philosophie construit ses premiers systèmes autour de vieilles formules incomprises, qu'elle croit avoir créées et qui sont nées, non de syllogismes, mais de sensations, non de la réflexion logique, mais de ce groupement d'images qui fait les mythes. La mythologie n'est pas une philosophie qui se déguise : la philosophie naissante est une mythologie qui s'ignore , une foi qui croit se démontrer. Nulle part ceci n'est visible comme dans les systèmes qui portent sur les questions d'origine. Arrivé aux cosmologies de la Grèce, j'essayerai de marquer au passage ce qu elles ont laissé dans sa philosophie '^.

§ 2. Bien que la Grèce soit plus familière au lecteur, ce n'est pas elle que nous prendrons pour guide dans notre recherche , mais sa sœur de l'Inde : c'est le privilège de l'Inde d'avoir , dans ses systèmes comme dans sa langue , conservé avec une fidélité parfaite le sens des créations primitives. Tandis que le génie européen, plus libre et allant

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