‹ Essais orientauxChapitre 67 sur 109 · LES G08M0G0NIE8 ARYENNES · texte numérisé non relu

LES G08M0G0NIE8 ARYENNES

chez les poètes populaires : « Nous sommes tous, dit Lticirèce, enfants du germe céleste; tous ont le même père, de qui la terre nourricière recevant les gouttes fluides^ fécondée, enfante les brillantes moissons et les riches arbustes et la race humaine :

Denique cœlesti sumus omnes semine oriundi.

Omnibus illè idem pater est , unde aima liquentis Umoris guHas mater cum terra recepit , Fêta parit nitidas fruges arbustaque Ixta Et genus humanum » (II, 991).

Tel dans les Géorgiques , « Éther, le Père tout-puissant, descend en pluies fécondes au sein de UÉpouse réjouie . et immense , se mêlant au corps immense , y va nourrir tous les germes :

Twn pater omnipotens fecundis imbribus œther

Gofijugis in gremium Ixtx descendit et omnes

Magnus alit magno commixtus corpore fétus » {Georg . , II , 3 25) .

Tel encore , dans la veillée de Vénus , Éther, qui , le premier, « s'unit en hymen pour ranimer au printemps Tannée sous les nuées créatrices, s'épand en pluie conjugale au sein de Tépouse nourricière et brûle de porter la vie au grand corps où il se mêle.

Gras et is , qui primas iËther

Gopulavit nuplias , Ut paternis recrearet

Vernus annum nubibus , In sinum .. maritus imber,

Fusus almsB conjugis , Inde vitam mixtus ardet

Ferre magno corpore. »

Dans toutes ces descriptions, il est vrai, c'est de la création annuelle qu'il s'agit , de la création printanière , non de la création première. Mais le monde est né de la même façon qu'il se renouvelle ^ et le même hymen qui dans la série des temps le ranime, l'a animé au début des temps. Dans la théogonie d'Hésiode, la Terre au large sein est le premier être qui sort du Chaos , et elle produit d'abord le Ciel étoile, aussi grand qu'elle-même, qui l'enveloppe de toutes parts et à qui elle s'unit pour enfanter l'Océan, et les Titans et Thémis et Mnémosyne, c'està-dire les eaux de l'atmosphère , avec les génies lumineux ou orageux qui s'y révèlent , et les voix de sagesse qui en descendent ^. L'hymen de la Terre et du Ciel fut le premier Hymen : c'est le prototype du mariage , le mariage divin par excellence, le Yafxo; 3.

§ 29. Selon un mythe recueilli par fluripide, au commencement du monde , Ciel et Terre ne faisaient qu'un , et plus tard , en se séparant , produisirent tout ce qui est :

1 . Non alios prima nascentis origine mundi Inluxisse dies aliumve habuisse tenorem Crediderim : ver illud eral, ver magnm agebat Orbis (Georg., H, p. 336.)

i. Cf. § 38.

3. Alii dicunt favere nuptiis Cererem , quod prima nupaerit Jovi et condendis urbibus praesit, ut Calvus dicit :

Et leges sanctas docuit et cara jugavit Corpora connubiis et magnas condidit urbes.

[Servius ad Georg.^ ÏV, 58.) La cosmologie Océanique dédouble, par analogie, Télément humide en Océan père et Téthys mère {Iliade^ XIV, 202) : de leur hymen naît le monde.

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« Le Ciel et la Terre, fait-il dire à Mélanippe *, ne présentaient qu'une forme : quand ils se furent séparés Tun de Tautre, ils enfantèrent toutes choses et produisirent à la lumière les arbres, les oiseaux; les bétes fauves, et ceux que nourrit Tonde salée et la race des mortels. »

Ce n'est là qu'une formule nouvelle de la création hors du Chaos, la création du monde n'étant que la séparation du ciel et de la terre confondus dans ce Chaos.

L'Inde a conservé un souvenir de cette image : mais ici , moins fidèle que la Grèce , elle oublie que cette confusion et cette séparation sont au début des temps et antérieures à tous les êtres : elle renverse le sens du mythe , et cette séparation , au lieu d'être une création qui donne aux deux grands êtres leur vie et leur forme distincte, devient le divorce de la terre et du ciel, le ciel refusant à la terre ses ondes fécondes :

« Ces deux mondes (terre et ciel) étaient ensemble : ils se séparèrent; il n'y avait plus ni pluie ni soleil; les cinq classes d'êtres ne s'accordaient plus. Les dieux les rapprochèrent. En se réunissant ils contractèrent mariage selon le rite des dieux : le monde de là-bas approcha et enveloppa le monde d'ici-bas : de là se formèrent le ciel et la terre 2. »

Cette confusion originelle des deux mondes , ce Chaos , nous ramène ici encore à l'élément premier des systèmes passés en revue dans les précédents chapitres , à la nuée :

\ . OOpavoç T£ Y*t* "c' "T^y p-op^^ [Ai**

'snei 8' ly cop^aOT)<jav àXX7)X(uv S^y a, x^xTOuai navTa xocv^ôcoxav eiç 9010^ $£v8p7), TigTEivà, O^paç, ouç 0' aXfxr) ipscpsi,

yaVOÇ TE OVTJTCOV.

2. Ailareya Brdhmana, IV, S7. La cosmologie Océanique a couservé une forme de ce mythe dans le divorce d'Océan et de Téthys (//. XIV).

c'est dans la nuée d'orage que sont confondus le ciel et la terre , qui se forment en s'en dégageant :

« Où sont nés le Ciel et la Terre, s'écrie un poète védique, les Eaux le tovent, les Eaux ruisselantes *. »

S 30. Cette image, transcrite en formule abstraite, donne le système d'Anaxagore , le premier maître d'Euripide 2, qui tenait de lui le mythe qu'il met dans la bouche de Mélanippe ^ : « Tout était confondu et tout se fit par séparation ; Tcàvra Iv irSdiv, eTra uorepov Siexp(ôt). »

Le mythe d'Euripide prouve que l'idée première de cette confusion avait été fournie par l'image du Chaos et qu'entre les éléments infinis et confondus du philosophe et la rudis indigestaque moles des poètes latins, l'univers indistinct des Rishis, il n'y a que la distance d'une abstraction.

Le monde sort de cette indistinction par l'action du Nouç ; cette formule , chez les modernes , a valu à Anaxagore l'honneur de passer poui* le fondateur du théisme, pour l'inventeur du dieu organisateur et personnel : le mot fait illusion ; il fit illusion même aux anciens , qui cependant s'aperçurent à la fin qu'ils étaient dupes. Le livre d'Anaxagore fut la grande déception de Socrate : dans un joli passage du Phédon , il raconte quel ravissement il éprouva un jour qu'il entendit lire un fragment d'Anaxagore où il était dit que le NoCç est la règle et la cause de tous les êtres , et

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