‹ Essais orientauxChapitre 71 sur 109 · LES G0SM0G0NIB8 ARYENNES · texte numérisé non relu

LES G0SM0G0NIB8 ARYENNES

Mais il e3t une conception plus dégagée des images naturalistes, et qui mettait à Torigine des choses, non plus des forces matérielles et visibles, mais des forces mystiques et invisibles , celles du culte , à savoir : le Sacrifice et la Parole.

D'ailleurs, entre ces deux conceptions si diverses, il n y a pas un abime : elles sortent l'une de l'autre.

Dana la conception naturaliste, le monde naît des Eaux, des Ténèbres, du Feu, de l'Amour, de la Lutte, de l'Œuf, de l'Arbre , parce que de nos yeux , dans Torage , nous voyons le monde, ciel et terre, sortir de la nuée qui est eaux, qui est œuf, qui est arbre, qui est ténèbres, qui récèle la flamme , qui abrite des amours et des haines. Mais s'il en sort sous nos yeux, sous l'action d'un dieu combattant , on peut dire aussi bien qu'il en sort sous l'action du sacrifice, de la prière.

S 34. Eln effet, dans les idées des Aryens, le dieu n'agit point par sa seule force , il n'est point tout puissant par lui-même ; il est plus fort que les héros humains ; mais sa force n'est point d'une autre nature, et elle est soumise aux mêmes fragilités , parce qu'elle s'alimente aux mêmes sources. Pour que le dieu soit robuste, il faut qu'il mange, il faut qu'il boive; pour qu'il soit ardent à l'œuvre, il faut qu'il ait l'appât de la gloire, l'aiguillon de la prière !qui appelle au secours, de la louange qui exalte avant le combat, magnifie après la victoire. Ces aliments de l'âme et du corps , le sacrifice les fournit : il gorge le dieu de Miyedha et de Soma, de viande et de liqueur; il le grise d'hymnes et de paroles enivrantes. Aussi tous les exploits ordinairement attribués au dieu fulgurant, au bras armé de la foudre, peuvent être reportés au Soma, à la liqueur

enivrante qui anime le dieu, qui aJrme son bras, ou bien à rhymne qui renflamme. C'est dans Tivresse du Soma qu'Indra tue le Serpent *, fait lever le soleil. Soma partage la gloire avec lui, puis la prend pour lui-même tout entière. « A vous deux , dit un hymne , à vous deux, ô Indra et Soma, vous avez conquis le soleil, à vous deux le ciel ; vous avez abattu toutes ténèbres et tous ennemis. Indra et Soma , vous faites briller Taurore : ô Indra et Soma, vous tuez Vntra, le serpent qui enveloppe les eaux; le soleil a suivi votre pensée, vous avez lancé les courants des rivières, vous avez étendu les vastes Océans 2. » De là, passant à l'indépendance absolue , le dieu Soma est à lui seul « tueur de démons, conquérant du soleil, conquérant des eaux, et comme, en style mystique, conquête de la lumière et création sont identiques, il est « celui qui crée le soleil, le ciel, les eaux, la haute lumière commune à tous les hommes. »

Ce que le Soma fait, l'Hymne, le Brahman 3, le fait au même titre : l'Hymne qui, par la louange , la prière, le reproche anime le dieu, l'arrache au découragement, à l'angoisse, et le lance agrandi contre le démon ; l'Hymne qui met la foudre aux mains du dieu, qui la guide contre le Serpent : c'est à la voix des prêtres Angiras que le dieu arrache aux ténèbres le soleil et les vaches célestes. La parole devient donc, comme le Soma, conquérante et tueuse de démons ; c'est en chantant les paroles de l'hymne que nos pères pour la première fois ont brisé la pierre de

Page 1