Essais poétique
Au fond de la Vendée, au pied d'une montagne D'où l'œil s'étend au loin sur la verte campagne, Où les troupeaux nombreux au revers du coteau Quittent en bondissant le paisible hameau , Par de jeunes enfans aux gais et frais visages, Dirigés à pas lents vers les gras pâturages;
Là , dans leur vie active , on voit les laboureurs
Braver en s'entr aidant les plus fortes chaleurs;
Et dans ce beau pays tout plein de poésie ,
Le paysan , le noble , y sont sans jalousie :
Car leur opinion et leur amour des rois ,
Sont un lien sacré... souvenir d'autrefois!
C'est là qu en leurs manoirs les seigneurs sont affables,
Et pour le paysan sont en tout temps traitables :
Et ce pays couvert de débris, de châteaux,
Si plein de son passé... fait des rêves nouveaux!
Une fraîche retraite , au pied de la montagne , Etait l'unique toit d'un homme sans compagne ; Il n'avait qu'une enfant , espoir encor naissant , Aux doux membres de lait , au regard caressant : Et ses doigts potelés et ses lèvres de roses Pressaient encor le miel des fleurs fraîches écloses;
Déjà ses petits pieds, doux comme le satin, Dessinaient une trace auprès du frais jardin : De ce sage elle était l'amour et l'espérance, 11 l'offrait à son Dieu , tout plein de confiance. La belle enfant bientôt compta douze printemps ; Sa grâce et ses attraits croissaient avec les ans. Son père à la sagesse instruisait son jeune âge; Lui-même il en était la plus touchante image : Néïda l'écoutait, et pleine de candeur, À ces douces leçons livrait son jeune cœur.
Rien ne troublait la paix de leur douce demeure, Hors l'humble paysan qui venait savoir l'heure: Le sage était aimé de tous ces braves gens, Car le peu qu'il avait était aux indigens ; Et lorsque Néïda descendait au village, On l'attendait de loin : groupés sur son passage , Les jeunes villageois , admirant sa beauté , Comme de leur madone aimaient sa pureté !
Belle de ses quinze ans , à cet âge on s'ignore , Elle ignorait son cœur et n'aimait rien encore; Rien , son père excepté , car ce père adoré , Après Dieu , sur la terre était seul révéré.
Pourtant un jour de fête elle était à l'église , Quand des regards d'un homme elle resta surprise : Ces regards la suivaient en tout temps , en tout lieu, Dans sa chambre, le soir, lorsqu'elle priait Dieu ; A son réveil encor, la belle jeune fille Voyait la même image. — Un soir près de la grille D'un antique château , pensive , elle passait , Lorsqu'un jeune seigneur vers elle s'avançait : Elle le voit : c'était cette trop chère image ; Et tremblante elle cherche un refuge au village. Dès ce moment Léon partout la rencontra ; Respectueux , de loin d'abord il se montra.
La douce jeune fille, au cœur pur et candide, Croyait qu'un beau seigneur n'était jamais perfide. Sa céleste beauté, comme un rêve au matin Montre l'ange ou la femme à notre oeil incertain , Était presque idéale , et sa douce mollesse Laissait voir de l'enfant un reste de faiblesse. Son père, vivant loin et du monde et des grands, Ne pensait plus, hélas ! à leurs mauvais penchans! Et sa fille parfois errait loin du village , Sans qu'il pût concevoir le plus léger ombrage : Elle , innocente enfant, entrevoyait Léon , Et revenait rêvant de l'apparition !
Près d'un arbre, un matin, cueillant des marguerites, Craintive , elle effeuillait jusques aux plus petites : Disant à demi- voix , m'aime-t-il? et la fleur Semblait murmurer, oui, quand soudain un seigneur
Tombant à ses genoux dit : — « Néïda, je t'aime ! « Oh ! que tes yeux charmans me répondent de même ! » Et le noble Léon , oubliant sa grandeur, De Néïda tremblante implorait le bonheur.
Mais sa pudeur de femme un instant alarmée , Faisait rougir son front en se voyant aimée ! — « O! toi que j'idolâtre, ô! mes jeunes amours , « Reviens près de cet arbre, oh! reviens tous les jours : « Mais garde ce secret , qu'il faut que Ton ignore , « Car mes nobles parens ne savent rien encore. « Néïda , de ma vie et l'amour et l'espoir, « Daignerez-vous , parfois, venir ici le soir? » L'amant respectueux de la fille innocente, En la voyant surprise et pourtant confiante , Vit qu'il fallait partir après de doux adieux , Espérant le retour de ce moment heureux !