‹ Essais poétiqueChapitre 15 sur 32 · LES BONNETS DE NUIT · texte numérisé non relu

LES BONNETS DE NUIT

Bonnets, petits bonnets, que votre sort est ddux! Vous, présage flatteur du tendre amour des belles 5 Ah ! qu'un joli minois a d'attraits avec vous !

Se peut-il, messieurs les époux,

Que ces charmantes bagatelles ,

Si bien faites pour captiver, Qu'embellissent encor vos moitiés si fidèles,

Vous fassent à peine rêver ?

Mes chers petits bonnets, demandez-en vengeance :

L'amour la doit, et, pour raison,

Fiez-vous à sa vigilance ; Car ces messieurs dormeurs, en bonnets decoton,

Ne pensent pas qu'un Apollon, Aux cheveux bien bouclés et surtout sans coiflure,

Sinon celle de la nature, Pourrait plus que rêver. — Mais laissons en repos Et le mari qui dort et sa belle qui veille; A leurs bonnets divers adressons quelques mots : L'un fut fait par l'amour, gracieuse merveille, Et l'autre par l'hymen, lorsqu'il était chagrin Et qu'il voulut punir le pauvre genre humain,

Du moins la race masculine; Car ce bonnet présage un terrible destin ,

A tout mari qui s'imagine

D en faire l'hommage à son front :

Redoutez ce bonnet, car c'est presque un affront!

Croyez mon avis, il est sage ;

Et vous serez mieux convaincus Quand au miroir discret vous vous serez bien vus,

Il n'en faudra pas davantage.

Adieu, bonnets, direz-vous tous;

Ce qui plaira très-fort aux dames Qui déjà voudraient bien les voir livrés aux flammes :

Car rien n'égale leur courroux, Lorsqu'ainsi, mal coiffés, il vous prend fantaisie De montrer, chose rare, un peu de courtoisie. Adieu, bonnets, adieu, votre règne est fini;

Les dames le veulent ainsi :

Les galans y perdront , mais qu'importe à la chose ,

Pour peu que triomphe la cause?

Mais vous, petits bonnets, vous êtes de bon ton, Vosdroits non contestés garantissent la clause, Et faites mettre bas le bonnet de coton !

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