LES BONNETS DE NUIT
Bonnets, petits bonnets, que votre sort est ddux! Vous, présage flatteur du tendre amour des belles 5 Ah ! qu'un joli minois a d'attraits avec vous !
Se peut-il, messieurs les époux,
Que ces charmantes bagatelles ,
Si bien faites pour captiver, Qu'embellissent encor vos moitiés si fidèles,
Vous fassent à peine rêver ?
Mes chers petits bonnets, demandez-en vengeance :
L'amour la doit, et, pour raison,
Fiez-vous à sa vigilance ; Car ces messieurs dormeurs, en bonnets decoton,
Ne pensent pas qu'un Apollon, Aux cheveux bien bouclés et surtout sans coiflure,
Sinon celle de la nature, Pourrait plus que rêver. — Mais laissons en repos Et le mari qui dort et sa belle qui veille; A leurs bonnets divers adressons quelques mots : L'un fut fait par l'amour, gracieuse merveille, Et l'autre par l'hymen, lorsqu'il était chagrin Et qu'il voulut punir le pauvre genre humain,
Du moins la race masculine; Car ce bonnet présage un terrible destin ,
A tout mari qui s'imagine
D en faire l'hommage à son front :
Redoutez ce bonnet, car c'est presque un affront!
Croyez mon avis, il est sage ;
Et vous serez mieux convaincus Quand au miroir discret vous vous serez bien vus,
Il n'en faudra pas davantage.
Adieu, bonnets, direz-vous tous;
Ce qui plaira très-fort aux dames Qui déjà voudraient bien les voir livrés aux flammes :
Car rien n'égale leur courroux, Lorsqu'ainsi, mal coiffés, il vous prend fantaisie De montrer, chose rare, un peu de courtoisie. Adieu, bonnets, adieu, votre règne est fini;
Les dames le veulent ainsi :
Les galans y perdront , mais qu'importe à la chose ,
Pour peu que triomphe la cause?
Mais vous, petits bonnets, vous êtes de bon ton, Vosdroits non contestés garantissent la clause, Et faites mettre bas le bonnet de coton !
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