LE SERMENT INUTILE
Clarice avait quinze ans, jolie et point coquette,
Aimant l'étude et cultivant les arts;
Sans fuir le monde, elle aimait la retraite,
Craignait l'amour et fuyait ses hasards.
Ce petit philosophe aimable, Qui savait bien qu'on l'admirait,
Était d'autant plus redoutable,
Que sans vouloir on l'adorait.
S'il arrivait qu'au bal, après maintes prières De plusieurs soupirans, sa maman l'amenât, Elle y brillait sans art; les beautés les plus fières, La trouvant assez bien, souffraient qu'on l'admirât:
Peut-être était-ce par finesse
Que Clarice fuyait l'éclat.
Femme à quinze ans, ô profonde sagesse !
Sur les femmes savoir régner, C'est, selon moi, le comble de l'adresse Que le tact le plus fin a pu seul enseigner !
Cependant, à l'amour rebelle, De ne jamais aimer Clarice a fait serment!
Mais l'Amour irrité l'effleure de son aile :
Soudain la blanche rose a senti l'étincelle
Du feu qui sait charmer, même en nous consumant. Défier cet enfant terrible , Blanche rose, tu vois Terreur; Contre ce tyran invincible , Tu défendrais en vain ton cœur!
— « Mais comment dire à maman, j'aime ?
— Ta maman le devinera ;
— Moi, nommer Augustin, ah ! mon trouble est extrême!
— Qu'importe, cela finira :
Oui, comme finissent ces choses, Un doux lien vous unira. »
Déjà l'autel, paré de mille roses, Attend les fortunés époux :
Dans un lieu parfumé de fleurs fraîches écloses, Les dieux les voyant sont jaloux...
La jeune épouse de la veille
m POÉSIES DIVERSES.
Du blond Phœbus craint l'éclat radieux.
L'amour dit : — « Ne crains rien, sur ta pudeur je veille, De mon bandeau je couvrirai leurs yeux; Et nul mortel d'un regard curieux Ne verra ni tes yeux ni ta pâleur divine,
Excepté lui... » — Mais c'est bien différent, Reprit Clarice en rougissant.
Puis de sa bouche purpurine S'échappa l'aveu le phis doux !
Quelle étrange métamorphose ; Autrefois un regard excitait son courroux :
Un jour suffît , et l'hymen à genoux Veille sur le trésor qui près de lui repose, Et dit qu'en souvenir tous les jours une rose, Par lui cueillie, ornera ce séjour !
Vraiment, l'hymen en son enfance Emprunte les yeux de l'amour ; Mais , s'il vieillit, il faut qu'un jour
Il emprunte son inconstance.
Ne craignez pas, Glarice, un tel destin :
L'hymen sera toujours pour vous dans sa jeunesse;
Bannissez donc votre tristesse ;
Lorsqu'il arrive qu'Augustin Revient un peu plus tard, sachez avec adresse
Dissimuler votre dépit ,
Car des hommes tel est l'esprit :
Ils ne se piquent de constance Qu'autant qu'ils ont à craindre un peu d'indifférence !
Cfô Cuwttre.
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