MOT DONNÉ PAS MADAME L
Vous dites, mon aimable amie, Avec beaucoup d'esprit, mais trop d'espièglerie, « Qu'il faut aux hommes des hochets ; « Qu'ils sont enfans toute la vie : »
(•) Ce mot est employé pour Billes , dans presque loules les colonie» françaises.
Mais si ces demi-dieux vous faisaient un procès? Vousdites: — «Changeant d'âge, ilschangent lesobjets, « Mais rien de plus, car ce sont les caniques, « Sous d'autres formes seulement, « Qui font les jeux, l'amusement « Des jeunes et des vieux. — Dans ces scènes comiques, « Chacun de son voisin voit bien sûr le joujou; « Mais le sien se dérobe aux regards du vulgaire : « Si l'enfant a vingt ans et qu'il ait l'art de plaire, « Ses caniques seront un bien joli bijou, a Dont l'albâtre éclatant invite au doux mystère : « À vingt ans, comme il aime, et sans être jaloux! »
Mais quel est cet autre? — « Un époux « Dont les caniques sont jeune beauté très-sage: « Il est heureux, cinquante ans , — fort bel âge,
« Lui dit son précieux bijou; « L'Amour sourit et dit tout bas... coucou! » Et cet abbé tout plein de courtoisie,
Ses caniques? — « Sont bien, je croi, « Mais je crois, la Vierge Marie ; « Ce qui le tient en doux émoi ! »
Et les caniques de l'avare ?
« Sont à coup sûr son coffre-fort. »
Et ce poète au mérite si rare, Ses caniques?— a Sesvers.» — Mais il n'apasgrand tort. Et le sage au grand nom, bien inscrit au Portique? « S'il est bien sage, mais une seule canique. »
— Laquelle enfin? — « Mais sa raison! »
Grâce, méchante, mais vous êtes un démon.
Et pour les grands seigneurs, avez-vous des caniques? « Les nymphes d'Opéra, les festins magnifiques. » Et pour le parvenu? — « Mais, ma foi, son château « Dont il est aussi fier que de son nom nouveau. » Et ces fiers magistrats au barbare langage, Leurs caniques aussi ? — « Mais les petits cadeaux : « Puis des pompons du badinage
« Ce redoutable aréopage a Sème parfois ses austères bureaux. »
Paix, mon amie, ah! vous êtes méchante; Vous ferez grâce au médecin?
« De caniques? non pas, bon si j'étais mourante. * Pour le musicien et pour le peintre, enfin?
« Mais, pour l'un sa Vénus, l'autre ses chromatiques. » Mais trêve, enfin, vous manquez de caniques.
« Non pas, j'en ai pour l'être bienfaisant. »
Chut, on reconnaît votre emblème, Ce n'est pas bien de parler de soi-même. Les caniques enfin de cet être obligeant?
« Les heureux qu'il a faits bénissent sa mémoire, et Et ces caniques-là méritent quelque gloire! »
Mm ftecttt.