LA PETITE MENDIANTE
* J'ai froid, j'ai froid, mes belles dames, Dit la pauvre petite en pleurs :
« J ai faim aussi, mes bonnes âmes.
« Ayez pitié de mes douleurs. »
Les belles dames, va, ne verront point tes larmes ; Pour elles, des rubans, des perles, des bijoux : Une mode nouvelle a beaucoup plus de charmes Que ton visage d'ange et ton regard si doux.
Lesdamesaux grands airs, sous leurs nobles fourrures, Ne sentent pas le froid, passe plus loin, enfant : Prends garde d'effleurer leurs brillantes parures, Leur cœur est plus glacé que le froid pénétrant.
« J'ai froid, j'ai froid, mes belles dames, »
Dit la pauvre petite en pleurs.
« J'ai faim aussi, mes bonnes âmes,
« Ayez pitié de mes douleurs. »
Cette dame, là-bas, n'est plus jeune ni belle :
Elle t appelle, fuis; ah! meurs plutôt de faim;
Repousse son aumône, elle dit, la cruelle :
a Vends-moi tesblonds cheveux pou r un morceau de pain.
« — Couper mes tresses d'or que soignait tant ma mère ! « Las! il le faut... mais non; un enfant vient à moi, « Me donne ses gâteaux, soulage ma misère \ « Dieu te bénisse, ami, je le prîrai pour toi! »
« J'ai froid, j'ai froid, mes belles dames, » Dit la pauvre petite en pleurs :
« Ah ! j'ai moins faim, mes bonnes âmes, « Un ange a compris mes douleurs! »
Dans ce groupe coquet, vois ce visage rose, Son cœur serait sensible aux douloureux accens; Mais cesse d'implorer, quitte ton humble pose, On lui dit qu'il faut plaire et s'enivrer d encens.
Vois ce couple charmant qu'un doux lien engage : Les jeux et les plaisirs folâtrent autour d'eux, Dis-leur que le malheur t'accable en ton jeune âge, Dis-leur... mais ne dis rien, car ils sont trop heureux.
« J'ai froid, j'ai froid, mes bonnes dames, » Dit la pauvre petite en pleurs :
« J'ai faim aussi, mes bonnes âmes, «< Ayez pitié de mes douleurs. »
Riches dans vos festins, et vous , grands de la terre, Tout fleuris d'opulence et gras d'oisiveté, Du pauvre mendiant soulagez la misère, Il prîra pour votre âme au jour d'éternité.
Précipite tes pas, vois là-bas ces avares,
Ils seront sourds, hélas! à tes gémissemens .
La pitié, les vertus, chez ces hommes sont rares,
L'or seul fait leur bonheur en faisant leurs tourmens.
« J'ai froid, j'ai froid, mes belles dames, » Dit la pauvre petite en pleurs; « J'ai faim aussi, mes bonnes âmes, <c Ayez pitié de mes douleurs. »
Plus loin, à tous ces beaux mis avec élégance, Montre ton corps glacé, tends tes petites mains; Mais l'un d'eux parle haut, rit avec suffisance, Il rit d'amour de femme... enfant, tes pleurs sont vains.
Marche vers cette femme, honnête et bonne mère, Elle a beaucoup d'enfans, mais elle te dira : a Viens, tu seras ma fille, André sera ton frère, « Nous travaillerons tous, et Dieu nous bénira! »
« Je n'ai plus froid, mes belles dames, « Une mère entend mes douleurs :
« Je n'ai plus faim , cruelles âmes, « Une mère a séché mes pleurs! »
ttctïia ,