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Quand de sombres forèts recouvraient nos rivages, Et qu’au milieu du jour les animaux sauvages Vers le fleuve accouraient pour se désaltérer ; Quand le soleil levant ne venait point dorer: Les blés d’un laboureur ni la croix d’une église ; Que l’illustre Cartier, de ses hardis vaisseaux N'était pas descendu sur la terre promise
Qu'il voyait au-delà des eaux.
LE RÊVE D’UNE JEUNE HURONNE
Un grand peuple régnait sur ces fertiles plaines Où uos pères, jadis, ont taillé leurs domaines ; Un peuple de chasseurs, une tribu de rois !
Barbare et valeureux, libre et fier de ses droits, Ce peuple infortuné que la guerre décime ; Qui défend ses forèts dont nous sommes jaloux ; Qui reste notre ami, bien que notre victime ;
Ce peuple est encor parmi nous !
Là-bas, sur les hauteurs, au pied des Laurentides, S'élève, solitaire, un modeste hameau ; La rivière Saint-Charle, avec ses eaux limpides
Que voile,en maintsendroits, l'ombre d’un joie ormeau, Caresse, en murmurant, le seuil de ce village,
Et, quand elle le Sn on dirait que de rage,
Sur son lit de cailloux, elle s’agite et fuit. Comme un daim effaré qu'une meute poursuit, Dans un gouffre profond qui tout à coup s’entrouvre, L'onde vertigineuse arrive avec fureur, Rebondit sur le roc, le déchire et le couvre De flots d’écume et de vapeur.
Le village est paisible et son aspect est triste.
Des enfants basanés à l'œil noir et mutin
Y suivent, pas à pas, chaque nouveau touriste, Pour lui vendre un panier qu’ils ont fait lé matin, Ou, pour avoir un sou, tendent une main sale. D’autres un peu plus grands, d’une fierté royale,
LE RÊVE D’UNE JEUNE HURONNE
Armés d'un arc de frêne et d’un léger carquois,
Semblent chercher encor le féroce Iroquois ;
Car ces petits enfants au visage de cuivre
Ont appris de l’aïeul à détester ce nom ;
Et c’est dans ce hameau que nous voyons survivre Le descendant du fier Huron !
Naguère une chapelle à l'antique façade,
Donnant un air joyeux à la pauvre bourgade, Elevait vers le ciel la croix de son clocher.
Les Hurons à la messe arrivaient le dimanche
Avec leurs souLIERS mous et leur chemise blanche. Les femmes, comme ailleurs, promptes à s'approcher De la maison de Dieu dès qu’elle était ouverte,
Revêtaient, ce jour-là, leur plus belle couverte. Bientôt un chant pieux montait vers le Seigneur Avec les flots d'encens et la voix du Pasteur.
Et sous la blanche voûte, avec une foi vive,
Les sauvages chantaient, dans leur langue naïve, Les louanges d’un Dieu qu'en leur aveuglement Blasphémèrent, jadis, leurs barbares ancêtres, Alors qu'ils parcouraient ces rivages en maitres.
Et ce n'étaient qu’au pied de l'autel, seulement, Que ces fiers rejetons d’une race héroïque
Voyaient de leur passé le souvenir magique, S'etfacer, comme une ombre, auprès de la grandeur Du culte saint qui fut leur seul consolateur.
LE RÈVE D'UNE JEUNE HURONNE
Mais, hélas ! au jourd'hui le béni sanctuaire N'est qu’un mur délabré !
Le sauvage n’a plus son temple tutélaire, Son refu' : :1cré !
Il erre, sombre et ::.ste, au milieu des ruines Que l'herbe vient couvrir,
Cherchant de quel forfait les vengeances divines Ont voulu le punir!
Il n'entend plus la voix de sa joyeuse cloche Annoncçant, tour à tour,
Que déjà du repos l'heure calme s'approche Ou qu'enfin il est jour !
Il n'entend plus jamais les chants des brunes vierges Elevant, vers le ciel,
Une âme toute en feu comme les pâles cierges Qui brülaient sur l'autel !
Le dimanche, autrefois, c'était fête au village : : Aujourd’ hui tout est deuil !
138 LE RÊVE L'UNE JEUNE HURONNE
De son humble :naison le timide sauvage Ne laisse plus le uil!
Son cœur se refroidit et sa vertu chancelle \ Sous le vent du malheur,
Comme on voit chanceler une frèle nacelle
Sur la mer en fureur !
Et l’on dit que le soir, lorsque d’épaisses ombres Enveloppent ce lieu,
On voit passer souvent, au milieu des décombres De la maison de Dieu,
Une forme suave, agile, et plus exquise Que les plus douces fleurs ;
Elle paraît s'asseoir sur une pierre grise
Et répandre des pleurs.
Et plus loiu. sur le bord de la belle cascade, Quand on approche un peu,
On voit un spectre nain qui sautille et gambade, Et, de ses yeux de feu
Regarde fixement, riant avec malice, Le saint temple détruit ;
Puis, soudain, il s’élance au fond du précipice Dès qu'une étoile luit.
Et l’on croit, au hameau, que cette forme exquise, Ce fantôme brillant