‹ Essais poétiques [microforme]Chapitre 36 sur 93 · RÊVERIE · texte numérisé non relu

RÊVERIE

Quelques jours ont passé... sous leur fatale empreinte Le feuillage s'est desséché,

Avant qu'on la cueillit la rose s’est éteinte, Le lis, pour mourir, s’est penché.

L'oleeal| ne chante plus au sommet des tourelles ; épis est tombé sous la faux :

La bise s'ést levée ; et, de blanches dentelles

Le givre a garfii les rameaux.

Et j'ai dit dans mon cœur : tout ce qui nous enchante S'enfuit avec rapidité !….

Dans ce monde d’exil, l'un pleure, l’autre chante, En marchant vers l'éternité.

Heureux qui se souvient que la vie est rapide Comme la flèche de l’archer

Le souris de l’aurore, ou la vague limpide Qui se brise sur le rocher !

Il n’est point captivé comme les fous du monde ar mille funestes attraits ; Il ne s’enivre point à cette coupe immonde Où l’on boit la mort à longs traits.

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RÊVERIE

reinte Il laisse à l’insensé qui s'attache à la terre Son plaisir fade et passager ;

Au milieu du tumulte il marche solitaire Comme sur un sol étranger.

Et son regard s'attache à la céleste rive Où lui sourit le vrai bonheur :

Le chemin du tombeau par lequel on arrive N'est point pour lui semé d'horreur.

chante \ ; Le proscrit oublieux qui se souvient à peine

te Des lieux qui furent son berceau, prié Amasse sur sa tête et l’opprobre et la haine Qui veilleront sur son tombeau,

Et l’homme est un proscrit dans la terre des larmes, L'homme qui gémit tout le jour !

Et loin de sa patrie, au milieu des alarmes, Il veut prolonger son séjour |...

Les frivoles douceurs dont il est tant avide Sont-elles donc un si grand bien ?

Ne sent-il pas toujours Le sa pauvre âme est vide, Que tout ce qui finit n’est rien ?

162 RÉVERIE.

J'aime la fin du jour, l’écueil où l’eau se brise, La pâle lampe qui s'éteint; ous J'aime le frêle esquif emporté par la brise,

La jeune fleur qui se déteint ! | J'ador

Je lis dans ces objets dont mon âme est ravie Un doux présage de mon sort :

Aujourd’hui promené sur le char de la vie, Demain sur celui de la mort !

Gloire à Dieu ! gloire à Dieu! Car luiseulest mon maitre! A lui seul tout hommage est dû !

Je vois de toutes parts sa puissance apparaître Dans ce monde où Je suis perdu !

Du sein de sa splendeur il voit dans la poussière L'insecte qui bénit son nom ;

Il sourit à ma peine, il entend ma prière,

| Ii m'offre un généreux pardon.

Sa sagesse reluit, sa grandeur se révèle Dans ces flots d’astres radieux, Poussière de soleils qui s'échappe et ruisselle De ses pas quand il marche aux cieux.

RÉVERIE.

D Que son bras me soutienne ou bien que sa justice Me laisse ici-bas sans appui, J'adore sa clémence ou bois l’amer calice En m'écriant : Honneur à Lui !

maitre!

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